NOUVELLES

JO-2014 - Les immenses chantiers de Sotchi, un cauchemar pour les habitants

08/02/2013 07:35 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT

Les gigantesques travaux en cours à Sotchi pour les jeux Olympiques d'hiver dans un an provoquent des embouteillages monstres et défigurent l'environnement, se plaignent des habitants de cette ville russe entre la mer Noire et les montagnes du Caucase.

"La ville est dévastée, il y a des bouchons partout, les routes sont démolies par les gros engins de chantier", se désole Lidia Naberejnaïa, qui habite au centre de Sotchi.

"Ce sera peut-être beau quand les travaux seront finis, mais pour le moment, tout le monde est mécontent", ajoute-t-elle.

Sotchi, qui longe la côte sur plus de 100 km, est devenue une station balnéaire au début du XXe siècle. Avant d'être désignée en 2007 ville hôte des JO d'hiver qui auront lieu du 7 au 23 février 2014, la ville était quasi vierge d'installations sportives et les infrastructures étaient peu développées.

Depuis, les travaux se sont multipliés et la ville est devenue l'un des plus grands chantiers au monde où travaillent quelque 60.000 personnes.

Construit au bord de la mer Noire, dans le sud de Sotchi, le parc olympique -- enceintes sportives, hôtels, logements pour les hôtes des jeux -- était auparavant l'une des plus grandes zones agricoles de la région.

L'immobilier a connu un essor particulier depuis que Sotchi est devenue ville olympique, avec l'apparition de tours dont certaines atteignent 25 étages, du jamais vu auparavant.

Des nouvelles routes en construction en vue des JO entraînent d'interminables embouteillages visibles chaque jour sur l'artère principale, Kourortny Prospekt, au trafic congestionné.

Et la police bloque la circulation pour le passage des convois officiels parfois pendant de longs moments, en particulier lorsque le président Vladimir Poutine se déplace dans Sotchi, contribuant ainsi à accroître le mécontentement des automobilistes.

De plus, des milliers d'habitants sont privés d'électricité presque tous les jours à la suite de coupures de courant sans avertissement préalable, parfois pendant plusieurs heures.

Près de 50.000 personnes ont ainsi été privées d'électricité pendant la nuit de Nouvel An, selon des médias locaux. Le courant n'a été rétabli qu'à 14H00 le 1er janvier. Des dizaines d'habitants ont participé à une manifestation près de la mairie de Sotchi deux semaines plus tard.

L'amélioration des infrastructures de la ville s'inscrit dans le cadre des immenses travaux effectués pour les JO qui sont déjà les Jeux les plus chers de l'histoire, avec des dépenses de 36 milliards d'euros, l'équivalent de 128 Airbus A380.

"Nous avons résolu la plupart des problèmes de transports et d'infrastructures pour l'énergie", a déclaré jeudi le vice-Premier ministre russe, Dmitri Kozak, à Sotchi.

Pourtant, de nombreux habitants ne sont pas convaincus que leurs conditions de vie vont s'améliorer après tous ces travaux.

"Beaucoup a été fait pour la ville, mais il y a eu beaucoup de vol aussi", déclare à l'AFP Nikolaï Petetski, un ancien agent des services de renseignements extérieurs (SVR), en référence à la corruption, un mal qui gangrène la Russie.

"Le volume des constructions est immense, mais tout cela est réalisé de manière irréfléchie", estime-t-il.

"Je crois qu'à l'avenir il y aura plutôt moins de touristes qu'auparavant car tout est devenu si cher", ajoute M. Petetski, propriétaire d'un petit hôtel dans le centre de Sotchi.

"Ils détruisent la végétation de Sotchi, ils détruisent des immeubles historiques, l'héritage de Sotchi. Il n'y a aucun plan d'urbanisme de la ville, et tout est très sale", déplore-t-il.

Près du parc olympique s'amassent des tas de terre et de sable éclipsant les maisons avec petit jardin restées à proximité, dont les fenêtres salies par la poussière des travaux sont couvertes de pancartes "à louer".

Les autorités répètent que des centaines de milliards de roubles ont été dépensés pour les JO, "dont 500 milliards pour les infrastructures", écrit sur son blog un habitant de Sotchi, David Khakim, fustigeant les coupures d'électricité à répétition.

"Mais nous ne verrons pas ces milliards -- il fait vraiment trop sombre --", ironise le blogueur.

ma-bfi/nm/chc

PLUS:afp