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Denis Côté présente un film «plus assumé et plus ambitieux» à la Berlinale

10/02/2013 12:29 EST | Actualisé 12/04/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Avec «Vic + Flo ont vu un ours», Denis Côté estime avoir accouché d'un long métrage «plus assumé, plus affirmé et plus ambitieux» — un film qui lui a d'ailleurs valu une sélection en compétition officielle à la 63e Berlinale, où il a été projeté dimanche.

«Je dirais que dans mes premiers films, je ne voulais absolument pas interférer sur le réel. Je ne voulais pas du tout le bousculer, je voulais le respecter», a fait valoir le cinéaste, qui était flanqué de ses trois acteurs principaux lors d'une conférence de presse diffusée en direct sur le site Internet du prestigieux festival de cinéma.

Le film pourrait marquer un changement de cap en ce qui a trait au processus créatif du cinéaste, qui juge avoir, de toute façon, «les deux mains pleines de réel» en vieillissant.

«Peut-être que dans les films à venir, (je chercherai à) nourrir une espèce de torsion, ou de contorsion du réel (...) et aussi jouer un peu avec le film de genre», a-t-il suggéré.

En tournant «Vic + Flo ont vu un ours», le créateur québécois dit avoir l'impression de s'être affranchi d'une «dette envers les femmes dans son cinéma», après avoir signé des films comme «Curling» (2010).

Le long métrage tourne en effet autour de deux personnages féminins: Victoria (Pierrette Robitaille), qui est en libération conditionnelle, et Florence (Romane Bohringer), qui a terminé de purger sa peine et qui retrouve celle avec qui elle a partagé plus de 10 ans d'intimité en cellule. Recluses dans une cabane à sucre en forêt, les deux femmes tenteront de réapprendre à vivre et à apprivoiser leur liberté.

Denis Côté a reconnu qu'il était assez fier de pouvoir se targuer d'avoir pondu un scénario truffé de dialogues féminins, ce qui donne au final un film «un peu plus frontal» comparativement à ses oeuvres précédentes, où les silences occupaient une place importante.

Le cinéaste s'est intéressé aux relations interpersonnelles entre détenues avant de plancher sur son scénario. «La proposition de l'homosexualité s'est rapidement imposée», a-t-il relaté, faisant référence au caractère circonstanciel des liens qui se développent derrière les barreaux et à l'avenir — hautement imprévisible — de ces relations.

L'actrice française Romane Bohringer a déclaré avoir été fascinée par le scénario que lui a soumis Denis Côté, un réalisateur qui lui était auparavant inconnu. Celle que l'on a notamment vu dans les films «L'appartement» (1996) et «Le bal des actrices» (2009) y a vu une histoire d'amour «tragique et inéluctable» entre deux femmes qui passent d'un milieu carcéral à un endroit «marginal» en forêt.

Pierrette Robitaille, que l'on voit rarement au grand écran dans des rôles dramatiques, s'est dite reconnaissante à l'égard de Denis Côté, qui lui a permis d'explorer un autre registre. Elle a du même coup déploré la timidité de certains réalisateurs qui craignent d'encourager les acteurs à sortir de leur zone de confort.

«On nous (offre) des rôles qui sont toujours un peu connus, on finit par être des spécialistes. Les gens ont peur d'aller ailleurs, et ça c'est dommage. J'apprécie beaucoup, et je remercie Denis d'avoir osé», a-t-elle lancé.

Denis Côté avait peut-être l'impression de rembourser une dette envers la gent féminine, mais il s'est véritablement payé la traite en mettant en scène des personnages «méchants» et «sales».

«Dernièrement, je trouvais que chez nous, on faisait toujours des films de gentils, a-t-il exposé. C'est toujours des gens qui sont visités par des problèmes qui viennent du ciel — la maladie, la mort, la dépression, le chômage. Il n'y a jamais de vrai méchant avec un visage qui attaque une autre personne dans un film. Des gens avec de la malice. Des vrais méchants.»

«Je ne suis pas capable de nommer un film dans la dernière année où les méchants sont vraiment dessinés, avec une psychologie et tout.»

Tandis que certains critiques ont salué l'audace du film sur Twitter peu après la projection de presse, le critique du magazine spécialisé en cinéma The Hollywood Reporter lui a réservé un accueil mitigé.

Le film est certes teinté d'un humour «excentrique» et jouit d'une direction de la photographie de qualité, mais il n'en demeure pas moins que son maniérisme est trop pointu et que son rythme laisse à désirer, écrit David Rooney. «Vic + Flo ont vu un ours» est ainsi «moins amusant que son titre», tranche le critique, qui salue néanmoins au passage les performances de Romane Bohringer et «particulièrement celle de (Pierrette) Robitaille».

De son côté, le site Indiewire a accordé une cote de B+ à l'oeuvre de Denis Côté, évoquant une nouvelle oeuvre «énigmatique» du cinéaste québécois, qui met tranquillement à l'aise les spectateurs avant de les déboussoler. L'intrigue de l'histoire, selon l'auteur de la critique, est surtout bien servie par la dynamique entre les protagonistes, particulièrement lorsque Guillaume (Marc-André Grondin) commence à sympathiser avec le couple d'ex-détenues.

«Vic + Flo ont vu un ours» se frotte à des productions de taille, notamment «Side Effects» (Steven Soderbergh), «The Grandmaster» (Wong Kar Wai) et «Camille Claudel 1915» (Bruno Dumont).

Le jury de la 63e Berlinale, présidé par le réalisateur chinois Wong Kar Wai, est notamment composé de la cinéaste danoise Susan Bier et de l'acteur américain Tim Robbins. Le festival, dont le coup d'envoi a été donné jeudi dernier, prendra fin le 17 février.

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