NOUVELLES

USA: l'architecte de la campagne des drones sur le grill des sénateurs

07/02/2013 11:23 EST | Actualisé 09/04/2013 05:12 EDT

John Brennan, l'architecte de la campagne des drones contre al-Qaïda, passe jeudi sur le grill de sénateurs avides de réponses de l'administration Obama sur le cadre juridique de ces frappes, lors d'une audition visant à valider sa nomination à la tête de la CIA.

Si sa confirmation comme directeur de l'agence de renseignement est attendue, beaucoup voient cette audition comme l'occasion de forcer l'administration à rendre des comptes sur une guerre secrète qui lui fournit le pouvoir de tuer, y compris des citoyens américains à l'étranger, sans en référer à quiconque.

Dans une manoeuvre savamment calculée pour inciter la Maison Blanche à justifier la légalité de ces frappes, conduites en grande partie par la CIA, un document confidentiel du ministère de la Justice qui justifie les attaques meurtrières a fuité deux jours avant l'audition au Sénat du chef du contre-terrorisme de la Maison Blanche.

Quelques heures avant son audition par la Commission du renseignement du Sénat, la Maison Blanche a fait une concession en annonçant qu'elle transmettrait aux parlementaires les documents secrets justifiant la légalité des frappes.

"Le président a ordonné au ministère de la Justice de fournir aux commissions de renseignement du Congrès un accès aux (documents) classifiés relatifs au sujet", a indiqué un responsable de la présidence sous couvert d'anonymat.

De son bureau à la Maison Blanche, John Brennan, 57 ans, dont 25 à la CIA, a orchestré et supervisé les frappes de drones, qui se sont largement intensifiées sous la présidence Obama.

"John a été le pape de l'antiterrorisme américain ces quatre dernières années. Il a été au centre de toutes les décisions et un interlocuteur majeur des gouvernements étrangers, particulièrement les Saoudiens", a expliqué à l'AFP Bruce Riedel, ancien analyste de la CIA passé à la Brookings Institution.

M. Brennan a ainsi coordonné une "liste de personnes à abattre" appartenant à Al-Qaïda et supervisé les frappes de drones au Pakistan, au Yémen ou encore en Somalie.

Ancien chef de poste de la CIA en Arabie saoudite, John Brennan, a joué un rôle clé dans les négociations avec Riyad pour établir dans le pays une base secrète, d'où décollent des drones opérés par la CIA contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP), filiale de la nébuleuse au Yémen.

La première frappe d'un drone ayant décollé de cette base a ainsi servi à l'attaque de septembre 2011, dans laquelle a été tué l'imam radical Anwar Al-Aulaqi, Américain accusé d'être un responsable d'Al-Qaïda, ainsi que deux autres ressortissants américains, a rapporté la presse américaine.

Cette guerre clandestine est inlassablement dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme.

"La commission du renseignement du Sénat doit obtenir de John Brennan des réponses précises pour dire dans quelle mesure il était impliqué dans les politiques de torture, de détention illimitée à Guantanamo et d'attaques meurtrières extrajudiciaires", a averti Zeke Johnson, directeur d'Amnesty International.

Le recours aux drones fait également débat dans la presse, qui s'interroge sur l'effet des frappes sur les sentiments des populations locales vis-à-vis des Etats-Unis et sur leur pertinence: quelle est la menace réelle pour les Etats-Unis que représentent les personnes ciblées et quelle est leur importance dans la hiérarchie d'al-Qaïda?

Pressenti en 2009 pour prendre les rênes de la CIA, John Brennan n'avait pas été nommé en raison de son implication sous la présidence de George W. Bush dans le programme d'interrogatoires renforcés, assimilé à de la torture.

S'il reçoit l'aval du Sénat, M. Brennan succédera à l'ex-général David Petraeus, contraint de démissionner en novembre après la révélation d'une liaison adultère avec sa biographe.

chv-mra/jca

PLUS:afp