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Focalisé sur l'Iran, Netanyahu risque l'isolement diplomatique

18/01/2013 04:38 EST | Actualisé 19/03/2013 05:12 EDT

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, favori à sa propre succession, veut polariser l'attention internationale sur l'Iran plutôt que sur le conflit avec les Palestiniens, au risque d'aggraver son isolement diplomatique.

"La question centrale, c'est l'Iran, le temps presse. Une décision devra être prise rapidement", estime Eytan Gilboa, spécialiste des relations israélo-américaines à l'Université Bar Ilan près de Tel-Aviv.

M. Netanyahu a rejeté les critiques internationales contre la colonisation en affirmant que "le danger pour le monde ne provient pas de l'établissement d'une université à Ariel (NDLR: une implantation de Cisjordanie) ou de la construction de logements par Israël dans sa capitale Jérusalem".

"Le danger pour le monde, c'est l'Iran avec son programme nucléaire ainsi que les stocks d'armes chimiques de la Syrie", a-t-il affirmé le 8 janvier lors d'un déplacement électoral à Ariel.

Benjamin Netanyahu qui devrait, selon les sondages, former la prochaine coalition gouvernementale, martèle que le dossier iranien constituera sa priorité et agite régulièrement la menace d'une intervention militaire.

Mais les tensions avec les Etats-Unis pourraient saper la coordination entre les deux alliés, alors même que les experts doutent de la capacité d'Israël à mener à bien une opération en solitaire.

Le président américain Barack Obama, cité par Bloomberg, aurait récemment déploré la lâcheté de M. Netanyahu face au lobby des colons, estimant que sa politique menait Israël à un "isolement presque total".

Le Premier ministre a rétorqué que "les Israéliens sont les seuls à décider qui les représentera".

Ces relations glaciales pourraient toutefois se réchauffer "si Netanyahu intègre au moins un parti centriste dans sa coalition", ajoute Eytan Gilboa.

Quant à l'Union européenne (UE), premier partenaire commercial d'Israël, si les deux parties s'entendent sur le "danger que représente l'ambition nucléaire iranienne, la question palestinienne masque cette convergence de vues parce qu'elle fait de l'ombre à pratiquement tout le reste", observe un responsable gouvernemental israélien sous le couvert de l'anonymat.

"Nous avons réussi avec les Européens à déconnecter les deux questions", assure-t-il néanmoins, "les Européens comprennent que la question iranienne doit être traitée, non seulement parce qu'ils ne veulent pas que nous attaquions, mais parce qu'un Iran nucléaire serait aussi mauvais pour eux".

Ce responsable déplore qu'aux yeux de l'UE, la colonisation constitue "le plus important" obstacle à une reprise des négociations de paix. Faute de geste d'Israël envers les Palestiniens, "les Européens tenteront de lancer une nouvelle initiative avec l'administration américaine" peut-être dès l'entrée en fonctions du nouveau gouvernement israélien, pronostique-t-il.

Selon lui, Israël pourrait finir par payer le prix de cette impasse persistante: "L'Europe s'est habituée à imposer des sanctions et sait comment s'y prendre, comme elle l'a prouvé avec l'Iran, la Syrie et d'autres. S'il y a une volonté politique d'imposer des sanctions anti-israéliennes, les mécanismes pour les appliquer sont déjà en place", dit-il, en référence à l'éventuel boycottage de colons extrémistes ou de produits des colonies.

Pour Alfred Tovias, détenteur de la chaire Jean Monnet à l'Université hébraïque de Jérusalem, "les Européens ont de graves divergences avec Netanyahu, ils pensent que le processus de paix est bloqué en raison du manque de volonté de son gouvernement d'avancer, de faire des concessions et des gestes".

"Les Européens tiendront compte de tous les gestes positifs qu'Israël fera pour le processus de paix", ajoute-t-il, soulignant qu'"Israël est perçu comme le fort et les Palestiniens, y compris le Hamas, comme le faible".

"Les Européens ont toujours choisi la carotte plutôt que le bâton", rappelle Alfred Tovias, sans exclure lui non plus des "sanctions limitées", visant notamment les importations de produits des implantations israéliennes.

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