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Commission Charbonneau: Borsellino voulait «travailler» Michel Arsenault

07/02/2013 10:43 EST | Actualisé 09/04/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Dans une conversation téléphonique en 2008 avec l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, le président de Construction Garnier, Giuseppe Borsellino, se promettait de «travailler tranquillement» le président du conseil d'administration du Fonds de solidarité, Michel Arsenault.

La Commission Charbonneau a écouté, jeudi, d'autres enregistrements provenant de l'écoute électronique de la ligne téléphonique de Jocelyn Dupuis.

Celui-ci a quitté son poste en 2008 après que le président de la FTQ, Michel Arsenault, ait demandé sa démission, dans la foulée de la controverse concernant ses comptes de dépenses.

«On va le travailler tranquillement», dit M. Borsellino à M. Dupuis, en parlant de Michel Arsenault.

«Tranquillement pas vite, mais sûrement, mon chum, sûrement», le rassure M. Dupuis.

Interrogé sur le sens de cette conversation téléphonique, M. Borsellino a admis qu'il avait «peut-être un projet de terrain» qu'il voulait «que le Fonds regarde». C'est en ce sens qu'il disait vouloir «travailler» M. Arsenault, a-t-il avoué au procureur de la commission, Me Simon Tremblay.

Il ne s'est toutefois pas rappelé à quel projet au juste il faisait référence et a assuré que de toute façon, aucun des projets qu'il envisageait n'a reçu du financement du Fonds de solidarité FTQ.

Dans une conversation entre MM. Dupuis et Borsellino, on entend ce dernier se réjouir du fait que son «chum le ministre» Tony Tomassi vient d'être nommé ministre dans le gouvernement Charest. En décembre 2008, il a été nommé ministre de la Famille.

Au téléphone, M. Borsellino souligne à M. Dupuis que Michel Arsenault a appelé M. Tomassi.

«Hostie de pourri de câlisse», s'exclame Jocelyn Dupuis en apprenant cela.

Des rumeurs ont déjà fait état de clans opposés chez des entrepreneurs qui s'affrontaient pour tenter d'avoir des entrées ou un accès privilégié au Fonds de solidarité, en tissant des liens avec des gens de la FTQ-Construction. Le fonds offre du capital-risque prisé des entreprises.

«Il ne faut pas que ça sorte, hein? Il ne faut pas que ça sorte, c'est trop 'home made'», s'empresse d'ajouter M. Borsellino.

Interrogé par la juge France Charbonneau à savoir pourquoi il «ne voulait pas que ça sorte», M. Borsellino a soutenu que s'il avait eu un projet auquel il voulait intéresser le Fonds de solidarité, il n'aurait pas voulu que cela soit éventé pour des raisons de compétition.

M. Borsellino affirme dans un enregistrement être depuis «trois jours» avec M. Tomassi. À la commission, il a justifié pareil contentement par le fait que M. Tomassi était un Italien qui avait travaillé fort pour être où il est et qu'il était donc fier de voir que son bon ami était devenu ministre.

Bateau, pas bateau

Dans une autre conversation entre MM. Borsellino et Dupuis, il est également question du fameux yacht de Tony Accurso, l'important entrepreneur derrière Simard-Beaudry et Louisbourg Construction, notamment.

M. Borsellino mentionne que M. Accurso a invité sur son bateau Tony Tomassi qui, à cette époque, le 16 novembre 2008, n'était pas encore ministre, mais simplement député de Lafontaine. «Il l'a invité sur le bateau, sa petite routine, tu sais?», rapporte M. Borsellino à M. Dupuis.

Un échange surréaliste a alors eu lieu entre la juge Charbonneau et le témoin, dans lequel ce dernier a tenté de convaincre la juge que même s'il avait parlé de bateau, il ne s'agissait peut-être pas d'un bateau.

«Je lui ai dit bateau, c'est quoi le problème avec bateau? Si j'ai dit bateau, j'ai dit bateau. Mais est-ce que ça veut dire que c'est un bateau? Ça peut vouloir dire qu'il l'a invité à luncher», a-t-il répondu à la juge.

La présidente lui a alors demandé pourquoi il parlait de bateau s'il n'y avait pas de bateau, mais il s'est enlisé dans une autre réponse surprenante, affirmant que dire «bateau» pouvait vouloir dire «billets de hockey» ou autre chose.

Invité par la commission à interpréter cette conversation, M. Borsellino a affirmé qu'à son avis, M. Accurso voulait simplement «faire son travail de solliciter M. Tomassi».

En soirée, M. Accurso a nié, par voie de communiqué, avoir eu quelque relation d'affaires que ce soit avec M. Tomassi, avant ou après l'élection de ce dernier à l'Assemblée nationale.

«M. Accurso nie également que M. Tomassi ait séjourné sur son bateau, et il ne l'y a d'ailleurs jamais invité», ajoute le communiqué diffusé par une firme de relations publiques.

Comme il l'avait fait en octobre 2009 dans un autre communiqué, M. Accurso réitère de plus «qu'aucun ministre ou député de l'Assemblée nationale n'est monté à bord de son bateau».

Financer pour son réseau

M. Borsellino a par ailleurs confirmé qu'il a assisté à plusieurs événements organisés par des partis politiques, au Parti québécois, au Parti libéral du Québec, à Union Montréal, mais seulement pour développer son réseau, jamais en espérant des contrats.

Il a assisté «une vingtaine de fois» à des événements du Parti libéral du Québec, quatre ou cinq fois à des événements du Parti québécois, 10 à 15 fois à des événements d'Union Montréal, et autant à Vision Montréal.

Il a assuré que tout cet argent qu'il a versé à des partis au fil des ans l'a été sous forme de chèques, jamais au comptant.

«L'idée du financement, c'était de s'approcher de ce monde-là qu'on voyait. C'était important d'être présent, d'avoir des bonnes relations de travail, des bonnes relations avec ce monde, pour être présent, c'est tout. Dans ce temps-là, j'étais un entrepreneur qui commençait à prendre un peu d'expansion. Pour moi, c'était important que je sois présent, que le parti politique me voit. Je pensais que c'était bon», a-t-il résumé.

La juge Charbonneau l'a questionné durant plusieurs minutes, répétant maintes fois sa question sous plusieurs formes: en quoi assister à des événements organisés par des partis politiques vous aidait dans vos affaires?

Il a dit vouloir ainsi régler des problèmes de paiement, par exemple, ou des difficultés avec des ingénieurs aussi présents à ces cocktails. Il a nié espérer un retour d'ascenseur ou l'octroi de contrats en versant des contributions à des partis politiques.

Il a souligné qu'il ne fréquente plus ces cocktails aujourd'hui, parce que cela n'est plus bon d'être vu dans des événements politiques, selon lui. La sollicitation pour du financement s'est atténuée vers 2007 ou 2008, a-t-il témoigné.

Le témoin s'est par ailleurs contredit concernant un chèque de 10 000 $ qu'il se rappelle avoir donné à Martin Dumont, un ancien organisateur politique d'Union Montréal, lors de la campagne sur les défusions municipales.

M. Borsellino avait dit à la commission qu'il était un partisan convaincu des défusions municipales. Or, M. Dumont, à qui il a donné ce chèque, travaillait plutôt pour le camp du Non aux défusions municipales, soit le camp du «une île, une ville».

Interrogé à savoir pourquoi il a donné 10 000 $ à un camp opposé à ses convictions, M. Borsellino a simplement conclu en anglais que «c'était une erreur».

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