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Emotion et slogans anti-islamistes aux obsèques de l'opposant tunisien

08/02/2013 07:42 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT

Des youyous de femmes et des larmes, doublés de cris de colère et de slogans anti-gouvernementaux: les obsèques de l'opposant tunisien Chokri Belaïd se sont transformées vendredi en une manifestation populaire monstre contre les islamistes au pouvoir en Tunisie.

Dès le début de matinée, des milliers de Tunisiens sont venus pour saluer la dépouille de l'opposant assassiné mercredi, brandissant des photos du défunt, sous une pluie intermittente.

Le cercueil, enveloppé dans un drapeau tunisien, a été transporté par des proches de la victime depuis le domicile familial vers la Maison de la culture de son quartier de Djebel Jelloud, où une foule toujours plus grande lui a rendu hommage.

Le mur d'enceinte de la bâtisse blanche était décoré d'une énorme moustache peinte en noir, un clin d'oeil à cet homme à la lèvre supérieure très fournie, et dont la verve anti-islamiste a animé les plateaux des télévisions et les ondes radios depuis la révolution de 2011.

Les youyous et les sanglots des femmes retentissaient dans les rues du quartier de même que les slogans contre Ennahda, le parti islamiste qui dirige le gouvernement et que les proches de la victime accusent d'être responsable de l'assassinat.

"Le peuple veut une nouvelle révolution", le chef d'Ennahda Rached "Ghannouchi assassin", "Ghannouchi prends tes chiens et pars", ont ainsi été scandés à tue-tête. Les manifestants ont aussi repris en coeur l'hymne national et le slogan "dégage, dégage", cris de ralliement de la révolution de 2011.

"Oh défenseurs de la Nation, allons à la rencontre de la gloire / Mourons Mourons s'il faut que vive la patrie / Clame le sang qui coule dans nos veines", ont-ils chanté.

Debout au coeur de la foule, enveloppée d'un drapeau tunisien, la veuve du défunt, Besma, a brandi deux doigts en l'air en signe de victoire. Mais la fille de huit ans du couple s'est évanouie sous le coup de l'émotion.

La procession a ensuite parcouru 3,5 kilomètres pour rejoindre le cimetière d'El-Jellaz, où Chokri Belaïd a été inhumé à 16H00 (15H00 GMT) dans le carré réservés aux martyrs.

Le parcours était encadré par des militaires, armes automatiques en bandoulière, visages fermés et mâchoires serrées. Des hélicoptères de l'armée survolant sans cesse la zone.

Le chef d'état major, Rachid Ammar, a fait le déplacement mais il était le seul représentant officiel au cimetière, la famille du défunt ayant refusé la présence de représentants du pouvoir. Les différents partis d'opposition étaient à l'inverse représentés en nombre.

"On a perdu un grand héros, c'est un héros pour tous les Tunisiens", a déclaré Beji Caïd Essebsi, qui avait dirigé un gouvernement provisoire post-révolutionnaire avant fonder un parti d'opposition laïc.

Devant le cimetière, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des dizaines de jeunes venus des quartiers pauvres alentours qui ont pillé et incendié des dizaines de voitures. Des colonnes de fumée et des flammes ont créé un bref mouvement de panique au cimetière, sous les yeux de la police tentant de faire respecter l'ordre durant l'enterrement.

Quelques téléphones volés, des sacs à main arrachés, des insultes et obscénités fusent dans des scènes cocasses, non loin de l'endroit où la dépouille de Chokri Belaïd était mise en terre aux cris "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand)

"En enterrant Chokri, nous espérons enterrer avec lui la haine et la violence", a murmuré les yeux rougis Ahmed Seddik, avocat et ami proche.

"Repose en paix Chokri, nous suivrons ton chemin", a lancé la voix nouée de Hamma Hammami, chef de l'Alliance de gauche à laquelle appartenait le défunt, prononçant une brève oraison funèbre.

Tradition oblige, les obsèques se sont terminées par la Fatiha, le premier verset du Coran récité en guise de prière.

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