iShow, à l'Usine C : théâtraliser le virtuel

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Dimitrios Touloumis

Sur scène, quatorze interprètes. Chacun assis devant son ordinateur, les comédiens errent sur des sites de clavardage et vont à la rencontre d'autres êtres humains, qu'ils entraînent, avec ou sans leur accord, dans une mise en scène éclatée, où les conventions n'existent pas et où l'improvisation dicte la teneur du spectacle. Bienvenue dans l'iShow, concept totalement éclaté qui tient l'affiche de l'Usine C jusqu'à demain. iShow, en guise de clin d'œil à Apple, bien sûr, mais aussi une déclinaison pour l'expression anglaise « I show ».

« En tant qu'interprètes, on est constamment en contact avec le spontané, l'imprévu, parce que les gens avec qui on parle peuvent nous réserver plein de surprises, explique Laurence Dauphinais, actrice et co-metteure en scène de la création. Parfois, on s'abandonne à ça, et d'autres fois, on garde notre voix dramaturgique, et on place ces gens-là en situation théâtrale. »

Les portails Chatroulette et Bazoocam, de même que le logiciel Skype, font office de terrain de jeu à nos communicateurs, qui usent aussi de matériel déniché sur Facebook, de photos, de vidéos et d'extraits sonores, pour créer une œuvre à part entière et exploiter à leur façon les éléments de la sphère publique. Le but de l'exercice ? Jouer avec le virtuel et susciter la réflexion.

« On ne pointe jamais les choses de façon tendancieuse, précise Laurence Dauphinais. Tout ce qu'on fait, c'est de montrer les faits. Comment se constitue notre façon de communiquer, aujourd'hui? Qu'est-ce que ça révèle sur nous, sur ce qu'on est? On s'interroge sur la place que les autres ont dans nos vies, sur notre propre façon d'exister dans le monde. C'est un show super humaniste, tolérant, mais qui ne se gêne pas pour provoquer quand on pense que c'est le temps de le faire. »

Parfois, les personnes qui discuteront avec les acteurs de la pièce via leur écran d'ordinateur seront informées du fait qu'elles participent au jeu, tandis que d'autres n'en seront pas du tout conscientes et que d'autres encore le découvriront au fil de la conversation. Lorsque les interlocuteurs ignoreront leur statut de « personnage », leur identité sera masquée.

« C'est très excitant, pour le public, d'être dans une telle situation de voyeurisme. Et, pour nous, la structure du spectacle est solide; même s'il y a beaucoup de parties improvisées, on sait exactement, à chaque moment, pourquoi on est là et quel est le but de l'intervention. »

Changement de valeurs

Pour Laurence Dauphinais, il ne fait aucun doute qu'une production comme l'iShow trouvera une résonnance chez le spectateur, à une époque où tout un chacun s'expose sans pudeur sur internet.

« On constate qu'il y a un changement de valeurs qui s'opère, remarque l'artiste. Un changement global, majeur. Moi, personnellement, je ne comprends pas l'utilisation que font les gens de Facebook. Il y a un lien à établir entre le changement de valeurs que la télévision a apporté au Québec dans les années 1950, et les transformations que les réseaux sociaux apportent maintenant. C'est le pendant de la téléréalité. On veut exister aux yeux du monde et, si on est dans l'anonymat, on n'existe pas. »

Une version anglophone de l'iShow sera présentée à Toronto l'été prochain. Il est aussi possible que la troupe revienne jouer à Montréal éventuellement, mais rien n'est confirmé. Pour se procurer des billets pour la représentation de samedi, on consulte le www.usine-c.com ou on téléphone au (514)521-4493.

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