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Matches truqués: Dan Tan, suspect numéro un à la vie tranquille

08/02/2013 05:20 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT

Considéré comme le suspect numéro un dans l'affaire des centaines de matches de football truqués à travers le monde, le Singapourien Dan Tan mène une vie tranquille dans la riche cité-Etat asiatique, entre sorties aux casinos et ballades en BMW.

Dans la vaste enquête lancée par Europol, qui a comptabilisé l'existence de centaines de matches truqués dans le monde, des centaines de joueurs et de responsables ont été déclarés suspects. Quatorze personnes ont été condamnées et plus de cent poursuites ont été lancées.

De quoi pousser le chef d'Interpol, Ronald Noble, à se demander récemment pourquoi Tan Seet Eng, plus connu sous le nom de Dan Tan et considéré comme le suspect numéro un, était toujours libre de ses mouvements à Singapour, menant la vie normale d'un homme d'affaires, selon son entourage.

L'enquête d'Europol cherche à déterminer qui est à la tête du cartel criminel basé à Singapour, qui a réalisé plus de 8 millions d'euros de bénéfices en truquant les matches pour mieux empocher des paris sportifs.

La police italienne a émis un mandat d'arrêt à l'encontre de Tan et, selon des documents juridiques cités par le journal de Singapour "The New Paper", il est qualifié de "leader" des opérations.

Des enquêtes citent son nom depuis plus d'un an dans plusieurs pays, notamment en Allemagne.

Mais Tan, dans une très rare interview accordée en 2011, a vivement protesté de son innocence. "J'aimerais savoir pourquoi, soudainement, on me désigne comme un truqueur de matches. Je suis innocent. Si on me reproche quoi que ce soit, j'irai devant la justice", avait-il déclaré au New Paper.

Le nom de Tan, un Singapourien d'origine chinoise dans la quarantaine, est apparu sur la scène internationale à la suite de l'arrestation en Finlande de son complice présumé, Singapourien lui aussi, Wilson Raj Perumal.

Condamné et emprisonné pour trucage de matches, il est considéré comme la source des révélations sur le scandale du "calcioscommesse" en 2011-2012, qui concerne de nombreuses parties truquées en Italie, où le nom de Tan est encore apparu.

"Il ne serait pas logique pour lui de quitter Singapour. Il pourrait être arrêté, explique à l'AFP Zaihan Mohamed Yusof, le journaliste du New Paper qui avait interviewé Tan. Mieux vaut pour lui qu'il reste à Singapour".

Tan poursuit ainsi une vie normale dans la cité-Etat, selon Zaihan, qui se souvient des sorties de l'homme d'affaires dans les casinos.

Une visite à son appartement de banlieue s'est révélée vaine et des appels répétés à ces numéros de téléphone connus sont restés sans réponse.

Singapour est considéré depuis longtemps comme la plaque-tournante du trucage de matches. Les truqueurs ont appris leur métier dans les championnats locaux et en Malaisie voisine avant d'exporter leur savoir-faire, profitant du boom des paris en ligne.

Singapour, une capitale de la finance régulièrement classée parmi les pays les moins corrompus au monde, est souvent accusé de laxisme en la matière.

Mais son agence anti-corruption, le "Corrupt Practices Investigation Bureau" (CPIB), assure que "le trucage de matches n'est pas toléré" dans la cité-Etat.

Depuis 2005, le CPIB a mené huit enquêtes sur ces pratiques, et fait condamner onze personnes, mais l'agence a indiqué à l'AFP qu'elle n'était pas concernée par les investigations actuellement menées par Interpol.

La police de Singapour a assuré quant à elle qu'elle collaborait avec l'Italie, Interpol et Europol, mais en soulignant qu'elle attendait toujours des "preuves concrètes" concernant les accusations portées par Europol.

Mais la patience du chef d'Interpol commence à montrer ses limites. "Jusqu'à ce que des arrestations soient faites à Singapour et que des noms, des dates et des détails spécifiques soient donnés, ces organisations criminelles vont être perçues comme étant au-dessus de la loi, et la réputation de Singapour va continuer à en pâtir", a estimé Ronald Noble dans une interview au quotidien singapour The Straits Times.

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