Pauline Marois tente de relativiser la portée de la gouvernance souverainiste (VIDÉO)

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DAVOS, Suisse - Fortement prise à partie par l'opposition sur la «gouvernance souverainiste», la première ministre Pauline Marois a tenté, jeudi, de relativiser la portée de cette stratégie du Parti québécois.

Mercredi, le député libéral Robert Dutil et son collègue caquiste Gérard Deltell ont fustigé l'intention du gouvernement Marois de réclamer de nouveaux pouvoirs à Ottawa, soutenant que le PQ n'avait pas de mandat populaire pour le faire.

«Je suis renversée», a déclaré Mme Marois en entrevue avec La Presse Canadienne à Davos, en Suisse, où elle assiste au Forum économique mondial.

«On a été élus, quand même. Minoritaires, mais avec le programme qu'on a. Je ne m'empêcherai pas de gouverner parce que je suis à la tête d'un gouvernement minoritaire.»

Mme Marois a soutenu que la gouvernance souverainiste visait d'abord et avant tout à «défendre les intérêts des Québécois» face à Ottawa, une responsabilité que les gouvernements successifs ont de tout temps assumée, a-t-elle rappelé.

Mais la gouvernance souverainiste va plus loin: elle a aussi pour but de soutirer de nouveaux pouvoirs à Ottawa afin de préparer le terrain à une éventuelle indépendance du Québec. Le ministre des Affaires intergouvernementales et de la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, prépare actuellement un plan d'action à cet effet, mais celui-ci restera en bonne partie secret.

Jeudi, Pauline Marois n'a toutefois pas fait mention des visées souverainistes de la stratégie. Elle a plutôt rappelé que les libéraux et les caquistes souhaitent eux aussi un élargissement des pouvoirs du Québec, notamment en matière de culture et de communications.

«Je crois que M. Dutil et M. Deltell doivent vouloir avoir plus de pouvoirs pour le Québec, a-t-elle affirmé. Je les ai déjà entendus dire ça. Est-ce qu'ils ont changé d'idée?»

Dans un premier temps, le gouvernement péquiste voudrait rapatrier le registre des armes de chasse, récemment aboli par les conservateurs, et l'assurance-emploi. Un consensus assez large existe au Québec sur la première revendication, mais pas sur la deuxième.

Pour l'instant, Mme Marois ne prévoit pas réclamer de nouvelle rencontre avec son homologue fédéral, Stephen Harper, pour présenter ses demandes. Les deux politiciens ont eu un premier tête-à-tête en octobre dernier à l'occasion du sommet de la Francophonie, tenu en République démocratique du Congo.

«Lorsque ce sera possible, je tenterai d'obtenir une rencontre avec M. Harper, mais pour l'instant, je fais mon travail de préparation», a indiqué la première ministre.

MM. Dutil et Deltell avaient aussi dénoncé mercredi le projet du PQ de lancer, plus tard cet hiver, une campagne de promotion de la souveraineté. Mme Marois a répété jeudi qu'aucun fonctionnaire ne serait affecté à cette opération partisane, qui doit être financée exclusivement par les militants péquistes.

Plan Nord

Pauline Marois a par ailleurs estimé avoir marqué des points jeudi dans le cadre de ses rencontres avec des dirigeants des multinationales européennes Volvo (autobus), Ericsson (télécommunications), ArcelorMittal (mines et métaux) et Novartis (médicaments). Aucune d'entre elle ne projette toutefois de lancer des projets d'investissement majeurs au Québec à court ou même à moyen terme.

Mme Marois s'est par ailleurs employée, comme elle l'avait fait l'an dernier à Paris et à New York, à rassurer les investisseurs quant aux orientations de son gouvernement en matière de développement économique et d'exploitation des ressources naturelles. Les milieux d'affaires sont particulièrement préoccupés par la promesse électorale du PQ de hausser les redevances minières.

«Ce que les gens (d'affaires) souhaitent, c'est qu'on présente notre vision le plus rapidement possible, le plus clairement possible et je crois que c'est raisonnable qu'ils aient cette attente-là», a dit la chef du gouvernement.

Elle a reconnu que la récente décision du conseil municipal de Gaspé d'interdire les forages sur son territoire «soulève des questions». Jeudi, la firme Pétrolia, qui s'apprêtait à forer sur le territoire de la ville, a annoncé qu'elle reportait indéfiniment son projet et qu'elle allait plutôt concentrer ses efforts sur d'autres gisements, à l'île d'Anticosti notamment.

«C'est pour ça qu'il faut rapidement être capable de prendre des décisions, a noté Pauline Marois. Et nous en prendrons. S'il y a quelqu'un qui est capable de prendre des décisions, c'est moi. Et nous tenterons de rassurer les citoyens, qui ont aussi des inquiétudes et des attentes, et les entreprises. C'est ça le rôle d'un gouvernement: être capable d'exploiter des ressources qui vont enrichir les Québécois. Il ne faut pas renoncer à exploiter notre pétrole.»

Après une dernière journée à Davos, vendredi, Mme Marois s'envolera pour Londres, où elle poursuivra sa mission économique. Elle doit prononcer lundi un discours devant la Chambre de commerce Canada-Royaume-Uni et participer à l'annonce officielle de l'expansion à Montréal de la firme britannique Framestore, spécialisée dans les effets spéciaux pour le cinéma et la publicité.

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