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Homophobie: la Cour suprême trace les frontières de la liberté d'expression

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HOMOPHOBIA
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OTTAWA _ Tout n'est pas permis au nom de la liberté d'expression et de religion, surtout pas les propos haineux envers les homosexuels, a précisé la Cour suprême du Canada, qui a rabroué un militant homophobe pour ses actions.

La frontière entre les propos haineux et la liberté d'expression et de religion vient ainsi d'être tracée plus fermement par la Cour dans un jugement unanime rendu mercredi.

Le plus haut tribunal du pays a affirmé la constitutionnalité et la validité du Code des droits humains de la Saskatchewan, qui interdit la propagande haineuse.

"Une victoire pour les groupes minoritaires qui sont souvent la cible de discrimination et de violence", a affirmé dans un communiqué David Arnot, commissaire en chef de la Commission des droits de la personne de la Saskatchewan, qui avait porté la cause en appel.

Cette décision est cohérente avec les précédentes rendues par la Cour suprême qui avait confirmé la validité de plusieurs lois canadiennes qui interdisent le discours haineux.

Et le jugement vient de faire disparaître tous les doutes qui subsistaient sur l'illégalité de la propagande haineuse, a souligné Errol Mendes, professeur de droit constitutionnel et de droit international à l'Université d'Ottawa.

"Il s'agit d'une décision très importante. Car la décision est unanime", souligne le professeur qui rappelle que l'actuelle juge en chef, Beverley McLachlin, avait été dissidente dans les deux dernières décisions majeures qui avaient mis des limites à la liberté d'expression dans les cas de propagande haineuse. La juge en chef avait alors été plus permissive que ses collègues au nom de la liberté d'expression.

Mais malgré ce jugement, le militant William Whatcott n'a pas l'intention d'arrêter.

"Je crois que Dieu m'a demandé de parler de ces questions morales", a-t-il déclaré à La Presse Canadienne.

"Donc si l'on regarde cela de cette perspective, je vais probablement distribuer un autre dépliant qui explique les opinions judéo-chrétiennes sur l'homosexualité dans ma manière habituelle qui est directe et franche", a-t-il ajouté.

Il a aussi qualifié les juges de la Cour suprême de "socialistes" qui ont "massacré nos lois et notre tradition de liberté d'expression". Il a ajouté que les juges de la Cour sont "une honte".

En 2001 et 2002, il avait distribué quatre dépliants contenant des propos homophobes et haineux dans les boîtes aux lettres de diverses maisons de Saskatoon et Regina.

On y trouvait notamment des commentaires grossiers et humiliants sur les pratiques sexuelles que pourraient avoir des partenaires de même sexe. Les homosexuels étaient qualifiés de "pervers", de "sodomites" et associés à la pédophilie.

En menant cette campagne, M. Whatcott agissait au nom de Christian Truth Activists, un groupe religieux.

Quatre personnes qui ont reçu les tracts avaient déposé des plaintes, alléguant que leur contenu "incitait à la haine contre des personnes en raison de leur orientation sexuelle", ce qui constitue une violation du Code des droits humains de la Saskatchewan.

Le tribunal chargé d'entendre les plaintes a jugé que les tracts contrevenaient bel et bien au Code provincial.

M. Whatcott a porté sa cause en appel, alléguant qu'il ne faisait qu'exercer sa liberté d'expression et sa liberté de religion, qui sont des droits protégés par la Charte canadienne des droits et libertés. Selon lui, la Charte a préséance sur le code provincial. Et dans un argument subsidiaire, il a plaidé que si le contenu était haineux, il était dirigé contre le "comportement sexuel", ce qui n'est pas un motif interdit dans la loi.

La Cour d'appel de la Saskatchewan a pour sa part conclu en 2010 que le Code des droits humains n'avait pas été violé par M. Whatcott car il n'exposait pas les homosexuels à la haine.

Cette décision a été renversée par la Cour suprême. Plus précisément, même si les six juges de la Cour ont conclu que l'article du Code qui interdit de tels propos viole la liberté d'expression et de religion protégée par la Charte canadienne des droits et libertés, ils ont aussi jugé que de telles limites sont acceptables dans notre société pour empêcher la propagation de la haine envers certains groupes.

prévoyait que les propos qui "ridiculisent, rabaissent ou portent par ailleurs atteinte à la dignité" sont interdits. Pour la Cour, il faut plus, c'est-à-dire que les propos doivent inciter à la haine pour qu'ils soient interdits.

La Cour suprême a ainsi qualifié les dépliants de M. Whatcott: "Des passages des tracts D et E présentent de nombreuses 'caractéristiques' de la haine reconnues par la jurisprudence. Ils dépeignent le groupe ciblé comme une menace qui pourrait compromettre la sécurité et le bien-être d'autrui. (...) Ils dénigrent les homosexuels en les dépeignant comme des dépendants sexuels dégoûtants ou sales et en les comparant à des pédophiles, qui ont généralement fait l'objet de l'opprobre public".

"Ces tracts seraient objectivement considérés comme exposant les homosexuels à la détestation et au mépris", tranche la Cour.

Mais en raison de la distinction entre la haine et le ridicule, seulement deux des quatre dépliants distribués par M. Whatcott sont jugés illégaux. Et pour cela, il avait été condamné à payer des amendes.

Pour le professeur Errol Mendes, la Cour suprême a aussi affirmé la différence entre le Canada et les États-Unis: chez nos voisins du Sud, tout ou presque est permis au nom de la liberté d'expression. "Mais pas ici. Il y a des limites", lance-t-il.

Il s'agirait de la première fois que la Cour suprême se penche sur la propagande haineuse envers les homosexuels: la plupart des décisions rendues jusqu'à maintenant l'avaient été lorsque des juifs étaient la cible de propos haineux.

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