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Tunisie: foule massive aux funérailles de l'opposant tué, armée déployée

08/02/2013 07:40 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT

Une immense foule participait vendredi près de Tunis aux funérailles sous haute sécurité de l'opposant assassiné Chokri Belaïd en criant sa colère contre le pouvoir islamiste accusé de la crise sécuritaire et politique dans laquelle est plongée la Tunisie.

Le pays était paralysé par une grève générale et l'armée déployée de crainte de violences, après les heurts entre manifestants et police qui ont coûté la vie à un policier depuis la mort mercredi de cette figure politique, un crime sans précédent dans les annales contemporaines.

Une foule innombrable dépassant les 10.000 personnes et qui continue de grossir défilait de Djebel Jelloud, dans la banlieue sud de Tunis, pour accompagner le cercueil de l'opposant, tué de trois balles tirées à bout portant devant son domicile à Tunis, vers le cimetière d'El-Jellaz.

Les manifestants scandaient "Le peuple veut une nouvelle révolution", le chef d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, Rached "Ghannouchi assassin", "Ghannouchi prends tes chiens et pars".

Ils ont aussi repris en coeur l'hymne national et le slogan "dégage, dégage", les cris de ralliement pour les manifestants de la révolution de 2011 qui a renversé le régime de Zine El Abidine Ben Ali.

Les militaires, armes aux poings, encadraient la procession, alors que des hélicoptères de l'armée survolent Tunis. La mise en terre est prévue dans l'après-midi de

A Tunis même, des camions de l'armée ont été déployés sur l'avenue Bourguiba, épicentre des heurts entre policiers et manifestants ces derniers jours. Les soldats viennent renforcer un important dispositif policier, nombre de bus et de fourgons cellulaires étant déployés pour parer à tout débordement.

Les militaires ont été également déployés dans les villes de Zarzis (sud), autre point chaud près de la frontière libyenne, à Gafsa (centre), et à Sidi Bouzid, berceau de la révolution de 2011, devant les principales administrations.

Dans ces villes et ailleurs, des centaines de personnes défilaient en scandant "Assassins" et "Chokri repose toi, on continuera ton combat".

A Gafsa, de bref heurts ont opposé la police à des manifestants qui jetaient des pierres sur un commissariat.

L'assassinat de Chokri Belaïd avait déclenché des violences entre policiers et manifestants dans le pays. Outre le policier tué, un autre était vendredi dans le coma après avoir été tabassé dans la nuit par des manifestants à Gafsa.

Craignant l'escalade, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT, 5000.000 membres) a appelé à une "grève pacifique contre la violence" et les autorités ont demandé aux citoyens "d'éviter tout ce qui porterait atteinte à la sécurité publique".

Le pays tournait au ralenti après cet appel; tous les vols depuis et vers la Tunisie ont été annulés à l'aéroport de Tunis-Carthage, le principal du pays, selon des sources aéroportuaires. En ville, les rues étaient largement vides et les rames du tramway de Tunis étaient désertées.

La grève, la première de cette ampleur depuis 2011, intervient dans un contexte économique et social très tendu, les manifestations et conflits sociaux, souvent violents, se multipliant depuis l'été en raison du chômage et de la misère, deux facteurs clé de la révolution de 2011.

D'ailleurs, l'état d'urgence est en vigueur depuis 2011, les autorités cherchant à rétablir la sécurité après la multiplication ces derniers mois des violences, les plus graves ayant impliqué des groupuscules islamistes radicaux.

Cet assassinat a aggravé la crise politique. Le Premier ministre islamiste Hamadi Jebali a appelé mercredi à un gouvernement restreint de technocrates approuvé par l'opposition mais rejeté par son propre parti, Ennahda.

Ce mouvement a ainsi laissé éclaté au grand jour la division entre des modérés représentés par le chef du gouvernement et numéro 2 du parti et une frange plus radicale rangée derrière leur chef historique, Rached Ghannouchi.

La présidence a dit ignorer tout d'un cabinet restreint proposé par M. Jebali qui garde le silence depuis.

Dans ce contexte de crise, l'ambassade de France a appelé ses quelque 25.000 ressortissants à la prudence et annoncé la fermeture des écoles françaises vendredi et samedi en Tunisie.

Les universités seront fermées dans le pays jusqu'à lundi.

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