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Foot - Le dérapage de trop pour les fans xénophobes du Beitar Jérusalem?

12/02/2013 06:06 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

Les derniers débordements des supporteurs radicaux du Beitar Jérusalem, liés au recrutement de deux joueurs de confession musulmane, semblent avoir créé un électrochoc en Israël, où les fans de ce club pourraient désormais payer cher leurs dérapages xénophobes.

La signature fin janvier de deux Tchétchènes --Zaur Sadaev et Dzhabrail Kadaev-- a déclenché des réactions de haine de supporteurs de ce club de football, qui puise ses fondements dans l'histoire de la droite ultra-nationaliste israélienne et dont aucun joueur arabe n'a encore porté les couleurs, cas unique en Israël.

Certains ont même déployé récemment dans les tribunes une grande banderole proclamant le "Beitar pur à jamais".

Jeudi, la justice israélienne a décidé de poursuivre quatre supporteurs accusés d'avoir entonné des chants racistes à l'encontre de ces deux recrues pendant un match et au cours d'un entraînement.

Les poursuites pour "incitation au racisme" n'ont jusque-là jamais débouché sur des peines de prison mais uniquement sur des amendes et interdictions de stade, mais la donne pourrait changer.

En incendiant, au lendemain de cette décision de justice, le siège de leur club, des ultras présumés du Beitar ont en effet provoqué une vague d'indignation, au plus haut niveau et en interne.

"Nous ne pouvons accepter de tels comportements racistes", a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, les qualifiant de "honteux". "Cela doit évidemment être éradiqué du monde du sport".

"Ceux qui ont fait cela ne sont pas des supporteurs, mais des criminels", a renchéri le maire israélien de Jérusalem, Nir Barkat.

Cet incendie a causé la perte de trophées, de photos et de souvenirs emblématiques de l'histoire du Beitar, comme un des maillots portés par l'ancienne icône Eli Ohana, qui est passé à l'offensive.

"Si c'est l'étincelle qui a mis le feu aux poudres et règle le problème, alors ils peuvent bien faire brûler deux autres pièces", a-t-il ironisé dans le quotidien Maariv.

"Si on peut éliminer (ce fléau, ndlr), alors cela en vaut le prix", a martelé l'ancien international israélien, se disant "ravi que le Premier ministre évoque pour la première fois la question", un signe de prise de conscience selon lui.

"Ils ont brûlé le passé, ne les laissez pas brûler notre avenir!", a clamé l'association officielle des supporteurs du Beitar Jérusalem sur son site internet.

Aucun suspect n'a pour l'heure été arrêté. Mais, selon l'ex-milieu de terrain international Danny Neuman, les auteurs sont connus: les 500 à 1.000 membres du groupe "La Familia", la frange la plus dure. "Nous devons extirper ces gens de notre monde", a-t-il affirmé à la radio publique.

Ce combat, le patron du club Arkady Gaydamak avait tenté de le mener dès son arrivée en 2005, en annonçant notamment le recrutement du milieu arabe israélien, Abbas Suan.

Mais le milliardaire franco-israélien, né en Russie, s'était heurté au racisme enraciné chez les ultras de ce club fondé en 1936 par le mouvement sioniste révisionniste Beitar et qui, au cours des décennies suivantes, a agrégé les supporteurs d'extrême droite de Jérusalem.

A présent, "tous les moyens à notre disposition" seront utilisés contre les fauteurs de trouble, a promis le porte-parole de la police israélienne Micky Rosenfeld.

Dimanche, à l'occasion d'un match à haut risque à Jérusalem contre la meilleure équipe arabe israélienne, l'Union des Fils de Sakhnine, les forces de l'ordre ont expulsé plusieurs dizaines de spectateurs du stade. Six supporteurs du Beitar ont en outre été interpellés.

"L'incendie du siège du club et tous les chants racistes des deux derniers mois ont fini par amener les gens à se réveiller", veut croire Danny Neuman. "Mieux vaut tard que jamais".

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