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Le dialogue reprend dimanche à Bahreïn dans la méfiance

08/02/2013 03:25 EST | Actualisé 09/04/2013 05:12 EDT

Le dialogue national reprend dimanche à Bahreïn dans une atmosphère de méfiance réciproque entre le gouvernement et l'opposition chiite, à l'approche du deuxième anniversaire du soulèvement maté par la force dans ce petit royaume du Golfe.

Si les partis d'opposition se sont déclarés prêts dans le principe à reprendre le dialogue, ils exigent au préalable un accord sur l'agenda des discussions qui doivent grouper 27 délégués représentant notamment l'opposition, les groupes politiques sunnites soutenant le pouvoir, et le gouvernement.

La tenue du dialogue intervient alors que l'opposition qui réclame l'instauration d'une monarchie constitutionnelle mobilise depuis plusieurs jours ses partisans, organisant des manifestations quotidiennes devant culminer avec le deuxième anniversaire du soulèvement du 14 février 2011.

"Les groupes de l'opposition sont les seuls à ne pas avoir présenté la liste de leurs représentants jusqu'à présent", a déclaré à l'AFP la ministre de l'Information et porte-parole du gouvernement, Samira Rajab.

Elle a accusé les opposants "d'atermoyer", assurant que le gouvernement avait répondu "très clairement" à leurs demandes d'éclaircissement et affirmant que l'opposition est "liée à un agenda étranger".

Les autorités accusent l'Iran de soutenir l'opposition, ce que cette dernière dément, affirmant que le soulèvement de 2011 a été déclenché dans le sillage du "Printemps arabe".

"Nous sommes prêts à un dialogue sérieux susceptible de faire sortir le pays de la crise, mais pas à un dialogue visant à faire perdre le temps", rétorque Khalil Marzouq, responsable de la puissante formation chiite Al-Wefaq, qui dirige l'opposition.

"Nous voulons un agenda déterminé et des mécanismes différents de ceux régissant le dialogue précédent, qui avait échoué", souligne-t-il.

L'opposition s'était retirée en juillet 2011 d'une première session du dialogue national deux semaines après son lancement, en affirmant qu'elle était "sous-représentée et marginalisée".

L'opposition veut notamment que les résultats du dialogue soient soumis cette fois à un référendum populaire, et non soumis au roi Hamad ben Issa Al Khalifa comme lors de la dernière session de pourparlers.

Pour Claire Beaugrand, analyste à l'International Crisis Group, chaque partie "tâche de tester les intentions" de l'autre, mais "les positions initiales sont très éloignées".

Selon elle, "l'opposition ne veut faire aucun faux pas qui lui vaille de porter la responsabilité d'un échec", alors que le gouvernement, "qui a, en deux ans, largement réussi à rétablir la situation à son avantage est plutôt dans une position de force".

Les autorités avaient maté en mars 2011 le soulèvement populaire animé par des chiites, et des troupes venant des monarchies voisines du Golfe, notamment l'Arabie saoudite, sont depuis déployées dans le royaume qui abrite le siège de la Cinquième Flotte.

Et même si le pouvoir s'est engagé à appliquer les recommandations d'une commission d'enquête indépendante, qui a critiqué le recours excessif à la force face aux manifestations en 2011, il n'a fait aucune concession politique de fond à l'opposition.

Depuis quelques mois, les heurts ont pris un tour plus violent dans les villages chiites entourant Manama, surtout lorsque les manifestations se déroulent à l'appel d'un collectif radical clandestin, le "Mouvement du 14 février".

Claire Beaugrand souligne dans ce cadre "qu'en cas d'échec du dialogue, l'opposition met en garde contre une radicalisation de la base".

Et elle n'exclut pas dans ce cas "un regain de violence" dans les villages chiites ou même "des affrontements en marge de manifestations qui feraient perdre encore plus la légitimité de l'opposition réformiste".

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