RÉSEAUX SOCIAUX - "Le première fois que je t'ai vu, Je t'ai pris pour un fruit défendu, Mon cœur n'a fait qu'un tour, Avant de battre comme un tambour, Tu as les cheveux châtain clairs, Tes tâches de rousseur me font fondre, Je ne connais rien de toi, Je te donne rendez-vous, demain, à la cafet' pour ton thé de la pause de 10h."

Il ne s'agit pas d'un courrier du cœur dans le journal local, d'un petit mot ou d'un mail anonyme, mais du dernier message publié sur la page Facebook "Spotted" de l'université Lyon 3. Et "Spotted" ("repéré" en français), c'est le nom du nouveau phénomène de drague étudiant.

Sur ces pages, les utilisateurs de Facebook peuvent déclarer, en tout anonymat, leur amour à un inconnu, en espérant être contacté... ou tout simplement pour dire ce qu'ils ont sur le cœur.

facebook spotte
Retrouvez plus de messages vues sur des pages "Spotted" dans le diaporama en fin d'article.

Avec ces pages, Facebook redevient ce pour quoi Mark Zuckerberg l'a créé lorsqu'il était étudiant à Harvard, soit un gigantesque annuaire à disposition des célibataires. Pourtant cette mode ne vient pas des campus américains, mais d'Europe. Il semblerait que la première page de petites annonces de ce type soit celle de l'université allemande de Francfort, qui compte 4000 fans depuis sa création en septembre 2012. Après l'Allemagne, ce modèle de page s'est popularisé dans les facs et bibliothèques britanniques, polonaises et belges.

Depuis les Américains s'y sont mis, mais les Français aussi. À Paris, la Sorbonne a sa page "Spotted" depuis le 9 janvier, suivie de près par celle des étudiants d'Assas, puis de Montpellier, Toulouse, Bordeaux ou Lyon.

Jusqu'à 40 annonces par jour

À 19 et 20 ans, Sébastien et Clovis sont les créateurs de la page "Spotted" de l'Université Lyon 3. Contactés par Le HuffPost, ils ont expliqué le fonctionnement de leur page de rencontres.

"Nous avons découvert le phénomène sur les pages d'universités étrangères et comme le concept n'existait pas encore à Lyon, nous nous sommes lancés fin janvier", explique Clovis. Avec l'aide de quatre "administrateurs", ces deux étudiants en droit et sciences politiques proposent aux personnes de leur envoyer un message Facebook ou un mail (pour plus d'anonymat) avec leur petite annonce. Les administrateurs publient ensuite l'annonce sans qu'aucun nom n'apparaissent puisque l'anonymat (et la confiance) sont à la base de leur modèle.

Si quelqu'un se reconnaît, il peut toutefois contacter Clovis et Sébastien et demander à ce que ses coordonnées soient transmises à la personne qui a envoyé l'annonce.

Sur ce modèle, les deux entremetteurs lyonnais disent recevoir entre 20 et 40 messages par jour depuis le lancement de leur page. "Avec près de 7300 fans nous sommes l'une des premières pages de ce type en France et 80% des messages que nous recevons sont sérieux, les gens jouent le jeu et écrivent même des poèmes", précise Clovis.

De Facebook au "vrai" rencard

Si, pour la plupart des membres de ces pages, on s'amuse surtout à parcourir les annonces et à imaginer qui se cache derrière ses déclarations enflammées, certains sont vraiment passés à l'action.

"Nous savons que deux couples se sont créés et qu'un rendez-vous est organisé ce mercredi", se réjouissent les créateurs de la page. Pour l'instant cela semble moins efficace que le bon vieux face à face, mais pour aller plus loin, ces étudiants lyonnais organisent une soirée sur le thème de "Spotted". "Les participants pourront nous envoyer un message pour faire une déclaration à une personne repérée dans la boîte de nuit qu'ils n'osent pas aborder et nous le diffuserons sur des écrans géants", explique les organisateurs qui espèrent créer plus de liens concrets entre les adeptes de "Spotted" et peut-être de créer un site de rencontres à part entière puisque Clovis et Sébastien s'apprêtent à lancer thecampus.fr, leur propre plateforme.

Les lycéens et collégiens plus audacieux

Le phénomène "Spotted" ne se limite pas aux universitaires puisque des lycéens et même des collégiens ont créé des pages pour leurs établissements.

spotted lycée daudet

Et les adolescents semblent plus audacieux que leurs aînés: plutôt que de longs poèmes évasifs, ces derniers préfèrent les descriptions, les détails et osent même laisser leurs initiales ou leur classe.

Les plus timides approuvent: "Ça permet de se lâcher et ça peut aussi remplacer le relais des amis qui déforment tout", confie Léa, élève de terminale L dans le Gard. D'autres pensent que le "buzz" sera temporaire et que les ennuis ne vont pas tarder à arriver.

"Le jour où les administrateurs vont tout balancer, je vais rigoler", anticipe un élève de troisième. "C'est devenu la chasse à l'homme dans mon lycée", renchérit une adolescente. "Les gens se sont cru dans Gossip Girl", plaisante une fan de la série dans laquelle le rédacteur d'un blog dévoile les ragots des étudiants d'écoles privées de New York.

"C'est sûr, ça va aller trop loin", ajoute un lycéen montpelliérain qui nous montre une page intitulée"Spotted Injures" créé dans sa ville. Et comme son nom l'indique, sur ce "Spotted"-là, les étudiants publient anonymement des insultes, plus coup de gueule que coup de cœur.

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  • "Spotted" à la bibliothèque de Varsovie

  • À Bruxelles

  • À Sussez en Grande-Bretagne

  • Dans le bus polonais

  • À Assas

  • À Lyon 3

  • Dans le métro

  • spotted ratp

  • Au lycée

  • Au collège

  • Et la version injures