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Kabaria la défavorisée, un concentré de colère sociale près de Tunis

10/02/2013 10:50 EST | Actualisé 12/04/2013 05:12 EDT

Panier de courses vide à la main, Farida se lamente du coût de la nourriture en Tunisie et harangue le pouvoir qui, empêtré dans les crises et les querelles politiques, n'a pas "tenu les promesses" de vie meilleure, le moteur de la révolution de 2011.

"Tous les politiciens nous ont alléchés lors des élections avec de nombreuses promesses mais aucune n'a été tenue ! Nous vivons toujours dans la misère", martèle cette femme au foyer d'une quarantaine d'années sur le marché de Kabaria, banlieue défavorisée au sud de Tunis.

"Les prix n'ont jamais atteint ce niveau-là, même sous le régime déchu les pauvres comme les riches remplissaient leur panier et mangeaient bien", renchérit Saïda devant les étals de légumes et de fruits dans les ruelles cabossées du quartier.

"Ce gouvernement (dirigé par les islamistes) est responsable de l'augmentation du coût de la vie, il doit nous en expliquer les raisons", ajoute-t-elle, appuyée par les hochements de tête d'une dizaine d'autres femmes, la plupart voilées, déplorant "des conditions de vie difficiles".

Les vendeurs rejoignent cette litanie de complaintes, tel Hichem, veste et chaussures usées et sans chaussettes malgré le froid et la pluie.

"Le pays va très mal ces derniers temps et, comme vous voyez, le marché est mort, je n'arrive même pas à vendre une citrouille par jour", souligne ce vendeur ambulant aveugle et père de deux enfants.

Mais dans les ruelles boueuses du quartier, les militants du parti islamiste au pouvoir Ennahda veillent, empêchant les passants de trop parler aux journalistes, si bien que les habitants préfèrent taire leurs noms de famille.

"Tout va bien, les prix sont très abordables et ce gouvernement va dépasser toutes les crises causées par la France", lance l'un des militants.

Lasaad Majeri ne se laisse pas impressionner: "Ce sont tous des voleurs, Rached Ghannouchi (chef de Ennahda), c'est un grand assassin. Hamadi Jebali (Premier ministre et numéro 2 du parti islamiste), c'est un assassin", lance ce badaud quadragénaire.

La Tunisie est plongée depuis des mois dans une profonde crise politique, aggravée par l'assassinat mercredi de Chokri Belaïd, un opposant de gauche et anti-islamiste, dont est accusé, sans preuves, Ennahda.

Les islamistes au pouvoir sont en outre en train de se diviser après l'initiative du Premier ministre de former contre l'avis de son camp un gouvernement de technocrates.

Mais ces débats n'intéressent guère les habitants de Kabaria, où le chômage et la misère font des ravages comme dans de nombreuses régions de Tunisie.

C'est d'ailleurs d'ici que des gangs de casseurs sont venus vendredi pour incendier des véhicules et se battre avec les policiers en marge des funérailles de M. Belaïd.

Traînant le long d'une rue étroite en fumant une cigarette, Lasaad, un jeune chômeur, dit vouloir quitter le pays "le plus tôt possible", comme des milliers d'autres depuis la révolution.

"Il n'y a ni emploi, ni vie digne, et je comprends parfaitement pourquoi les jeunes tentent leur chance pour aller ailleurs", dit-il.

Depuis la révolution de janvier 2011, des dizaines de jeunes Tunisiens ont péri en tentant de rallier l'île italienne Lampedusa à bord d'embarcations de fortune.

Avec un taux de chômage officiel à 17% et une économie anémique, les conflits sociaux souvent violents se sont multipliés ces derniers mois en Tunisie. Et l'insécurité a miné le secteur touristique, manne de devises importante pour le pays.

kl/alf/fc

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