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Premières tensions entre Front al-Nosra et villageois dans la Syrie rebelle

11/02/2013 04:16 EST | Actualisé 12/04/2013 05:12 EDT

Accueillis à bras ouverts dans la Syrie rebelle, les jihadistes du Front al-Nosra se sont accrochés à plusieurs reprises récemment avec des villageois, non pour des raisons politiques, mais lors de banales querelles liées à leur interprétation extrémiste de l'islam.

Au moins quatre altercations, avec échanges de coup de poings --dont l'une a failli dégénérer en affrontement armé--, ont eu lieu dans la région d'Atmé, base-arrière clé de la rébellion dans la province d'Idleb (nord-ouest), ont indiqué à l'AFP plusieurs témoins et habitants qui ont souhaité garder l'anonymat.

Dans le village de Qah, des combattants d'al-Nosra sont intervenus pour arrêter un homme ayant prononcé des jurons après un banal accident de voiture, et le traduire devant un tribunal islamique.

Par malchance, l'homme interpellé était le frère d'un respecté leader local, rebelle de la première heure. Celui-ci a immédiatement mobilisé des dizaines d'hommes en armes et a réussi à kidnapper à son tour, après un dangereux face-à-face avec les hommes d'al-Nosra et des tirs dans les roues de leurs véhicules, un chef local de l'organisation islamiste.

Les habitants de Qah ont pu ainsi négocier la libération du villageois arrêté. Ils ont alors relâché le chef d'al-Nosra, non sans lui avoir raccourci au passage à coups de ciseau sa longue barbe de salafiste, selon les habitants.

Dans le village voisin d'Atmé, un cheikh jordanien du Front al-Nosra qui voulait prendre la parole à la mosquée en a été empêché par les fidèles. Là aussi la confrontation a un moment menacé de dégénérer. Deux autres altercations du même genre, avec bagarres et coups de poings, ont eu lieu, à Atmé et Ad Dana.

Le Front al-Nosra a connu une ascension fulgurante à partir de mi-2012, s'imposant sur toutes les lignes de front comme le fer de lance de la rébellion, au détriment d'une Armée libre (ASL) inefficace et souvent jugée comme corrompue.

Ce faisant, al-Nosra et ses volontaires étrangers de toutes nationalités, avaient gagné le respect de nombreux Syriens en zone rebelle, dans une admiration mêlée de crainte et d'interrogations sur les motivations finales de ce mystérieux mouvement.

Le Front al-Nosra a revendiqué des centaines d'attaques et plusieurs dizaines d'attentats suicide en Syrie. Il serait lié à Al-Qaïda en Irak, selon Washington, qui l'a placé mi-décembre sur sa liste des organisations terroristes.

Loin d'isoler le groupe, la décision américaine avait au contraire suscité un élan de sympathie générale envers les jihadistes: "nous sommes tous d'al-Nosra", proclamaient alors de nombreux fidèles à la sortie des mosquées.

Ce temps-là est visiblement en train de changer.

"Chaque jour qui passe maintenant, il y a ce genre d'incident avec ces gens qui veulent nous imposer leur façon d'être. Ils commencent à nous poser problème", a commenté à l'AFP un notable d'Atmé. Le même chantait encore jusqu'à il y a peu les louanges de ces jihadistes, "les seuls à venir aider les Syriens alors que le monde entier nous a abandonné".

Ces premières frictions se cristallisent non pas autour de question politique, mais sur des banalités du quotidien: un menton glabre, une cigarette allumée sous leur nez... ou toute autre attitude qu'ils jugent "anti-islamique".

La présence un peu trop envahissante de quelques prêcheurs exaltés --souvent non-Syriens-- dans les mosquées suscite également un rejet croissant.

"Nous avons accepté que le cheikh d'al-Nosra (un Jordanien) prêche de temps en temps. Mais maintenant ils veulent nous imposer leur cheikh tous les vendredis, ce n'est pas possible", se plaint une autre personnalité respectée d'Atme.

"Certains d'entre nous se sont faits traiter de mécréants", s'étonne le même. "Mais qui sont-ils donc pour nous parler ainsi, et nous imposer leur propre loi dans la vie de tous les jours?".

Jusqu'à présent, le Front avait toujours affiché son souci de s'attirer la sympathie des populations, par la discipline de ses combattants, ou encore les activités (très modestes) de sa branche "humanitaire" Qism al-Ighata.

hba/sw

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