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L'UGTT, une centrale syndicale tunisienne face aux islamistes

08/02/2013 03:42 EST | Actualisé 09/04/2013 05:12 EDT

L'Union générale tunisienne du travail, qui organise vendredi la 3ème grève générale de son histoire pour dénoncer l'assassinat d'un opposant, a joué un rôle déterminant dans l'histoire contemporaine du pays et entretient des liens tendus avec le pouvoir islamiste.

La centrale a été fondée le 20 janvier 1946 par Farhat Hached, leader nationaliste dont l'assassinat en 1952 est attribué à une organisation paramilitaire sous le protectorat de la France (1881-1956).

Ce syndicat, unique en Tunisie jusqu'à la révolution de 2011 qui a renversé le président Zine El Abidine Ben Ali, revendique un demi-million d'adhérents et dispose d'un ancrage sur l'ensemble du territoire avec 24 branches régionales, 19 fédérations et 21 syndicats généraux.

Son secrétaire général Houcine Abassi a été porté à la tête de l'organisation lors de son premier congrès post-Ben Ali.

Selon des analystes et des historiens, l'UGTT a toujours été un mouvement très politisé qui a participé au gouvernement après l'indépendance en 1956, avant de s'opposer frontalement au premier président de la République Habib Bourguiba.

Elle était sous le régime de Ben Ali (1987-2011) la seule force dotée d'une implantation nationale avec l'ex-parti au pouvoir le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD).

Sous le règne de Ben Ali l'UGTT a suivi une politique dite de consensus et sa direction a même souvent fait l'éloge du président déchu allant jusqu'à destituer Adnane Hajji, leader du mouvement de contestation sociale écrasé dans le bassin minier de Gafsa en 2008.

La direction de l'UGTT a rallié tardivement le soulèvement populaire contre Ben Ali alors que sur le terrain la base encadrait la révolte.

Depuis la victoire des islamistes d'Ennahda aux premières élections libres le 23 octobre 2011, l'UGTT entretient avec ces derniers une relation tendue qui s'est transformée en conflit ouvert en décembre lorsque des milices pro-gouvernementales ont attaqué le siège du syndicat à Tunis.

Le syndicat avait alors appelé à une grève générale, avant d'y renoncer pour ne pas déstabiliser le pays.

L'organisation encadre cependant systématiquement les conflits sociaux, manifestations et grèves régionales aux accents anti-gouvernementaux qui se multiplient en Tunisie depuis l'été face à la misère et au chômage, si bien qu'Ennahda accuse l'UGTT d'attiser les tensions.

Dans son histoire, l'UGTT n'a organisé que de rares grèves nationales : l'une en 1978 dont la répression a fait des dizaines de morts, et une autre, pendant deux heures le 14 janvier 2011, jour de la chute de Ben Ali.

kl-alf/feb

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