"J'aimerais avoir une maman, mais je ne voudrais pas perdre mes deux papas", dit Frida, petite fille noire de six ans, sans pour autant que cette question paraisse la gêner ou enlever quoi que ce soit à sa joie de vivre explosive.

Son acte de naissance fait apparaître deux pères, Québécois de souche, mais pas de mère. Belle, rieuse et vive, Frida se déchaîne dans un grand salon-salle-à-manger-cuisine avec son frère Jules, quatre ans, tout aussi noir et joyeux, juste avant d'aller au lit, sous le regard tolérant des deux quadragénaires, l'enseignant Laurent Demers et l'enquêteur Stevens LeBlanc.

Le Parlement français a commencé mardi à examiner un projet de loi socialiste ouvrant le mariage et l'adoption aux homosexuels, qui divise la France en deux.

Au Canada, ce sont les tribunaux, saisis par des couples gays, qui ont jugé que leur interdire le mariage était discriminatoire, forçant le Québec à adopter l'union civile en 2002, puis le Canada à ouvrir le mariage aux homosexuels en 2005.

"Nous avons été le 16e couple gay à adopter un enfant au Québec, mais le premier à se voir confier une fille", s'enorgueillit Stevens. Frida est entrée dans leur maison à deux mois, en décembre 2006. Jules, lui, est arrivé à l'âge de quatre jours, en juillet 2008.

Chaque fois, ils ont pu boucler l'adoption en deux ans parce qu'ils ont accepté la procédure de "banque mixte" consistant à prendre des enfants en tant que "famille d'accueil" en attendant qu'ils deviennent adoptables, soit avec accord des parents biologiques, soit par décision judiciaire. Avec un risque réel d'attendre longtemps, voire de ne jamais aboutir.

Autre atout, Laurent et Stevens ont manifesté leur disponibilité à accueillir des enfants de couleur. "Les parents adoptifs potentiels cherchent souvent des "bébés roses", à peine nés, beaux et en bonne santé. Un réflexe narcissique", dit Michel Carignan. Chef du service adoption à Montréal entre 2002 et 2009, il a traité les premiers dossiers homoparentaux après le vote de la loi provinciale sur la filiation en 2002.

"Ces couples, eux-mêmes porteurs d'une différence, étaient ouverts aux enfants différents, enfants de couleur, à problèmes, plus âgés. Du coup, leurs dossiers avançaient plus vite", raconte-t-il.
A sa connaissance, des recherches conduites depuis dix ans n'ont décelé aucune différence entre les enfants adoptés par les homosexuels et les autres.

Aujourd'hui, un couple sur trois qui demande à adopter un enfant à Montréal est homosexuel, indique Louise Dumais qui a succédé à Michel Carignan.

Légale depuis 2002, l'adoption homoparentale est entrée dans les moeurs quelques trois ans plus tard, sans susciter d'opposition visible dans la société québécoise, ni même d'étonnement.

La grande majorité des candidats sont gays. Les lesbiennes, elles, peuvent recourir à l'insémination artificielle, gratuite au Québec depuis 2010, dit Mona Greenbaum, directrice de la Coalition des familles homoparentales du Québec. En 15 ans, son organisation a vu défiler quelque 1 300 familles.

Ils ne peuvent compter sur l'adoption internationale: aucun pays au monde n'accepte que ses enfants soient accueillis par des homosexuels étrangers, précise Mme Greenbaum qui élève deux fils, nés grâce à l'insémination dans une clinique américaine.

Certains gays ont recours à des mères porteuses, interdites au Québec mais pas en Ontario, mais la filière est coûteuse: des agences installées en Ontario facturent environ 75 000 dollars. L'affaire est passablement compliquée: les ovules doivent venir d'une autre femme, pour éviter des problèmes légaux et émotionnels avec la "gestatrice".

Ce n'est pas toujours simple pour les couples lesbiens non plus. Stéphanie Recordon et Florence Lagouarde, deux Françaises, ensemble depuis 2003, ont immigré au Québec en 2005 pour avoir un enfant sans trop de problèmes.

Puis trois années d'essais d'insémination artificielle ne donnent rien. Un peu désespérées, elles optent pour la fécondation in vitro: Florence accueille un ovule de Stéphanie.

Le 10 février 2010, Florence n'en croit pas ses yeux en voyant apparaître la première barre du test de grossesse. Le petit Markus naît le 30 octobre de la même année. Ses mères, toujours radieuses, veulent maintenant un deuxième enfant, selon le même procédé.

Chaque couple homoparental a son histoire unique. Mais un élément semble constant: aucun n'a rencontré de réaction négative dans la société québécoise. A l'hôpital, à la garderie, à l'école, au marché du quartier, personne n'a traité leur famille comme un phénomène anormal.

Anna, une blondinette aux yeux bleus de cinq ans, a deux mères, Charlotte Semblat, venue de France, et Geneviève Guindon, Québécoise. Ses camarades à la garderie, racontent les deux profs de sociologie, "le prennent très naturellement", voire sont jalouses de voir qu'elle a "une maman et une mamou".

Que dis-tu, Anna, quand tes copines te demandent pourquoi tu n'as pas de papa ? "Que c'est comme ça !", assène-t-elle dans un grand éclat de rire, avant de recommencer à jouer avec ses deux chipmunks en peluche. "Un couple hétéro", souligne Charlotte.

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  • Sappho (600 av. J.-C.)

    Cette poétesse grecque a vécu à Mytilène, sur l'île de Lesbos, d'où le terme "lesbienne". Elle a aussi donné son nom au saphisme (homosexualité féminine). Sappho était mariée avec un homme, mais chez les Grecs, homosexualité et maraige hétérosexuel n'étaient pas incompatibles.

  • Socrate (-470 à -399)

    L'amour de Socrate pour les jeunes hommes était connu. Il eut notamment pour amant le jeune Alcibiade, qui le pourchassait sans cesse, comme il est décrit dans Le Banquet : "L'amour de cet homme n'est pas pour moi un médiocre embarras (...). Depuis l'époque où j'ai commencé à l'aimer, je ne puis plus me permettre de regarder un beau garçon ni de causer avec lui sans que, dans sa fureur jalouse, il ne vienne me faire mille scènes extravagantes, m'injuriant, et s'abstenant à peine de porter les mains sur moi"

  • Alexandre Le Grand (356-323 av JC)

    Alexandre Le Grand, roi de Macédoine, est l’un des plus grands conquérants de l’histoire. Mais guerrier et homosexuel sont deux caractères qui ne s'opposent pas du tout à cette époque, où l'amour des hommes entre eux est bien accepté. Alexandre Le Grand est marié avec une femme, il est demeuré attaché tout sa vie à son amour d'enfance, Héphaestion, éduqué comme lui par le philosophe-précepteur Aristote. Selon Lane Fox, professeur à Oxford et auteur d'une biographie sur Alexandre, ils auraient tous deux été amants.

  • Léonard De Vinci (1452-1519)

    La controverse continue, mais aujourd'hui, la plupart des scientifiques s'accordent pour dire que Léonard de Vinci était bisexuel. A 24 ans, il a même été accusé de "sodomie active" envers un jeune homme de 17 ans. Il était par ailleurs entouré de jeunes garçons, dont l'un d'eux, Salaï, serait "la muse du visage et du sourire de La Joconde" <a href="http://gayscelebres.hautetfort.com/archive/2010/07/21/les-deux-amours-de-leonard.html">selon l'historien Michel Larivière</a>.

  • Richard 1er Coeur de Lion (1157-1199)

    Richard Coeur de Lion, Roi d'Angleterre, était amoureux de Philippe II Roi de France. On ne sait pas s'il s'agissait d'un amour entièrement "consommé", mais on sait qu'ils partageaient le même lit.

  • William Shakespeare (1564-1616)

    Le poète anglais a été contraint à 18 ans d'épouser une femme, de 18 ans son aînée... Mais à peine les jumeaux nés, il s'enfuit ! "Sous le règne d’Elisabeth, la sodomie est punie de la peine capitale, le poète sait se montrer prudent",<a href="http://gayscelebres.hautetfort.com/archive/2011/11/23/william-shakespeare-to-bi-or-not-to-bi.html"> raconte l'historien Michel Larivière</a>. Mais certains de ses sonnets sont explicites, comme le XXXIII : "Homme, tu domines tout de ton état suprême, Dérobant les regards des hommes et fascinant l’âme des femmes Tu fus d’abord créé pour être femme Puis quand la nature t’eut fait elle délira Et par une addition me frustra de toi En t’ajoutant une chose dont je n’ai que faire, Puisqu’elle t’a donné un membre pour le plaisir des femmes Donne leur la jouissance, garde-moi ton amour"

  • Louis XIII (1601-1643)

    Louis XIII a épousé Anne d'Autriche,certes, mais il ne l'a pas beaucoup "honorée" ... Selon les mots de son médecin, Jean Héroard, le jeune Louis XIII a "de la honte et une haute crainte" à aller voir la reine...Il a ensuite eu un certain nombre de favoris (masculins donc), qui selon le Vénitien Morosini, étaient là "non pour les affaires de l'Etat mais pour la chasse et les inclinations particulières du roi".

  • Frédéric II de Prusse (1712-1786)

    L'homosexualité de "Frédéric le Grand" est le plus souvent absente des manuels scolaires, mais elle est aujourd'hui communément admise par les Historiens. Il eut par ailleurs une relation avec Voltaire, celle-là plus platonique, qui s'est fini tristement. Il fit enfermer Voltaire de peur que celui-ci ne divulgue ses poèmes, parfois très audacieux, et clairement homosexuels. Après la rupture, Voltaire lui renverra <a href="http://gayscelebres.hautetfort.com/archive/2010/08/17/frederic-ii-le-grand-amoureux.html">selon l'historien Michel Larivière </a>ses décorations et ses ordres accompagnés d'un dernier quatrain ambigu : "Je les reçus avec tendresse / Je vous les rends avec douleur / C'est ainsi qu'un amant, dans son extrême ardeur / Rend le portrait de sa maîtresse".

  • Frédéric Chopin (1810-1849)

    Chopin était-il gay? Bisexuel, sans doute. <a href="http://gayscelebres.hautetfort.com/archive/2010/07/29/chopin-et-maman-george.html">Selon l'historien auteur de <em>Homosexuels et bisexuels célèbres</em></a>, George Sand aurait un jour confié à son ami Grzymala : "Il y a sept ans que je vis avec Chopette comme avec une vierge". Son amour de toujours était un dénommé Tytus, à qui il écrit en octobre 1849. "Mes médecins m’interdisent de quitter Paris. (…) Sinon, je t’aurais rencontré quelque part en Belgique. J’aurais tellement aimé que nous passions ensemble un moment de bonheur complet. Je n'ai jamais été aimé comme je l'aurais voulu".

  • Gustave Flaubert (1821-1880)

    "Madame Bovary, c'est moi" : la célèbre phrase de Flaubert résonne différemment si on l'envisage sous l'angle de son homosexualité. Flaubert était-il homosexuel? Selon Harry Redman, qui a publié <a href="http://books.google.fr/books/about/Le_c%C3%B4t%C3%A9_homosexuel_de_Flaubert.html?id=PbZcAAAAMAAJ&redir_esc=y"><em>Le côté homosexuel de Flaubert</em></a>, l'écrivain était au moins bisexuel. Certains écrits de sa correspondance sont assez crûs, à tel point que le premier éditeur de Flaubert, aurait supprimé tous les passages concernant l’homosexualité. L'un de ces passages, écrit au collège à son camarade Alfred Le Poitevin, est explicite : "Continuité du désir sodomite, bandaison dans la culotte pour le beau Morel. Intensité lubrique, masturbation réciproque avec Morel".

  • Paul Gauguin (1848-1903)

    Dans <em>Paul Gauguin: An Erotic Life</em>, Nancy Mowll Mathews rapporte une anecdote, racontée dans <a href="http://books.google.fr/books/about/Noa_Noa.html?id=8NTaLM5pZKAC&redir_esc=y"><em>Noa Noa</em></a>, son journal de bord à Tahiti. Il y aurait souhaité "être pour une fois l'être passif qui aime et obéit". Peut-être au courant de certains aspects de la vie sexuelle de Gauguin, une Américaine a essayé de détruire <em>Les deux Tahitiennes</em> l'année dernière à Washington, <a href="http://next.liberation.fr/arts/01012329933-une-toile-de-gauguin-trop-homosexuelle">la jugeant "trop homosexuelle"....</a>

  • Paul Verlaine (1844-1896) et Arthur Rimbaud (1854-1891)

    L'amour de Verlaine et Rimbaud (en bas à gauche dans le tableau) ne fait plus de doutes. Mais il gêne toujours : certains poèmes de Rimbaud et Verlaine "ne figurent toujours dans aucune œuvre soi-disant complète de grandes maisons d’édition”, <a href="http://www.tetu.com/actualites/culture/les-gays-censures-par-lhistoire-quon-arrete-le-delire-leonard-de-vinci-etait-homo-20544">comme l'a fait remarquer l'historien Michel Larivière.</a>

  • Marcel Proust (1871-1922)

    La préférence de Proust pour les hommes est une des moins ignorées de l'histoire de la littérature. On connaît moins <a href="http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/6-fevrier-1897-proust-fait-le-coup-de-feu-dans-le-bois-de-meudon-quel-homme-06-02-2012-1427774_494.php">cette anecdote</a> : quand en février 1897 Marcel Proust provoqua en duel le venimeux et féroce Jean Lorrain, critique de littérature, pour avoir évoqué son homosexualité et révélé en plein jour la relation intime qu'il entretenait avec Lucien Daudet, le fils d'Alphonse Daudet. Fort heureusement, chacun des deux rivaux tira par terre...

  • Colette (1873-1954)

    Colette s'entoure de femmes homosexuelles après avoir divorcé de son mari le critique Henry Gauthier-Villars; Elle aura une liaison notamment avec notamment avec Mathilde de Morny, fille du duc de Morny, qui devient sa partenaire sur scène. Elle épouse quand même trois hommes au cour de sa vie, et ne fut donc pas toujours éprise que de femmes.

  • Virginia Woolf (1882-1941)

    Virginia Woolf était l’épouse de l'écrivain Leonard Woolf, avec lequel elle disait filer un grand bonheur, même si plusieurs biographes ont supposé que leur mariage n'avait jamais été pleinement consommé. Des années après son mariage, elle rencontre en 1922 Vita Sackville-West, poétesse et romancière. Leur relation durera des années...

  • Francis Bacon (1909-1992)

    Difficile d'ignorer l'homosexualité de Francis bacon, quand on connaît un peu ses oeuvres, tant la question du corps, corps de l'homme et aussi corps masculin, y est présente. "Ma peinture est le reflet de ma vie", disait le peintre. Il semblerait qu'il ait eu aussi quelques penchants pour le travestissement : selon l'historien d'art Michel Archimbaud, son père l'aurait renvoyé du foyer familial à l'âge de 16 ans après l'avoir surpris en train d'essayer les sous-vêtements de sa mère.

  • Jean Genet (1910-1986)

    Difficile là encore d'ignorer l'homosexualité de l'écrivain pour qui connaît son oeuvre tant elle transpire de tous ses textes. Et parfois crûment, <a href="http://memoiredusilenceblogspotcom.blogspot.fr/2010/12/le-funambule.html">comme dans <em>Le Funambule</em></a>, oeuvre dédié au jeune acrobate Abdallah Bentaga : "Bande, et fais bander. Cette chaleur qui sort de toi, et rayonne, c’est ton désir pour toi-même – ou pour ton image – jamais comblé".

  • Alan Turing (1912-1954)

    Terrible histoire que celle d'Alan Turing, ce "père de l'informatique" <a href="http://www.huffingtonpost.fr/2012/06/24/alan-turing-informatique-intelligence-artificielle_n_1622013.html">dont on vient tout juste de fêter le 100ème anniversaire de la naissance</a>. Malgré tous les bons et loyaux services rendus, comme la découverte des codes secrets nazis durant la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne le condamna en 1952 pour "outrage aux bonnes moeurs" en raison de son homosexualité, encore illégale à l'époque. Il fut contraint à la castration chimique, sanction insupportable qu'il choisit d'éviter en absorbant du cyanure.

  • Michel Foucault (1926-1984)

    Dans la biographie qu'il a faite de lui, Didier Eribon raconte que Michel Foucault vivait très mal son homosexualité. Selon Didier Eribon, quand Michel Foucault rentrait de ses fréquentes sorties dans les bars gays, il restait prostré pendant des heures, anéanti par la honte. Il confessera lui-même que "c'est tout de même un problème impressionnant quand on le découvre pour soi-même [qu'on est homosexuel]. Très vite, ça s'est transformé en une espèce de menace psychiatrique : si tu n'est pas comme tout le monde, c'est que tu es anormal, si tu es anormal, c'est que tu es malade". Il fera deux tentatives de suicide, <a href="http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I07290569/didier-eribon-michel-foucault.fr.html">vraisemblablement liées aux difficultés d'assumer socialement son homosexualité à cette époque</a>.

  • Joan Baez (1942-)

    C'est une toute petite relation à l'échelle d'une vie, mais elle éclaire d'une certaine manière une partie du combat de Joan baez en faveur des droits des LGBT. <a href="http://articles.latimes.com/1987-06-14/entertainment/ca-6960_1_baez-joan-voice">Elle a reconnu pour la première fois cette relation en 1972</a>, une relation d'un an alors qu'elle avait 19 ans. Par la suite, <a href="http://www.contactmusic.com/news-article/baez.s-lesbian-admission">elle n'aura des liaisons plus qu'avec des hommes.</a>