NOUVELLES

Mali: un kamikaze se fait exploser à Gao, affrontement entre soldats à Bamako

08/02/2013 07:05 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT

GAO, Mali - Un extrémiste s'est fait exploser vendredi près d'un point de contrôle militaire en périphérie de Gao, le premier attentat-suicide depuis que l'opération militaire française au Mali a commencé, alimentant les craintes d'une insurrection imminente des jihadistes qui se sont enfuis dans le désert il y a deux semaines.

Les forces maliennes et françaises ont affronté peu de résistance quand elles ont repris Gao, mais la découverte de puissants explosifs cette semaine dans la ville et l'attentat de vendredi laissent penser que les islamistes radicaux sont encore loin d'avoir été défaits.

L'armée malienne a attribué l'attentat au Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), qui a contrôlé Gao pendant près de dix mois avant d'en être délogé à la fin du mois de janvier. Le kamikaze est la seule victime de l'attentat, selon l'armée malienne et des résidants.

Pendant ce temps, les forces françaises ont progressé vers le nord du pays et ont repris durant le nuit la localité de Tessalit, près de la frontière avec l'Algérie.

Le porte-parole de l'armée française, le colonel Thierry Burkhard, a confirmé vendredi que les forces françaises et tchadiennes contrôlent désormais la ville et l'aéroport de Tessalit après un assaut nocturne impliquant des parachutistes français.

Aïcha Belco Maïga, qui dirige le gouvernement régional de Tessalit, a confirmé la nouvelle par téléphone à Bamako, en précisant qu'elle était en contact avec ses collègues à Tessalit.

«Depuis 8 h, les troupes françaises sont à Tessalit. Elles contrôlent l'entrée de la ville ainsi que les bâtiments administratifs», a-t-elle déclaré.

Le succès de la prise de Tessalit a cependant été assombri par l'attaque à Gao et des affrontements entre soldats maliens dans la capitale.

Le kamikaze a déclenché ses explosifs peu après 6 h près d'un point de contrôle militaire, a déclaré un porte-parole de l'armée malienne, Modibo Traoré.

Quelques heures plus tard, les débris de la motocyclette du kamikaze pouvaient être vus sur un terrain situé tout près du poste de contrôle. Du sang tachait les murs d'un bâtiment où trois soldats montaient la garde.

Les soldats maliens ont déclaré que des villageois avaient emmené les restes du kamikaze et les avaient enterrés après l'attaque. Selon les résidants, le kamikaze était connu sous le nom d'Al Farouk, un homme arabe âgé d'environ 18 ans qui parlait bien le français. Il a habité dans une cachette du MUJAO à Gao pendant sept mois, selon eux.

«Je dormais dans ma maison quand j'ai entendu l'explosion», a raconté un résidant, Yanoussa Traoré.

«Ça a tremblé tellement fort que je pensais que l'attaque avait frappé ma maison», a ajouté son voisin, Agali Ouedraogo.

Signe des tensions qui persistent au sein de l'armée malienne, des soldats d'une unité alliée avec le leader du coup d'État de l'an dernier ont attaqué le camp de la garde présidentielle vendredi matin à Bamako, la capitale.

Au moins une personne a été tuée et cinq autres ont été blessées, selon le docteur Amadou Diallo, qui travaille dans l'infirmerie du camp militaire.

Les bérêts rouges de la garde présidentielle, installés au camp Djicoroni de Bamako, ont été désarmés il y a plusieurs mois par les bérêts verts loyaux au capitaine Amadou Haya Sanogo, le leader des putschistes.

Quand les bérêts verts sont arrivés au camp vendredi, ils ont été confrontés par des femmes et des enfants et ont tiré dans les airs, d'après Batoma Dicko, une femme qui vit sur les lieux. Le camp abrite notamment des bâtiments où vivent les familles des militaires.

Les assaillants ont réussi à entrer dans le camp, où ils ont mené des fouilles et mis le feu à l'infirmerie, a dit Mme Dicko.

«Un jeune homme dans la vingtaine a reçu une balle à la tête et est mort sur les lieux. La balle est entrée dans son visage par la joue droite et est ressortie par son cou», a déclaré le docteur Diallo. «Il a été complètement défiguré. Il y a aussi eu deux femmes blessées, ainsi que trois enfants de 11, 15 et 17 ans.»

L'attaque montre à quel point l'armée malienne est désorganisée et incapable d'affronter seule la menace islamiste dans le nord du pays.

PLUS:pc