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Les malades chroniques sont les oubliés de la guerre en Syrie

07/02/2013 04:12 EST | Actualisé 08/04/2013 05:12 EDT

Dans un dispensaire de Tripoli, chef-lieu du nord du Liban, Mounif, 20 ans, originaire de la province syrienne de Homs, souffre de thalassémie. Le visage pâle et déjà ridé, il attend une transfusion sanguine sans laquelle il mourra.

Comme lui, des dizaines de milliers de Syriens atteints de maladies chroniques et ayant besoin d'un traitement récursif sont devenus les victimes oubliées d'un conflit impitoyable qui a détruit le système de santé de qualité de leur pays.

"Se rendre à l'hôpital de Homs pour y recevoir mon traitement était devenu impossible", explique-t-il. "Avant de trouver ce dispensaire (à Tripoli) ma famille avait quasiment perdu l'espoir de me voir vivre".

Situé dans le centre du pays, Homs a été dévasté par les combats entre soldats et rebelles. Selon les ONG, médecins et hôpitaux ont été pris pour cibles par les protagonistes et beaucoup de centres de santé sont totalement paralysés, en l'absence des services de base comme l'électricité ou le mazout.

"Ceux qui souffrent du coeur, du diabète ou du cancer ont besoin d'un suivi permanent et d'un traitement. Mais, en raison du manque de médicaments, de spécialistes et de l'accès difficile aux hôpitaux, ils sont devenus les victimes silencieuses du conflit", regrette un médecin à Alep et qui ne souhaite pas être identifié pour des raisons de sécurité.

Trouver refuge dans les pays voisins, comme le Liban, où le système de santé connaît des difficultés, ne garantit pas l'accès au traitement, constate Maher al-Kashef, un médecin syrien basé à Tripoli.

"Ceux qui ont besoin de traitements onéreux doivent bénéficier d'un appui. S'ils en disposent ils seront sauvés, sinon ils attendront et si l'attente est trop longue, ils mourront", explique-t-il.

Une enquête publiée dans la prestigieuse revue médicale Lancet démontre que la réponse humanitaire en Jordanie et en Turquie est tout aussi "inadéquate".

"Comme si les conséquences des actions militaires sur les Syriens n'étaient pas suffisantes, il y a un assaut de grande envergure contre les infrastructures sanitaires", note la revue.

"Ceux qui souffraient de maladies chroniques bénéficiaient d'un système de santé gratuit et de qualité, même dans des endroits retirés de Syrie", assure Franz Luef, chef de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) dans les zones rebelles du nord de la Syrie.

"Aujourd'hui, tout s'est effondré", assure-t-il au téléphone.

Pour le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) Rami Abdel Rahmane, ceux qui souffrent de maladies chroniques "sont les victimes oubliées du conflit. Ils meurent et personne ne parle d'eux".

En raison des difficultés pour obtenir des données précises sur ces victimes, l'OSDH, qui depuis près de deux ans dresse quotidiennement un bilan des victimes du conflit, ne les inclut dans son bilan.

Selon un rapport du ministère syrien de la Santé en décembre 2012, 55% des hôpitaux du pays sont endommagés dont 31% sont devenus inutilisables.

Dans des villes comme Homs et Alep, la distribution de l'eau est en outre très inégale, la nourriture manque, l'hygiène est médiocre et les services de base sont quasi-absents, selon experts et habitants.

Contre tout attente, il n'y a pas eu jusqu'à présent d'épidemie, même si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déploré le nombre croissant de maladies liées à l'eau insalubre, comme les diarrhées.

Le Lancet cite pour sa part, "l'accroissement des cas de tuberculose dans les zones urbaines notamment à Alep et parmi les réfugiés dans les pays voisins.

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