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Lucien Bouchard fait un dernier plaidoyer en faveur du pétrole et du gaz

07/02/2013 01:53 EST | Actualisé 09/04/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ancien premier ministre Lucien Bouchard a quitté jeudi la présidence de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) en y allant d'un dernier plaidoyer en faveur de cette industrie controversée.

Au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne, M. Bouchard a invité le gouvernement de Pauline Marois à faire en sorte que les municipalités ne puissent pas bloquer unilatéralement les projets d'exploration pétrolière.

Rappelons que le mois dernier, la Ville de Gaspé a adopté un règlement interdisant tout forage sur son territoire, ce qui a incité Pétrolia (TSX:PEA) à suspendre son projet d'exploration Haldimand.

«Est-ce qu'on peut accepter que ça soit fragmenté, que chaque municipalité, chaque village ait un droit de veto sur le développement de nos ressources?» a lancé Lucien Bouchard.

«L'État a un rôle à jouer et on ne peut pas laisser les municipalités décider si le Québec va être développé ou non économiquement», a-t-il ajouté.

Lucien Bouchard, âgé de 74 ans, quitte le lobby pétrolier et gazier sans avoir réussi à infléchir significativement l'opinion publique. Et malgré la levée de boucliers dans le dossier du gaz de schiste, il exprime peu de regrets.

«On est loin d'avoir créé des problèmes environnementaux au Québec, mais on a créé des appréhensions par exemple, a-t-il déclaré. En particulier parce que (l'exploration gazière) n'a pas été bien faite, pas assez bien préparée. Mais quand j'entends parler du scandale du gaz de schiste, quel scandale? L'industrie s'est comportée d'une façon extrêmement responsable. À partir du moment où elle a vu qu'il y avait nécessité de poser un arrêt, elle a arrêté toutes les activités.»

Même les préoccupations soulevées plus tôt cette semaine par le commissaire fédéral à l'environnement, Scott Vaughan, quant à la toxicité des produits chimiques utilisés pour la fracturation hydraulique, ne l'ébranlent pas.

«Pendant des générations, (le gaz naturel) va être l'énergie la plus employée dans le monde, a-t-il martelé. Alors le Québec ne pourra pas rester à l'écart de ça. Dès lors qu'on sera satisfaits que ça peut se faire de façon responsable, en respectant l'environnement et dans le sens d'un partage équitable pour les contribuables, ça va devoir se faire. Mais (entre-temps), il y aura une période un peu plus difficile (pour l'industrie). Il faut accepter (de boire) la tasse.»

M. Bouchard présidait l'APGQ depuis janvier 2011 dans le cadre d'un mandat que lui avait confié Talisman Energy. Jeudi, le géant albertain a annoncé son retrait de l'APGQ, ce qui a eu pour conséquence la démission de Lucien Bouchard de la présidence.

L'automne dernier, Talisman a radié en totalité les investissements de 109 millions $ qu'elle avait effectués dans le secteur du gaz de schiste au Québec au cours des dernières années. L'entreprise a notamment invoqué la faiblesse des prix du gaz naturel et sa décision de se concentrer sur les actifs qui génèrent des liquidités à court terme.

Dans une déclaration publiée jeudi, Talisman a dit avoir «apprécié la contribution de l'Association à la construction d'un dialogue avec les Québécois sur le potentiel de l'industrie pétrolière et gazière». L'entreprise a ajouté n'avoir «pris aucune décision définitive quant à ses plans d'avenir au Québec».

Au cours d'un entretien téléphonique, le directeur général de l'APGQ, Stéphane Gosselin, a convenu qu'il aurait «préféré» que Talisman et M. Bouchard demeurent au sein du regroupement. Il a noté que le mandat du président de l'APGQ ne dépasse habituellement pas deux ans, tout en reconnaissant que les membres étaient disposés à conserver «le plus longtemps possible» un président du «calibre» de Lucien Bouchard.

M. Gosselin a assuré que le retrait de Talisman n'allait pas mettre en péril l'APGQ. Celle-ci compte sept autres membres, dont Forest Oil, Lone Pine (TSX:LPR), Questerre (TSX:QEC), Gastem (TSXV:GMR) et Junex (TSXV:JNX). Pétrolia, qui fait de l'exploration pétrolière en Gaspésie et à l'île d'Anticosti, n'en fait pas partie.

Le conseil d'administration de l'APGQ choisira le nouveau président au cours des prochaines semaines, a précisé Stéphane Gosselin.

Mercredi, le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, a annoncé que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) allait tenir des audiences élargies sur le gaz de schiste l'an prochain. Le moratoire sur l'exploration sera maintenu jusqu'à la fin de ce processus, plus long que celui mis en place par le précédent gouvernement libéral.

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