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Portugal: l'économie sombre, le gouvernement maintient le cap de la rigueur

15/02/2013 09:02 EST | Actualisé 17/04/2013 05:12 EDT

Le Premier ministre portugais a admis vendredi la possibilité de revoir à la baisse ses prévisions pour l'année en cours alors que les mesures d'austérité, qu'il entend maintenir, ont provoqué une contraction de l'économie et une hausse du chômage plus importantes que prévu.

"Nous sommes disposés à revoir nos prévisions si les données réelles le recommandent", a dit Pedro Passos Coelho lors d'un débat au Parlement.

Le gouvernement a prévu pour 2013 un recul de l'économie de 1%, une prévision que divers économistes jugent optimiste tandis que la Banque du Portugal a récemment estimé que la contraction serait en fait environ deux fois supérieure et atteindrait 1,9%.

Le débat au Parlement est intervenu après que l'Institut national des statistiques (Ine) eut indiqué la veille que l'économie avait enregistré en 2012 un recul de 3,2%, supérieur aux 3% prévus par le gouvernement.

Cette récession, la plus grave depuis 1975 en pleine période de la "Révolution des Oeillets", est, selon le Premier ministre, principalement imputable à la crise de la zone euro, qui a entraîné un ralentissement des exportations, unique moteur de l'économie portugaise sous assistance financière internationale depuis mai 2011.

"Si ce niveau de demande extérieure se maintient, il ne nous permettra pas de maintenir nos prévisions", a souligné M. Passos Coelho.

L'opposition de gauche et sa principale formation, le Parti socialiste, multiplient les critiques contre la politique d'austérité alors que la récession s'accompagne d'une hausse spectaculaire du chômage qui, au dernier trimestre 2012, touchait près de 17% de la population active.

Témoin d'un mécontentement social qui persiste, un groupe de protestataires a interrompu les débats du Parlement vendredi pour entonner la chanson "Grandola Vila Morena", hymne de la Révolution des Oeillets qui a renversé la dictature le 25 avril 1974 et instauré la démocratie.

Le principal syndicat portugais, la CGTP, qui entend relancer la contestation, attend samedi des dizaines de milliers de personnes pour des manifestations à Lisbonne et dans une vingtaine de villes du pays.

Alors que la "troïka" représentant les créanciers du Portugal (UE-FMI-BCE) doit entamer à la fin du mois une nouvelle mission d'évaluation des réformes mises en oeuvre en échange de l'aide de 78 milliards d'euros accordée par l'UE et le FMI, M. Passos Coelho a exclu de changer de politique.

"Le pays a été au bord de la banqueroute, il a dû demander un sauvetage externe, il doit mettre en oeuvre un programme qui est récessif et il ne peut pas financer ses besoins sans d'abord appliquer ce programme. Ce n'est pas possible", a martelé le Premier ministre.

Après avoir décrété pour cette année une hausse généralisée des impôts, le gouvernement entend soumettre à ses bailleurs de fonds une "réforme de l'Etat" destinée à réduire les dépenses publiques de 4 milliards d'euros d'ici 2014.

M. Passos Coelho, qui souhaitait voir cette réforme précédée d'un vaste débat, n'a pas réussi à obtenir la participation de l'opposition qui a condamné le projet comme une tentative de réduire les fonctions sociales de l'Etat en particulier dans les domaines de l'Education et de la Santé.

Vivement critiqué à l'intérieur, le gouvernement n'en conserve pas moins la confiance de ses bailleurs de fonds. Celle-ci s'est même renforcée après que le Portugal a réussi, fin janvier, son premier emprunt à moyen terme depuis sa demande d'aide internationale en mai 2011.

"La confiance dans notre pays est en train de se rétablir du côté des créanciers", a souligné M. Passos Coelho en ajoutant: "Les Portugais doivent savoir que le gouvernement maintient le cap".

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