QUÉBEC - L'exploration et l'exploitation du gaz de schiste feront l'objet d'une consultation environnementale élargie l'an prochain, a annoncé mercredi le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet.

M. Blanchet a affirmé que le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) aura pour mandat d'entendre les avis au sujet de cette filière.

Le gouvernement minoritaire péquiste déposera aussi un projet de loi pour officialiser un moratoire sur les activités d'exploration et d'exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. Cette interdiction s'étendrait jusqu'à l'adoption d'une législation qui encadrera cette industrie.

«Il y avait un ensemble de restrictions réglementaires qui rendaient l'exploration ou l'exploitation encore davantage complexe, a dit M. Blanchet. Nous transformons cet assortiment de contraintes en une décision à caractère législatif.»

Sur son fil Twitter, M. Blanchet a écrit au début de janvier que «rien ne milite présentement pour le gaz de shale, pas même l’économie».

Les activités pétrolières ne sont pas visées par le moratoire, même si les gisements de schiste recourent à la même procédure de fracturation hydraulique que pour le gaz, comme sur l'île d'Anticosti.

Le mandat du comité chargé actuellement de l'Étude environnementale stratégique (ÉES) sur le gaz de schiste, formé par le précédent gouvernement libéral, sera modifié.

Les 78 études colligées par l'organisme seront transmises au BAPE, qui les utilisera pour ses consultations. Le comité de l'ÉES n'aura pas de rapport à produire, a expliqué M. Blanchet.

L'automne dernier, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, avait exprimé des craintes concernant les risques de conflits d'intérêts au sein du comité actuellement chargé de l'ÉES, puisque des représentants de l'industrie gazière en font partie.

Lors d'un point de presse, M. Blanchet a insisté sur la crédibilité du BAPE pour mener à bien l'évaluation des risques environnementaux liés à cette filière.

«Notre gouvernement fait confiance à l'institution qu'est le BAPE, a-t-il dit. Il fallait aller vers une consultation plus large qui allait s'alimenter à même les études qui avaient été faites.»

Même si M. Blanchet a affirmé que cette décision ne traduisait pas une opinion sur la composition du comité de l'ÉES, le ministre a cependant précisé qu'il partageait l'opinion de Mme Ouellet.

«Mme Ouellet a émis une opinion qu'à bien des égards je partage, a-t-il dit. Mais, comme gouvernement, notre responsabilité est de faire en sorte que l'évaluation, et la consultation, et le traitement des études se fassent de façon objective et scientifique, et ce sera le mandat du BAPE.»

Les études de l'ÉES seront complétées d'ici la fin de l'année et le BAPE prendra ensuite le relais pour des consultations de quatre à huit mois. Au terme de ces opérations, un rapport sera remis au gouvernement et, selon ses recommandations, un processus législatif pourrait s'amorcer pour encadrer l'industrie du gaz de schiste.

Au cabinet du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, l'attaché de presse Jean-François Del Torchio a affirmé que le groupe parlementaire, qui compte 19 députés, était favorable à l'idée d'un moratoire, en raison des risques liés aux technologies utilisées pour extraire le gaz.

«On a toujours dit qu'on était en faveur d'un moratoire. Tant que la technologie ne sera pas là, il ne devrait pas y avoir d'exploitation du tout», a-t-il dit, sans présumer de la position qu'adoptera le caucus une fois déposé le projet de loi du gouvernement.

Le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, a salué la décision du gouvernement. Mais M. Simard croit que le pétrole de schiste aurait dû être traité comme le gaz de schiste, notamment pour le moratoire. Il souhaite que le mandat du BAPE inclue le pétrole, à plus forte raison que le comité de l'ÉES produira des études à ce sujet.

«Je ne vois pas comment on peut séparer ça, ce débat-là, a-t-il dit. Je pense qu'il n'est pas trop tard pour le faire mais on aurait dû intégrer ça dans le mandat du BAPE.»

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  • POUR: le potentiel énergétique

    Les réserves de gaz de schiste au Québec sont importantes, et le potentiel d'exploitation est indéniable, ce qui pourrait rapporter des redevances à l'État. Dans <em>The Telegraph</em>, Christopher Booker <a href="http://www.telegraph.co.uk/comment/columnists/christopherbooker/8500496/Shale-gas-could-solve-the-worlds-energy-problems.html" target="_hplink">estime que les réserves seraient suffisantes pour assurer les besoins énergétiques pour des centaines d'années</a>.

  • CONTRE: la pollution de l'eau

    La fracturation hydraulique, qui consiste à pulvériser un mélange de produits chimiques et de sable sur la pierre pour faire éclose le gaz, pose des risques de contamination de la nappe phréatique. Une douzaine de cas ont été répertoriés aux États-Unis. Les images d'eau qui s'enflamme ont aussi fait le tour du monde. Une <a href="http://insideclimatenews.org/news/20111104/gasfrac-propane-natural-gas-drilling-hydraulic-fracturing-fracking-drinking-water-marcellus-shale-new-york" target="_hplink">nouvelle méthode de fractruation sans eau </a>est envisagée aux États-Unis, mais les écologistes sont sceptiques.

  • CONTRE: Plus d'émission que le charbon

    Le méthane qui se dégage lors de la fracturation est un des principaux gaz à effet de serre. Selon plusieurs études, ces émissions sont supérieures de 20 % à celles dégagées pendant l'exploitation du charbon.

  • POUR: Plus vert que les autres énergies fossiles

    <a href="http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=natural-gas-could-serve-as-bridge-fuel-to-low-carbon-future" target="_hplink">Les chercheurs du MIT ont conclu</a> que remplacer les centrales de charbon par des centrales de gaz naturel pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié.

  • CONTRE: Des séismes provoqués par la fracturation

    <a href="http://oilprice.com/Energy/Natural-Gas/U.S.-Government-Confirms-Link-Between-Earthquakes-and-Hydraulic-Fracturing.html" target="_hplink">Plusieurs tremblements de terre</a> sont liés à la fracturation hydraulique. L'entreprise britannique <a href="http://www.cuadrillaresources.com/cms/wp-content/uploads/2011/11/Cuadrilla-Resources-Press-Release-02-11-11.pdf" target="_hplink">Cuadrilla Resources</a> a notamment admis que le procédé «provoque des événements sismiques mineurs»

  • POUR: Des emplois

    <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">L'industrie du gaz aux États-Unis emploie 1,2 million de personnes</a> et le département américain de l'Énergie estime que les ressources ont augmenté de 65 % grâce au procédé de fracturation hydraulique. De plus, <a href="http://www.bu.edu/energy/files/2011/07/Fracking-article-Sept-14-2011.pdf" target="_hplink">l'industrie évalue les retombées à 385 milliards de dollars aux États-Unis</a>, selon un article de la revue <em>Nature</em>.

  • CONTRE: Les produits utilisés

    Les entreprises n'ont pas à divulguer les produits qu'ils utilisent dans la fracturation hydraulique aux États-Unis. Est-ce aussi le cas au Canada?

  • POUR: Du temps pour développer les énergies renouvelables

    L'ancien chef de cabinet de Bill Clinton et ancien patron du Center for American Progress <a href="http://www.businessweek.com/magazine/could-shale-gas-reignite-the-us-economy-11032011_page_2.html" target="_hplink">John Podesta croit que le gaz naturel peut</a> devenir un pont au 21e siècle vers des énergies renouvelables.

  • CONTRE: Il faut beaucoup d'eau

    La fracturation hydraulique peut requérir jusqu'à <a href="http://www.hydraulicfracturing.com/Water-Usage/Pages/Information.aspx" target="_hplink">20 millions de litres d'eau</a>. Dans certains cas, <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">moins du tiers de l'eau est récupérée</a>.