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Rafael Correa, une voix forte de la gauche en Amérique latine

14/02/2013 08:19 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT

Malgré un tempérament provocateur, le chef d'Etat sortant de l'Equateur, Rafael Correa, qui s'est proclamé dimanche vainqueur de la présidentielle, a rétabli la stabilité dans un pays réputé ingouvernable, avec un virage socialiste qui lui a donné une voix forte en Amérique latine.

"Cette révolution, personne ne l'arrête. Nous sommes en train de faire l'histoire", a clamé M. Correa, depuis le balcon du palais présidentiel devant des milliers de partisans en liesse, après la diffusion de sondages de sortie des urnes annonçant sa réelection dès le premier tour.

Au pouvoir depuis 2007, après avoir été élu en 2006 face à l'homme le plus riche d'Equateur et une seconde fois en 2009, lors d'un scrutin provoqué par l'adoption d'une nouvelle Constitution, cet économiste de 49 ans a battu un record de longévité dans ce pays de 15 millions d'habitants.

Pas moins de sept dirigeants ont défilé en dix ans, dont trois ont été renversés, avant son arrivée à la tête de l'Equateur où il s'est forgé une popularité en consacrant la manne pétrolière, principale ressource, à des programmes sociaux et de lutte contre la pauvreté.

"Les gens sentent qu'il y a quelqu'un à la barre et cela génère de la confiance car cela apporte davantage de travail", indique à l'AFP le sociologue Hernan Reyes.

Issu d'une famille modeste du port de Guayaquil (sud-ouest), M. Correa a obtenu des bourses d'études en Belgique et aux Etats-Unis, où son père a été détenu pour avoir servi de "mule", nom donné aux passeurs de drogue.

Titulaire d'un doctorat d'économie d'une université américaine, cet homme élégant au charisme naturel n'en est pas pour autant devenu un "Chicago boy". Nommé ministre des Finances en 2005, il ne conserve son poste que durant trois mois, mis à la porte après ses premières diatribes contre les organismes financiers internationaux.

Une fois au pouvoir, il a confirmé cette attitude intransigeante en imposant une renégociation de la dette extérieure, puis en obligeant les multinationales pétrolières à reverser à l'Etat davantage de dividendes.

Honni par les milieux d'affaires et en particulier le secteur financier, le chef de l'Etat répond souvent par une ironie mordante. "On ne m'a pas élu pour être M. Sympa", réplique-t-il.

Sa croisade contre les grands médias de communication, pris en grippe depuis leur soutien à une rébellion policière en 2010, suscite aussi une certaine préoccupation, relayée par des associations internationales.

Plus récemment, il s'est attiré la condamnation d'une partie de la communauté indigène, qui l'accuse de trahison pour vouloir développer l'exploitation minière à grande échelle sur leurs territoires.

A l'image du dirigeant vénézuélien Hugo Chavez, son allié de la gauche radicale, M. Correa a adopté un style flamboyant sur la scène extérieure et un ton critique envers Washington. Il a ainsi chassé l'armée américaine de la base anti-drogue de Manta sur la côte Pacifique.

Proche de pays non-alignés, dont l'Iran, le président équatorien a aussi irrité Washington en accordant dans son ambassade à Londres l'asile à Julian Assange, le fondateur australien du site WikiLeaks, qui a révélé des secrets de la diplomatie américaine.

Ses relations diplomatiques restent toutefois plus marquées par un certain pragmatisme. Loin de disposer des pétrodollars du Venezuela, il ne paraît pas en mesure de prendre la relève de M. Chavez, en retrait sur la scène internationale en raison de son traitement pour un cancer.

M. Correa assure de son côté ne pas vouloir "personnaliser" son projet. "Rien ne me dérange davantage que de voir quelqu'un se dire +Correista+", confie ce fervent catholique qui a promis, à la fin de son dernier mandat, de s'installer en Belgique, le pays de son épouse, discrète institutice au lycée français de Quito.

axm-pz/et

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