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Un officier canadien devenu espion russe condamné à 20 ans de prison

08/02/2013 03:26 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT

Premier espion condamné au Canada depuis la fin de la guerre froide, un officier ayant vendu des informations confidentielles à la Russie s'est vu infliger 20 ans de prison vendredi à Halifax, en Nouvelle-Ecosse (Est).

La cour a suivi les réquisitions contre le sous-lieutenant Jeffrey Paul Delisle, qui avait reconnu avoir vendu aux Russes des informations confidentielles concernant le Canada, mais aussi les Etats-Unis et d'autres pays de l'Otan.

Il s'agit de la plus lourde condamnation pour espionnage dans l'histoire du Canada, a indiqué la procureure, Lyne Décarie, qui s'est dite satisfaite du verdict.

Ce dernier comprend aussi une peine de neuf ans de prison pour abus de confiance, que Delisle purgera en même temps.

Il est le premier Canadien à être jugé pour avoir violé la loi sur la protection de l'information, introduite après les attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis.

L'étendue des dommages causés par ses activités n'est pas encore connue, mais les alliés du Canada ont demandé à Ottawa d'améliorer la protection de leurs secrets communs.

Selon les médias canadiens, l'espion arrêté en janvier 2012 n'avait pas été démasqué par les services de contre-espionnage d'Ottawa, mais grâce à un renseignement apporté par un des alliés.

Le militaire, qui avait offert spontanément ses services à l'ambassade russe à Ottawa, a été également condamné à une amende de 111.817 dollars, un montant correspondant exactement à ce qu'il avait touché pour les renseignements vendus, a souligné le juge dans sa décision, selon le porte-parole de la justice provinciale John Piccolo.

Comme il a déjà passé un certain temps en prison, il devrait rester en prison dix-huit ans et cinq mois, a encore précisé le porte-parole.

Analyste, le sous-lieutenant de la marine travaillait dans un centre de communications et de renseignement à Halifax (est), utilisant des satellites et des drones pour surveiller le nord de l'Atlantique, selon la télévision publique CBC, et avait accès à des renseignements de plusieurs pays de l'Otan, dont les Etats-Unis, l'Australie ou la Grande-Bretagne.

A la solde de Moscou depuis 2007, il chargeait des informations confidentielles sur un disque dur miniature et les envoyait une fois par mois aux Russes.

Il avait cherché à expliquer son comportement par la dépression où l'avait plongé son divorce. "J'ai pensé au suicide, je voulais mourir, mais je ne pouvais pas abandonner mes enfants. J'ai donc commis un suicide professionnel", a-t-il dit aux enquêteurs, selon une vidéo diffusée par la justice.

Il a demandé aussi pardon à sa famille. "Je voudrais faire remonter le temps, mais je ne peux pas le faire", a-t-il dit, lors d'une des dernières audiences de son procès.

Dès l'annonce du verdict, le général Tom Lawson, chef d'état-major de la Défense a annoncé que l'armée allait procéder à "la révision administrative qui déterminera les mesures applicables à l'enseigne de vaisseau de 1re classe Delisle". Il s'agit selon toute vraisemblance de son expulsion des forces armées.

"Compte tenu de la gravité des crimes" pour lesquels il a été condamné, la procédure doit être rapide, tout en prenant "assez de temps pour en garantir l'équité", a indiqué le général dans un communiqué.

L'espion a pu communiquer à la partie adverse des "produits de renseignement d'alliés", ce qui "risque d'avoir des répercussions négatives sur l'accès du Canada au renseignement et à d'autres informations de nature sensible", a ajouté le chef d'état-major, recourant au conditionnel pour dire que Delisle "aurait pu sérieusement compromettre la sécurité du pays".

via/jl/rap

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