MONTRÉAL - Un an après la parution de l'excellent Astronomie, le groupe montréalais Avec pas d'casque propose un «mini-album» de sept chansons folk persillées davantage par le country que les propositions précédentes. Coréalisé avec Éric Villeneuve, Dommage que tu sois pris est en harmonie avec le paysage sonore auquel nous avait habitué le quatuor, mais l'idée de la parenthèse est évidente. Quelques jours avant le lancement médiatique du disque au Quai des brumes mercredi soir, à Montréal, nous avons rencontré le chanteur et brillant parolier, Stéphane Lafleur, qui raconte l'aventure du tout nouveau encodé.

N'aillez crainte, les mélodies toutes simples ainsi que les ambiances musicales sobres et aigres-douces sont toujours au rendez-vous. L'imaginaire romantico-mélancolique de l'auteur conserve aussi de sa vivacité.

«Embrasse-moi jusqu'à l'usure», «le poison coule dans mes gouttières», «j'ai bu son jus de braise», «enfarine-moi avec la lune», «le cascadeur dort mieux que moi», «relâche les loups et les étoiles», «mon dos n'est pas une chaise»...

Avec pas d'casque prend toujours son temps et raconte avec finesse. Et puis, la vie étrenne toujours un peu la voix de Lafleur, qui souffle les paroles avec un demi-sourire. La guitare, la basse, le baryton et la batterie sont encore livrés en douceur. Bref, l'ambiance unique créée par la formation est grosso modo la même. Seulement un peu plus de pedal steel (pensons à la pièce Cascadeur), de couleurs country et de moments qui flottent. Il y a également cet harmonica «bob dylanesque» totalement assumé par Lafleur sur Mon dos n'est pas une chaise. Exit cependant les pièces plus entrainantes comme La journée qui s'en vientest flambant neuve du précédent disque.

Dans l'ensemble, le travail est honorable, mais peut-être moins réussi que sur Astronomie. Cela dit, la comparaison est probablement boiteuse puisque les chansons issues de Dommage que tu sois pris sont en quelque sorte des retailles à l'enregistrement d'Astronomie. En écoutant le mini-album, on a d'ailleurs l'impression de se situer ailleurs, dans une sorte de paysage mis entre parenthèses.

La nature des chansons

«Je trouve que ça ressemble davantage à ce qu'on a fait avant Astronomie, commente Stéphane Lafleur, assis dans un divan en cuir du Café Névé. La raison est simple, certaines chansons existaient déjà entre les albums Dans la nature jusqu'au cou (deuxième) et Astronomie. D'autres ont été écrites un peu plus tard. Elles ont toutes été considérées pour Astronomie, mais à un moment donné nous avons réalisé que nous ne pouvions garder tout ces morceaux pour le disque. Ces chansons ont été abandonnées en chantier. Pour faire Dommage que tu sois pris, nous avons tout jeté et refait en entier. Tout a été enregistré en quelques jours en septembre, dans une formule différente d'Astronomie. L'approche était plus live. Basse, batterie guitare étaient enregistrées en même temps. Nous avions envie d'être un peu plus spontanés.»

«Il faut aller avec la nature des chansons, explique-t-il. Pourquoi elles ont été écartées d'Astronomie? Une ligne s'est comme dessinée. Certaines pièces ne cadraient pas dans cet univers. Néanmoins, quelques pièces comme Dommage que tu sois pris, j'embrasse mieux que je parle (l'une des plus réussie et accrocheuse du disque) étaient déjà jouées en show. Cette toune que j'aime bien, ne pouvait faire partie d'Astronomie, selon moi. Elle n'était pas dans le beat. Mais bon, ce n'étaient pas des malaimées pour autant... »

Pourquoi ne pas avoir simplement ajouté deux chansons et en faire un véritable long jeu?

«C'est un mini-album long (rires). Pour être honnête, quand nous avons commencé à les enregistrer, je ne pensais pas que nous pourrions en garder autant. Finalement, le travail s'est mieux déroulé que je pensais et nous avons tout gardé. L'idée de ne pas l'annoncer comme un nouvel album provient du fait qu'il n'a pas été pensé comme tel. Ce sont des tounes qui se sont retrouvées ensemble un peu par accident. Au final, elles forment une cohésion que je n'avais pas soupçonnée. »

«Mais ce n'est pas la suite d'Astronomie et nous n'avions pas le désir de l'annoncer ainsi. La suite viendra plus tard. Dommage que tu sois pris est comme une sorte de fin de cycle, un accompagnement. La nuance est peut-être minime pour les gens, mais elle est importante pour nous. Je dirais qu'elle situe les chansons dans notre parcours. C'est surtout un gros merci aux personnes qui ont vraiment été là avec nous en 2012.»

Après? Une pause est prévue en mars 2012. Stéphane Lafleur, qui est aussi cinéaste, tient à faire de la place pour un projet de long métrage qui pourrait être produit durant l'été. Tout dépendra bien entendu de l'accord des partenaires publics tels que Téléfilm Canada et la SODEC. Peu importe, le chanteur affirme que le groupe regardera droit devant à son retour en scène: «On a vidé les tiroirs de chansons et on boucle l'affaire. Tout sera dorénavant du nouveau stock. J'ai des tounes en chantier, des nouvelles idées non abouties. J'adore ce feeling de terre vierge.»

Un silence.

Comme si c'était directement sorti d'un texte de Stéphane Lafleur, ce dernier conclut en lançant : «J'ai hâte de voir où on va.»

Dommage que tu sois pris est disponible en magasin depuis le 5 février.

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