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USA: le retrait partiel d'Afghanistan, pas une surprise, selon les experts

12/02/2013 02:33 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

Le retrait de la moitié des troupes américaines d'Afghanistan d'ici un an annoncé mardi par Barack Obama ne constitue pas une surprise pour les experts mais laisse ouverte la question plus essentielle du soutien au gouvernement afghan à plus long-terme.

L'annonce était attendue depuis plusieurs semaines, le président Barack Obama l'a officialisée mardi soir à l'occasion de son discours annuel sur l'état de l'Union

"Ce soir, je peux annoncer qu'au cours de l'année à venir, 34.000 soldats américains rentreront à la maison d'Afghanistan", a déclaré M. Obama.

Le rythme du retrait est laissé à l'appréciation des chefs militaires qui comptent "garder autant de troupes que possible sur le terrain jusqu'à la fin de la saison des combats" à l'automne, a confié un haut responsable de la Défense.

Le rythme de ce nouveau retrait s'inscrit dans la lignée du retrait des 33.000 hommes envoyés en renfort fin 2009, qui ont pour les deux-tiers d'entre eux quitté le pays en septembre 2012.

Saluant cette décision, le chef du Pentagone Leon Panetta a de son côté souligné que la décision avait été "recommendée" par le commandant de l'Isaf, le général américain John Allen.

Pour le général David Barno, qui a commandé le contingent en Afghanistan de 2003 à 2005, cette décision n'est que "la continuation sans surprise du retrait".

"L'administration et le président ont été très clairs depuis plus de 18 mois que le désengagement continuerait à un rythme régulier", explique à l'AFP l'ancien général, désormais au Center for New American Security (CNAS), un centre de réflexion proche de l'administration Obama.

Pour Jeffrey Dressler, analyste à l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), l'annonce ne constitue "pas une surprise" non plus. Mais il s'inquiète du "risque" que ce retrait fait peser sur l'accomplissement de la mission de combat de l'Otan qui doit se terminer fin 2014.

Barack Obama ne manque jamais de rappeler qu'après l'Irak, les Etats-Unis sont "en train de mettre fin" à un autre conflit qui les mobilise depuis le 11-Septembre 2001.

"Il est évident qu'il y a une fatigue de la guerre, mais nous sommes toujours en guerre en Afghanistan et sommes confrontés à l'une des phases les plus cruciales du conflit", estime M. Dressler. Les 66.000 soldats américains et 37.000 militaires de la coalition passent peu à peu à un rôle de formation et d'assistance aux quelque 350.000 soldats et policiers afghans qui doivent assurer la responsabilité de la sécurité sur l'intégralité du territoire d'ici la fin 2014.

Le but est de "rendre les forces afghanes efficaces dans leur combat contre les talibans, pas de faire le travail à leur place", rappelle le général Barno.

Mais pour Tom Donnelly, analyste à l'American Enterprise Institute, l'annonce présidentielle montre surtout que l'administration est davantage soucieuse de s'extirper de ce conflit que d'atteindre un objectif particulier.

"Simplement en raison de l'ampleur du retrait et de la complexité des opérations en Afghanistan, une part importante du commandement va être focalisée sur le retrait" plutôt que la mission, déplore-t-il.

"Est-il plus risqué d'engager un retrait plus rapidement? Bien sûr, mais la question est: est-ce que la différence est importante ou pas", se demande pour sa part Stephen Biddle, professeur à l'université George Washington.

"Il est vraiment difficile de penser que n'importe quelle variation entre maintenant et 2014 va changer quoi que ce soit au fait que la guerre est dans une impasse. Donc la question est de savoir s'il vaut mieux s'engager dans cette impasse dans une position légèrement meilleure ou pas et je pense que pour l'administration, cela ne vaut pas un investissement énorme", explique-t-il à l'AFP.

Au-delà des querelles de chiffres, il est surtout important que l'administration explique quelle est "la logique par laquelle nous atteignons nos objectifs", qui n'est elle "quasiment jamais discutée".

Ce qui fera la différence au bout du compte selon lui, c'est la volonté à long terme du Congrès de débourser plus de quatre milliards de dollars par an pour financer les forces afghanes. Et là, il est hardi de penser qu'il soit "plus patient que les talibans".

mra-ddl/jca

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