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Le meurtre d'un opposant provoque de violentes manifestations en Tunisie

06/02/2013 11:22 EST | Actualisé 08/04/2013 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Un leader de l'opposition tunisienne qui critiquait le gouvernement dirigé par les islamistes a été abattu par balle devant chez lui mercredi, provoquant de violentes manifestations antigouvernementales à Tunis, la capitale.

Le meurtre de Chokri Belaïd, un avocat de 47 ans, alimente les tensions en Tunisie, dont la transition de la dictature à la démocratie est considérée comme un modèle pour le monde arabe jusqu'à maintenant. Plusieurs manifestants ont accusé le parti islamiste Ennahda d'être responsable du meurtre.

En soirée, le premier ministre Hamadi Jebali a annoncé la formation d'un nouveau gouvernement de technocrates pour diriger le pays jusqu'aux élections, qui doivent avoir lieu plus tard cette année. La seule tâche de ce nouveau gouvernement sera d'organiser les élections «le plus tôt possible», a-t-il dit.

La décision apparaît clairement comme une concession faite à l'opposition, qui demandait depuis longtemps un remaniement du gouvernement.

La police a eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser des milliers de manifestants qui s'étaient rassemblés mercredi devant le ministère de l'Intérieur à Tunis, accusant le gouvernement d'être responsable de l'assassinat. À un certain moment, un ambulance transportant le corps de M. Belaïd est passée devant le ministère en compagnie de manifestants, mais ils ont été forcés de se disperser.

La foule s'est rassemblée sur le même grand boulevard de la capitale où, il y a deux ans, des semaines de manifestations antigouvernementales avaient mené à la chute du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali. Mercredi, la foule a scandé le même slogan qu'en 2011: «Le peuple veut la chute du régime!».

Comme pendant la révolution de Jasmin, la police a rapidement eu recours aux gaz lacrymogènes, poussant les manifestants à fuir pour trouver un abri dans les édifices environnants en criant «Non à Ennahda!» et «Ghannouchi assassin!», en référence au parti islamiste modéré et son chef, qui dominent le gouvernement.

Le centre de la capitale est ensuite devenu désert. Des policiers à bord de véhicules blindés patrouillaient les lieux avec au moins un char de la garde nationale. Des groupes de policiers antiémeute pourchassaient les manifestants dans les rues élégantes du centre-ville.

Ailleurs en Tunisie, la police a répliqué par des gaz lacrymogènes à une manifestation qui se déroulait à Sousse. Des bureaux d'Ennahda ont été attaqués dans plusieurs villes du pays, selon les radios Mosaïque et Shems FM.

Chokri Belaïd, un membre de premier plan d'une alliance de partis de gauche connue sous le nom de Front populaire, a été tué alors qu'il venait de sortir de sa résidence de Tunis. Il a été conduit dans une clinique à proximité, où il a rendu l'âme, selon l'agence de presse officielle TAP.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarrouch, a qualifié l'assassinat d'«acte terroriste» et a précisé que le politicien avait été visé à bout portant à plusieurs reprises.

Le mobile du meurtre reste obscur. Il survient alors que la Tunisie peine à maintenir la stabilité et à relancer son économie, deux ans après la révolution qui a déclenché une vague de soulèvements populaires semblables à travers le monde arabe.

Avec la chute de la dictature laïque, les groupes islamistes radicaux se sont multipliés en Tunisie, et des musulmans ultraconservateurs ont mené plusieurs attaques contre des artistes, des événements culturels et des personnes jugées impies.

M. Belaïd critiquait sans ménagement le parti Ennahda, estimant qu'il était aveugle aux violences perpétrées par les extrémistes. Selon sa famille, il recevait régulièrement des menaces, le plus récemment mardi, mais il avait toujours refusé de limiter ses activités publiques.

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