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Brazeau est exclu du caucus conservateur après des allégations de violence

07/02/2013 12:38 EST | Actualisé 09/04/2013 05:12 EDT

OTTAWA - Le controversé Patrick Brazeau devra désormais siéger comme indépendant au Sénat, le premier ministre Stephen Harper l'ayant jeté hors du caucus conservateur après des allégations de violence conjugale.

La police a confirmé l'arrestation d'un homme au domicile de Patrick Brazeau à Gatineau jeudi matin vers 9h10, après avoir reçu un appel concernant un cas de violence conjugale.

Aux Communes, M. Harper a insisté sur le fait qu'il ne prenait pas l'incident à la légère.

«Monsieur le président, je crois qu'il est connu qu'à la lumière des événements sérieux qui ont été rapportés aujourd'hui, j'ai exclu le sénateur Brazeau du caucus conservateur. Évidemment, notre compréhension est qu'il s'agit d'affaires de nature personnelle plutôt qu'en lien avec les affaires du Sénat, mais elles sont très sérieuses et nous nous attendons à ce que les tribunaux s'en chargent», a signalé M. Harper.

Un peu plus tard, le leader en Chambre du gouvernement, Peter Van Loan, a fait le lien entre son exclusion du caucus et les événements survenus plus tôt.

«Au sujet du sénateur Brazeau, ce qui a été rapporté aujourd'hui est évidemment de nature sérieuse, en lien avec un incident familial», a-t-il signalé.

Selon une source conservatrice, M. Harper aurait été «sidéré et attristé» lorsqu'il a appris la nouvelle et il aurait réagi rapidement. Le caucus conservateur de la Chambre haute a été prévenu de sa décision peu après midi par le cabinet de la leader au Sénat Marjory LeBreton.

«Étant donné la gravité des événements rendus publics aujourd'hui, le sénateur Brazeau ne fait plus partie du caucus conservateur. Comme il s'agit d'une question légale, je ne peux commenter davantage», a écrit Mme LeBreton dans une déclaration transmise aux médias.

La police de Gatineau a indiqué qu'un homme a été arrêté à la maison de Patrick Brazeau, sans révéler l'identité de l'agresseur présumé ou de sa possible victime. La loi interdit de divulguer les noms des personnes impliquées dans ce type de situation.

«Malheureusement, je ne peux parler de la victime étant donné que l'enquête est encore en cours pour le moment. C'est un processus qui est quand même assez long», a expliqué le porte-parole de la police de Gatineau, Pierre Lanthier.

Aucune accusation n'a été portée pour le moment, mais l'homme demeure en détention.

M. Brazeau pourra encore siéger au Sénat, à titre d'indépendant. Si des accusations sont déposées, le Bureau de régie interne pourrait toutefois le suspendre. Il en serait officiellement expulsé s'il était trouvé coupable et écopait d'une peine de plus de deux ans en vertu du code criminel.

Controverses

M. Brazeau, ancien chef national du Congrès des peuples autochtone, est le plus jeune des 105 sénateurs siégeant actuellement à la Chambre haute. Depuis sa nomination en 2009, il a fait l'objet de nombreuses controverses sur la colline parlementaire à Ottawa.

La plus récente remonte à mercredi, quand le réseau CTV a révélé que le sénateur aurait déclaré au fisc une fausse adresse entre 2004 et 2008 afin de pouvoir bénéficier de déductions fiscales. Ce même réseau avait également dévoilé que M. Brazeau avait fourni au Sénat l'adresse d'une résidence où il ne vivait visiblement pas afin de toucher une prime de résidence éloignée de plus de 20 000 $.

Son caractère impulsif lui a également attiré des ennuis. Devant une enquête d'une journaliste de La Presse Canadienne démontrant son fort taux d'absentéisme au travail, il avait traité cette reporter de «bitch» sur Twitter, s'attirant ainsi une avalanche de commentaires d'internautes indignés.

Le public le connaît toutefois surtout depuis son combat de boxe avec l'actuel candidat au leadership du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau. M. Brazeau avait perdu ce combat.

L'incident de jeudi a permis au Nouveau Parti démocratique (NPD) de réitérer sa position en faveur de l'abolition pure et simple de la Chambre haute.

«L'exclusion (de M. Brazeau) du caucus conservateur est une chose. Mais il est encore au Sénat, donc jusqu'à l'âge de la retraite, s'il reste au Sénat, il va coûter aux Canadiens 7 millions $», a souligné le chef néo-démocrate Thomas Mulcair en point de presse à Montréal.

Le chef bloquiste Daniel Paillé estime de son côté que M. Brazeau devrait démissionner de son propre chef et renoncer à son siège au Sénat.

«Je pense sincèrement que le sénateur Brazeau, il en a pas mal lourd sur les épaules. Ce dernier événement-là est particulièrement grave s’il est avéré», a-t-il noté.

Le Parti libéral ne condamne pas le premier ministre Harper qui a exclu son sénateur avant que des accusations ne soient portées. Le député Dominic LeBlanc présume que le chef conservateur devait posséder les renseignements nécessaires pour prendre cette décision.

«Nous sommes énormément préoccupés par le fait qu’il y a peut-être une victime, une personne qui a été blessée dans cette circonstance très malheureuse. Le sénateur Brazeau devra ultimement faire face au processus juridique et policier que les autorités vont juger appropriés», a dit M. LeBlanc.

Si des accusations sont portées, l'homme devra comparaître vendredi matin au palais de Justice de Gatineau.

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