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Rapport sur l'intoxication à l'uranium: le soldat Lacoste insatisfait

06/02/2013 04:13 EST | Actualisé 08/04/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Pascal Lacoste n'a pas l'intention de déposer les armes. Le rapport rendu public mercredi par le ministère des Affaires étrangères a choqué l'ex-soldat, qui avait entamé une grève de la faim afin d'exiger d'Ottawa qu'il reconnaisse que lui et d'anciens frères d'armes avaient été intoxiqués à l'uranium appauvri pendant une mission en Bosnie-Herzégovine.

«Tantôt, quand j'ai parlé au téléphone avec le ministre (Steven) Blaney, je lui ai simplement demandé si mes frères d'armes ainsi que moi-même pourrions avoir droit à des soins de santé. Je n'ai jamais été capable d'avoir une réponse», s'est désolé M. Lacoste au bout du fil.

L'ancien militaire, qui habite Québec, n'exclut pas l'idée de déposer un recours collectif contre le gouvernement fédéral. «Ce que je sais, c'est que le combat est loin d'être fini. Je n'ai pas le choix. Pour moi, c'est le combat d'une vie», a-t-il plaidé.

Une vie qui est minée par de nombreux problèmes de santé «directement reliés» à l'intoxication à l'uranium, soutient M. Lacoste, qui estime avoir dépensé environ 5000 $ en soins de santé pour soulager ses douleurs à la moelle épinière et aux reins.

L'enquête du gouvernement fédéral, rendue publique mercredi, conclut cependant qu'il est peu probable que des militaires canadiens aient été exposés à des concentrations d'uranium appauvri pouvant constituer un danger pour leur santé.

Dans ce rapport de 60 pages, un comité composé de cinq experts a jugé que les études réalisées auprès des cohortes militaires n'attestaient pas «de manière constante» que des effets néfastes pour la santé puissent être attribués à l'uranium appauvri.

«Nous ne suggérons pas que ces vétérans n'ont pas de problèmes de santé. Cependant, nous croyons fermement que les problèmes de santé dont ils souffrent ne sont probablement pas liés à l'uranium appauvri», a résumé dans un communiqué le président du comité d'experts, le major-général à la retraite Pierre Morisset.

Le conflit des Balkans

Pascal Lacoste avait entamé en novembre 2011 une grève de la faim devant le bureau de circonscription du ministre Blaney, à Lévis. Il affirmait que son état de santé se dégradait sans cesse depuis son exposition à l'uranium appauvri lors d'une mission en Bosnie-Herzégovine, pendant le conflit aux Balkans dans les années 1990.

Or, selon le comité, la seule situation dans laquelle les militaires canadiens auraient été exposés de façon «importante» à l'élément radioactif remonte à 1991, alors que l'incendie d'un entrepôt de munitions à l'uranium appauvri s'était déclaré au camp Doha, au Koweït, où les troupes canadiennes étaient stationnées lors de la guerre du Golfe.

C'est d'ailleurs là l'aspect le plus réjouissant du rapport, aux yeux de Pascal Lacoste.

«Finalement, dans ce volet-là, le Canada reconnaît qu'il y a des ingénieurs des Forces canadiennes qui ont combattu (...) et qui ont eu des problèmes de poumon, certains ont dû avoir des greffes (...) J'espère que ces démarches-là peuvent adoucir leur destin», a-t-il exposé.

Pascal Lacoste, qui a récemment été décoré d'une Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, n'a pas pour autant l'intention de se délester de son insigne en guise de protestation. Il a d'ailleurs tenu à rendre hommage au Nouveau Parti démocratique et à la députée de sa circonscription, Annick Papillon, qui a choisi de lui décerner la médaille en question. «Ce sont les seuls qui m'ont pris au sérieux», a-t-il fait valoir.

Par voie de communiqué, le ministre Blaney a déclaré qu'il était «essentiel de répondre aux préoccupations des vétérans en nous fondant sur la recherche scientifique», et que le travail accompli par les experts confirmait «l'engagement du gouvernement du Canada à recourir aux études et analyses les plus récentes lorsqu'il est question de la santé des vétérans».

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