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Les islamistes tunisiens résistent à un cabinet apolitique

12/02/2013 09:42 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

Les islamistes tunisiens ont du mal à digérer l'idée d'un gouvernement de technocrates avancée par leur propre Premier ministre et qui sonne comme un constat d'échec de leur gestion du pays à peine plus d'un an après leur arrivée aux affaires.

Au sein d'Ennahda, la formation islamiste au pouvoir depuis quatorze mois après avoir raflé plus de 40% des voix lors des premières élections libres en Tunisie, la proposition d'un cabinet apolitique, faite le 6 février le jour même de l'assassinat de l'opposant de gauche Chokri Belaïd, a d'abord provoqué un silence embarrassée.

Mais les instances dirigeantes du parti ont fini par la rejeter et ses militants sont descendus dans la rue le 9 février pour défendre "la légitimité du gouvernement issu des urnes".

"La proposition du Premier ministre Hamadi Jebali (numéro deux d'Ennahda) est un véritable aveu d'échec", estime le politologue Ahmed Manaï, soulignant que "tous les indicateurs économiques et sociaux du pays sont au rouge" alors que la misère et le chômage étaient les causes-clés de la révolution de 2011.

Le pouvoir islamiste n'a pas réussi, de l'avis des experts, à relancer véritablement l'économie malgré un taux de croissance officiel de 3,5% pour 2012.

Ce dernier reste insuffisant pour réduire le chômage (17%) et contenir la grogne sociale, accompagnée de vagues de violences, qui contribue à faire fuir les investisseurs locaux comme étrangers.

Au niveau sécuritaire, la politique jugée conciliante par l'opposition à l'égard des salafistes fait craindre une militarisation de cette mouvance qui est rendue responsable de l'attaque contre l'ambassade américaine en septembre.

La même attitude est observée envers les "Ligues de protection de la révolution" coupables de violences politiques et dans lesquelles l'opposition voit une milice brutale au service du parti islamiste.

Le pays n'a pas respecté ses échéances politiques, notamment la rédaction d'une Constitution dans le délai d'un an et la fixation d'une date pour les élections devant mettre fin à la transition.

Face à ce constat, "Ennahda donne l'impression de tout faire pour que les élections n'aient pas lieu et il ne cesse de chercher à s'arroger le contrôle du pays à travers les nominations aux rouages de l'Etat", juge Habib Marsit, un universitaire militant des droits de l'Homme.

"Les islamistes revendiquent pour leur gouvernement la légitimité des urnes mais le pays a besoin d'une légitimité du consensus pour sortir de la crise", estime encore M. Marsit.

M. Jebali n'est pas revenu sur sa proposition et a affirmé vouloir compter sur un soutien des principales forces politiques et sociales du pays. Il multiplie les consultations en dehors de son parti.

L'un de ses alliés au sein du gouvernement, le parti laïc Ettakatol a accueilli favorablement son idée qui a été en revanche rejetée par le Congrès pour la République (CPR) du président Moncef Marzouki.

M. Jebali qui veut que le gouvernement de technocrates conduise rapidement le pays à des élections, a reçu un soutien de poids, celui de la puissante centrale syndicale, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) ainsi que celui de l'UTICA, l'organisation patronale.

Signe que les islamistes commencent à bouger, et alors que leur parti semble divisé, le chef d'Ennahda Rached Ghannouchi a proposé mardi à M. Jebali une formule de compromis, se disant favorable à un gouvernement alliant technocrates et représentants de partis politiques.

"On est ouvert à tous afin d'arriver à composer un gouvernement de compétences nationales qui rejoint ce que demande Jebali, avec une représentation élargie", a déclaré M. Ghannouchi, insistant pour que le cabinet "représente aussi les forces politiques".

Mais l'un des durs d'Ennahda, le député Habib Ellouz a appelé à une nouvelle manifestation vendredi, après la prière hebdomadaire, pour soutenir un gouvernement politique, dirigé par son mouvement.

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