Le Canada servirait de base arrière aux extrémistes islamistes

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MONTREAL - Le Canada est devenu plus une base arrière qu'une cible pour les extrémistes islamistes, en particulier algériens, depuis les années 1990, estiment les experts, et aucun attentat n'a jamais été commis sur son sol.

Deux Canadiens faisaient partie du commando qui a attaqué le site gazier d'In Amenas, dans le sud-est de l'Algérie, a indiqué lundi le Premier ministre de ce pays, Abdelmalek Sellal. Les 32 ravisseurs étaient tous membres du groupe "Signataires par le sang" de Mokhtar Belmokhtar, l'un des fondateurs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qu'il a quitté en octobre pour créer son propre groupe, a-t-il dit.

Les Canadiens étaient les seuls Occidentaux à se trouver du côté des assaillants, mais cela n'a guère surpris dans les grandes villes canadiennes. "A Montréal en particulier, on a une souche algérienne importante qui opère ici depuis plus d'une vingtaine d'années", déclare à l'AFP Michel Juneau-Katsuya, ex-agent des services secrets canadiens.

La métropole québécoise accueille en effet une importante diaspora originaire d'Afrique du Nord et de nombreux liens historiques existent avec des cellules extrémistes outre-Atlantique.

"Certains au Canada ont toujours des convictions extrémistes ou proches de l'ex-GIA algérien", avait souligné en septembre 2011 l'ex-juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, interviewé par le quotidien La Presse. "Avec la montée en puissance d'Aqmi, on peut être inquiet", avait-il averti.

Le GIA -Groupe islamique armé- est accusé d'avoir fait plus d'un millier de morts lors d'attentats perpétrés en Algérie et, dans une moindre mesure, en France, dans les années 1990.

Et de fait, certains de ses membres ont immigré à cette époque au Canada. "Ils arrivaient avec le statut de réfugiés, disant fuir la guerre civile", raconte Fabrice de Pierrebourg, journaliste d'enquête de La Presse. Ils ont mis sur pied une base logistique, surnommée "la cellule de Montréal", qui fut finalement démantelée en 1999.

"Plus une base qu'une cible"

Cinq de ses membres, des Montréalais, ont été condamnés en France en 2001 en raison de leur appartenance au "Gang de Roubaix" qui avait semé la terreur dans le Nord de l'Hexagone en 1996. Figure la plus célèbre du groupe, Ahmed Ressam a été arrêté par hasard en 1999 par les douaniers américains: il projetait de faire exploser l'aéroport de Los Angeles lors du passage à l'an 2000.

Ces épisodes, comme celui plus récent de la raffinerie algérienne, rappellent "que le Canada a longtemps eu pour vocation de permettre le recrutement et la levée de fonds" en vue du jihad, remarque Michel Juneau-Katsuya. Or, "le Canada a toujours été plus une base qu'une cible", ce qui explique qu'il n'y ait jamais eu d'attentat islamiste, explique l'ancien espion.

Les tentatives se sont toutefois multipliées après le 11 septembre 2001, culminant en 2006 lorsque le groupe des "Toronto 18" fut démantelé. Ses membres voulaient frapper une série d'institutions canadiennes. Cette cellule n'était toutefois pas liée directement à Al-Qaïda. La plupart des personnes arrêtées depuis 2001 pour tentative d'attentat étaient ainsi "des loups solitaires", précise M. de Pierrebourg.

Généralement, ce sont des bi-nationaux (immigrés ou descendants d'immigrés), qui profitent des facilités à voyager permises par le passeport canadien pour rejoindre un champ de bataille, de l'Afghanistan à la Somalie, notent les experts. Malgré tout, pointe M. Juneau-Katsuya, ce phénomène "part d'abord d'un grief, d'une rage" suscités par de multiples facteurs, sans lien particulier avec le pays dont les extrémistes ont la citoyenneté ou sont résidents.

L'islam radical au Canada

Plusieurs extrémistes islamistes canadiens ont été poursuivis ces dernières années pour des "activités terroristes" visant plus souvent l'étranger que leur pays, très vigilant et mobilisé depuis les attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis.

Voici le rappel des principaux cas.

Tous citoyens canadiens, certains d'origine pakistanaise, égyptienne ou afghane, les "dix-huit", dont cinq mineurs au moment des faits, ont été arrêtés en 2006 grâce à l'infiltration d'un informateur. Ils ont été accusés d'avoir voulu attaquer à l'explosif la Bourse de Toronto et le siège des services de renseignement, notamment, pour forcer le Canada à retirer ses troupes d'Afghanistan. Plusieurs condamnations à la prison à vie, d'autres à de lourdes peines de réclusion, ont suivi.

Fils d'un cadre d'Al-Qaïda, Ahmed Said Khadr, Canadien d'origine égyptienne, les frères Omar et Abdullah Khadr n'ont pas été jugés au Canada. Le premier, arrêté à l'âge de 15 ans en Afghanistan et détenu pendant huit ans à Guantanamo avant d'être jugé, a été rapatrié au Canada en septembre dernier. Le second a été détenu pendant 14 mois au Pakistan, admettant avoir fourni des armes à Al-Qaïda, puis a regagné le Canada. Les Etats-Unis ont demandé son extradition, sans succès.

Poursuites pour des activités à l'étranger

. Le Canadien Mohamed Hassan Hersi, soupçonné d'avoir voulu se rendre en Somalie pour rejoindre les islamistes shebab, arrêté en 2011, doit être poursuivi pour "activité terroriste".

. Né à Ottawa de parents pakistanais, Momin Khawaja a été condamné en 2010 à la prison à perpétuité pour avoir participé à la planification d'attentats à Londres, qui avaient finalement été déjoués.

. Des mandats d'arrêt ont été lancés contre deux Canadiens, anciens étudiants de l'université du Manitoba, accusés de s'être entraînés avec un "groupe terroriste" au Pakistan en vue de commettre des attentats contre la force de l'Otan en Afghanistan. Partis en 2007, Maiwand Yar, 27 ans, et Ferid Imam, 30 ans, n'ont plus donné de leurs nouvelles.

. Un Canadien naturalisé d'origine somalienne, Mohammed Abdullah Warsame, a plaidé coupable en 2009 aux Etats-Unis de complot de soutien matériel et financier au réseau Al-Qaïda. Ayant passé plus de six ans dans une prison américaine avant d'être jugé, il a ensuite été envoyé au Canada.

. Trois habitants de la province de l'Ontario, Khurram Sher, Hiva Alizadeh et Misbahuddin Ahmed, ont été arrêtés en août 2010 et accusés de préparation d'attentats à l'explosif, sans qu'il soit précisé où ces attentats devaient être perpétrés.

. Un Marocain, Saïd Namouh, arrêté en 2007 au Québec et accusé d'association avec une branche d'Al-Qaïda afin d'organiser un attentat en Autriche, a été condamné trois ans plus tard à Montréal à la prison à vie.

. Le Canadien d'origine marocaine Abdellah Ouzghar a été condamné en 2009 à Paris à 4 ans d'emprisonnement pour avoir fourni de faux papiers à un groupe islamiste présumé. Il aurait été lié au "Gang de Roubaix" ayant commis des vols à main armée et une tentative d'attentat à Lille en 1996.

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