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Des milliers de Tunisiens rendent un dernier hommage à un opposant assassiné

08/02/2013 07:45 EST | Actualisé 10/04/2013 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Des centaines de milliers de Tunisiens scandant des slogans antigouvernementaux ont convergé dans un cimetière de Tunis vendredi pour les funérailles de Chokri Belaïd, un leader de l'opposition laïque dont l'assassinat a exacerbé la crise politique en Tunisie.

Le meurtre de M. Belaïd, qui ne se gênait pas pour critiquer le gouvernement islamiste, a provoqué des manifestations et des émeutes depuis mercredi en Tunisie. Ses partisans accusent le parti islamiste Ennahda, qui domine la coalition gouvernementale, d'être complice de sa mort.

Le pays a été complètement paralysé vendredi par la grève générale décrétée par les syndicats. Le transporteur national, Tunis Air, a annulé tous ses vols.

Les funérailles ont été marquées par des affrontements entre la police et de jeunes émeutiers qui incendiaient des voitures. La procession funèbre est arrivée au cimetière dans une scène de chaos diffusée en direct à la télévision.

Les proches et les collaborateurs de Chokri Belaïd ont essuyé leurs larmes alors que son corps a été porté en terre. Son collègue Hamma Hammami, du Parti des travailleurs tunisiens, a prononcé l'éloge funèbre.

«Repose-toi, Chokri, nous allons poursuivre la lutte», a-t-il dit, alors que l'odeur âcre des gaz lacrymogènes flottait dans l'air.

Des centaines de jeunes hommes ont lancé des pierres aux policiers qui tentaient de les empêcher de détruire des véhicules dans un stationnement à proximité. La police a répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes. La télévision a diffusé des images où l'on pouvait voir des véhicules en flammes.

Des témoins ont déclaré que ces jeunes hommes en tenue de sport, dont plusieurs étaient armés de bâtons et de machettes, étaient des hooligans tentant de tirer avantage de l'instabilité.

«Ces enfants sont incontrôlables et ils ne suivent aucune idéologie politique», a déclaré Moncef Chebbi, un programmeur informatique de 68 ans qui a assisté aux funérailles. Selon lui, les jeunes émeutiers proviennent d'un quartier pauvre des environs. «C'est vraiment désolant, c'est une honte», a-t-il ajouté.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarrouch, a déclaré que 132 personnes avaient été arrêtées et qu'environ une dizaine de véhicules avaient été incendiés.

Plusieurs manifestations et funérailles symboliques ont également eu à travers le pays en mémoire de Chokri Belaïd.

L'opposant avait accusé le parti Ennahda d'avoir recours à des hommes de main pour attaquer les rassemblements de l'opposition, et sa famille et ses amis estiment que le parti est complice de sa mort. Ils n'ont fourni aucune preuve, mais leurs allégations ont avivé l'insatisfaction populaire face au gouvernement.

«Nous ne pouvons accepter qu'ils assassinent la liberté, qu'ils assassinent la démocratie. (...) Nous enterrons un martyre», a déclaré Mohammed Souissi, un vétérinaire de 63 ans présent au cimetière, où la foule ne semblait pas dérangée par la pluie intermittente. Les participants ont chanté l'hymne national et scandé «Ghannouchi assassin!», en référence à Rachid Ghannouchi, le chef d'Ennahda.

Près de la maison des parents de M. Belaïd, où la procession a commencé, des politiciens de l'opposition, des avocats en toge noire et des fonctionnaires se sont unis aux milliers de manifestants en scandant «Non à la violence» et «Nous sommes tous Chokri Belaïd».

Plus d'une dizaine de bureaux d'Ennahda ont été attaqués durant la nuit à travers le pays, ont rapporté les médias tunisiens. Les écoles, les magasins, les banques et d'autres institutions ont sont restés fermés dans le cadre de la grève générale.

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