Deir Ezzor désertée et en ruines après neuf mois de combats

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Le bruit des explosions des obus de mortier résonne comme une bande sonore macabre à Deir Ezzor: en neuf de mois de combats acharnés entre troupes du régime et rebelles, la grande ville de l'Est de la Syrie est en ruines et plus des deux tiers de ses habitants ont fui.

"C'est comme ça tous les jours. Parfois c'est beaucoup plus intense. Aujourd'hui, c'est une journée calme et tranquille", affirme Firas, un rebelle de l'Armée syrienne libre (ASL), alors que toutes les minutes une explosion retentit.

"Avant la guerre, il y avait environ 750.000 habitants. Depuis juin 2012, je pense qu'il n'y en a pas plus de 200.000", explique-t-il à un journaliste de l'AFP dans le quartier de Cheikh Yassine.

Dans ce secteur où survivent selon lui 600 habitants, les rues sont désertes et seuls les intrépides s'aventurent à l'extérieur.

"Les habitants de la ville se sont réfugiés dans la province, pratiquement libérée, ou ont fui vers la frontière avec la Turquie à environ 300 km de là" et dont le gouvernement soutien la rébellion, explique-t-il.

"Très peu essaient de s'échapper vers l'Irak dont la frontière est à 130 km, car le gouvernement irakien soutient le régime de Bachar al-Assad".

En neuf mois de combats et de bombardements, 3.500 personnes ont été tuées, la plupart des civils, selon Mohammad, fondateur du Centre des médias des rebelles dans cette ville dévastée, où les affrontements ont gagné en intensité à partir de juin.

"La plus grande partie de la province a été libérée mais les forces du régime contrôlent encore plusieurs quartiers de la ville", selon Haykal, un autre militant.

"Bienvenue à Deir Ezzor, dans la Syrie libre", lance un rebelle à l'adresse des journalistes en faisant le signe de la victoire.

Au clair de lune, une ambulance longe prudemment la rive de l'Euphrate, les feux éteints par crainte des francs-tireurs.

Les rebelles eux aussi redoutent les tireurs embusqués et l'artillerie, et préfèrent se déplacer la nuit.

"Les forces d'Assad sont positionnées, dans le sud, sur les hauteurs d'une colline d'où ils bombardent toute la ville", assure Tarek Razzak, un responsable de la rébellion.

La mosquée Rawi, à Cheikh Yassine, a été totalement détruite. Sa coupole verte est renversée sur le côté et les souks et les maisons situées aux alentours sont à l'état de ruines.

Selon Haykal, ce sont les bombardements aériens de l'armée qui ont tout réduit en miettes. "70% des maisons de la ville ont été touchées par des éclats d'obus de l'artillerie et sur les lignes de front, 100% sont détruites".

"La victoire ou la mort", proclame en lettres violettes une inscription sur le mur de la mosquée.

Rue Ben al-Walid, quatre énormes cratères ont troué le sol. "Les avions ont frappé très durement ce quartier", explique Haykal. Tous les commerces sont fermés et l'immense majorité des volets métalliques sont tordus ou portent l'impact des frappes.

La Place Bassel al-Assad (du nom du frère aîné du président syrien tué dans un accident en 1994), rebaptisée Place de la liberté, est jonchée de décombres et d'éclats de verre. Un franc-tireur du régime, dissimulé dans un immeuble en hauteur, tire sur tout ce qui bouge.

Malgré tout, sur l'une des quatre lignes de front de la ville, Abou Mohammed et Oum Tarek discutent tranquillement en égrenant un chapelet. "Notre maison est ici et nous n'avons pas l'intention de l'abandonner", affirment les deux vieillards, frère et soeur, en choeur.

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