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Colère anti-islamiste en Tunisie après l'assassinat d'un opposant

06/02/2013 09:33 EST | Actualisé 08/04/2013 05:12 EDT
AFP

"Ce gouvernement veut nous réduire au silence, nous terroriser", crie dans le hall de la clinique Ennasr Moufida Abbassi, une journaliste amie de l'opposant tunisien Chokri Belaïd, tué mercredi par balles à Tunis, accusant le parti islamiste Ennahda du crime.

"C'est terrible ce qui se passe en Tunisie, on fait taire maintenant les gens en mettant fin à leur vie!", lance-t-elle avant de s'effondrer dans le hall de l'établissement où se trouvait la dépouille de Belaïd, 48 ans, critique acerbe du gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda.

Tout près de Moufida, le père de la victime, sous le choc, est secoué par les sanglots et s'en prend avec virulence au chef d'Ennahda Rached Ghannouchi et au ministre de l'Intérieur Ali Larayedh. "Ennahda a tué mon fils, m'a privé de lui à vie", lance-t-il.

Ces accusations se répètent partout sans que personne ne les étaye. Une foule compacte manifeste devant la clinique en chantant l'hymne national et en conspuant les islamistes.

"Nous vivrons avec du pain et de l'eau mais sans Ennahda", "le peuple veut une révolution de nouveau", "Ennahda est le tortionnaire du peuple", crient les protestataires.

Des milliers d'autres manifestants se sont rassemblés devant le ministère de l'Intérieur où le fameux mot d'ordre "dégage" résonnait sur l'avenue Habib Bourguiba à Tunis, comme lors de la révolte de 2011 qui a chassé Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir, après 23 ans de règne sans partage.

"La chute pour Rached Ghannouchi le criminel du peuple", scandent-ils, certains enveloppés dans le drapeau rouge et blanc de la Tunisie, d'autres brandissant le portrait de la victime.

"Sa mort ne va passer sous silence, tout le peuple tunisien va venger Chokri", s'emporte une manifestante.

"On s'attendait à tout sauf à l'assassinat de figures politiques, surtout celles qui dérangent le gouvernement. Chokri était un symbole médiatique et il fallait le faire taire à jamais", renchérit Atidel Majebri, une universitaire.

La police a ensuite dispersé au gaz lacrymogène les manifestants après avoir été visée par des jets de bouteilles. Puis, une ambulance transportant le corps de l'opposant tunisien s'est symboliquement arrêtée devant le ministère, entourée par la foule en colère.

Le chef d'Ennahda a rejeté les accusations contre sa formation politique les qualifiant de "règlements de compte", et dénonçant "un crime odieux et un acte lâche visant à déstabiliser le pays".

"Ils (les auteurs du crime) veulent un bain de sang mais ils ne vont pas réussir", a-t-il dit dans une déclaration à l'AFP.

Cet assassinat qui a l'allure d'un meurtre commandité est une première en Tunisie depuis la révolte de 2011.

Le Tunisien Chokri Belaïd était un farouche opposant aux islamistes au pouvoir et un militant de tendance marxiste et panarabe, qui a été propulsé par les médias au-devant de la scène politique après la révolte.

Coordinateur général du Parti des Patriotes démocrates (PPD, légalisé en mars 2011), ce tribun à la voix rugueuse et au franc-parler a souvent défié de front les islamistes du parti Ennahda.

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