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Négociations de libre-échange avec le Japon et l'Inde: Québec veut sa place

11/02/2013 03:57 EST | Actualisé 13/04/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Québec veut avoir sa place aux côtés d'Ottawa aux tables de négociations des accords de libre-échange avec le Japon et l'Inde, a indiqué lundi le ministre du Commerce international, Jean-François Lisée.

Les provinces sont très actives dans les pourparlers de libre-échange actuellement en cours avec l'Union européenne (UE). C'est d'ailleurs cette dernière qui a insisté auprès d'Ottawa pour que les provinces jouent un rôle important dans le processus afin de faire en sorte que le traité, lorsqu'il sera conclu, soit appliqué par tous les gouvernements au Canada.

Il en est autrement dans le cadre des autres négociations commerciales actuellement menées par Ottawa. Les provinces sont tenues au courant des grandes lignes des discussions, mais elles ne sont impliquées directement.

L'Inde et le Japon sont les pays les plus importants avec lesquels Ottawa négocie actuellement un libre-échange. Des négociations sont également en cours avec l'Ukraine, le Maroc, la Communauté des Caraïbes et le Partenariat transpacifique (Australie, Brunei, Chili, États-Unis, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam).

Plusieurs autres projets de libre-échange ont été suspendus pour diverses raisons au cours des dernières années: Corée, Turquie, Singapour et République dominicaine.

En marge d'un discours prononcé devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), M. Lisée a déclaré avoir demandé au gouvernement fédéral une plus grande place pour le Québec dans le cadre des négociations avec le Japon et l'Inde. Quand on lui a demandé comment Ottawa avait réagi à cette requête, il a répondu que la porte était «entrouverte».

Europe

Le ministre s'est par ailleurs montré optimiste quant à la possibilité que le Canada et l'UE en arrivent à un accord au cours des prochaines semaines.

«Les acteurs veulent régler, a-t-il affirmé. Ils sont au point où ils doivent faire les derniers compromis, donc c'est le point le plus difficile, mais la volonté est là. (...) Les compromis de dernière ronde vont se faire dans les semaines qui viennent.»

Longtemps critique d'un traité commercial avec l'Europe, Jean-François Lisée s'est transformé en défenseur enthousiaste du projet. Lors d'une téléconférence tenue le mois dernier en compagnie du ministre des Finances, Nicolas Marceau, il s'est employé à répondre aux préoccupations soulevées par les des représentants d'une cinquantaine d'organismes intéressés par le dossier.

Il soutient qu'un éventuel accord atteindra «un bon équilibre» entre l'ouverture des marchés et la capacité du Québec de «décider de (ses) affaires sur tous les plans». Il n'est pas question, a-t-il assuré, de donner des droits démesurés aux investisseurs qui se sentiraient lésés par des lois ou des règlements adoptés par les gouvernements.

«Il y a des tas de gens — je le vois dans les mouvements communautaires — qui pensent encore que c'est comme avant, a-t-il lancé, faisant référence à la vive controverse suscitée par le défunt projet de Zone de libre-échange des Amériques. Or, grâce à eux, grâce à la pression populaire, grâce aux socio-démocrates, ce n'est plus comme avant, alors il faut le dire.»

Il subsiste néanmoins plusieurs écueils de taille, dont la question des médicaments. L'Europe, où sont établis plusieurs grandes pharmaceutiques, réclame que le Canada allonge la durée de ses brevets dans ce domaine.

«La position de toutes les provinces, c'est de dire au fédéral: 'si vous acceptez la règle (...) que les Européens vous demandent, vous devrez compenser les provinces pour l'augmentation de coût des médicaments que ça représente'», a expliqué M. Lisée.

Selon les fabricants de médicaments génériques, la facture additionnelle s'élèverait à 2,8 milliards $ par année, dont 785 millions $ pour le Québec.

Un autre important point en litige est la demande des Européens de faire passer de 13 500 à 23 500 tonnes la quantité de fromage qu'ils peuvent exporter chaque année au Canada. Même si l'Union des producteurs agricoles s'oppose fermement à toute hausse, Jean-François Lisée s'est dit prêt lundi à négocier là-dessus.

«On verra le libellé final, qu'est-ce que le Canada aura réussi à obtenir, qu'est-ce que l'UPA en pense, et on jugera au mérite», a-t-il précisé, en notant toutefois que plusieurs emplois étaient en jeu dans l'industrie laitière.

Dans son discours au CORIM, le ministre a rappelé que l'une de ses priorités était de réduire le déficit commercial du Québec, qui atteignait 23,2 milliards $ en 2011 alors qu'en 2002, la province enregistrait un surplus de 4,2 milliards $.

Le gouvernement compte à cet égard rendre public d'ici la fin juin une nouvelle «politique commerciale», qui ciblera «les pays et les secteurs économiques les plus porteurs».

Enfin, la première ministre Pauline Marois doit dévoiler, également d'ici la fin juin, un «plan d'action Afrique» qui ratissera large: économie, éducation, «soutien à l'État de droit» et aide internationale.

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