POLITIQUE

Financement universitaire: choc des idées à Sherbrooke

18/01/2013 09:04 EST | Actualisé 20/03/2013 05:12 EDT
PC

SHERBROOKE, Qc - Les universités n'ont pas fini de subir des compressions, même si le ministre de l'Enseignement supérieur n'a pas voulu confirmer, vendredi, quelle serait leur ampleur.

Pierre Duchesne a esquivé les questions portant sur la récurrence des coupes de 124 millions $ annoncées en décembre. Le ministre s'est contenté de dire, en clôture de la rencontre pré-sommet s'étant tenue à Sherbrooke, qu'il n'avait «jamais caché» aux recteurs que les 18 prochains mois seraient difficiles puisque le gouvernement Charest «irresponsable» avait laissé un «triste héritage» en matière budgétaire.

Lorsqu'on lui a demandé si les compressions seraient déduites du montant de 1,7 milliard $ que le gouvernement Marois a promis de réinvestir en éducation sur une période de sept ans, le ministre Duchesne a simplement répondu que le gouvernement avait l'«obligation de rencontrer le déficit zéro d'ici 2014».

Un peu plus tôt, le porte-parole de l'opposition libérale en matière d'Enseignement supérieur, Gerry Sklavounos, avait exhorté Pierre Duchesne à lever le voile sur ses intentions.

Le député libéral de Laurier-Dorion a fait valoir que les établissements universitaires devaient avoir l'heure juste, et vite, parce que leur exercice financier débute le 1er avril. S'il veut favoriser une discussion ouverte et franche, a poursuivi M. Sklavounos, le ministre Duchesne doit absolument clarifier cette question

De son côté, la députée de Québec solidaire, Françoise David — dont la formation est en faveur de la gratuité scolaire de la maternelle à l'université — a dit en avoir soupé des compressions.

«Ce ne sont pas que les universités qui en souffrent. Le gouvernement du Québec se refuse à aller chercher de l'argent neuf là où il serait possible d'aller en chercher: les minières, les banques, les grandes entreprises, les contribuables à revenu très élevé. Alors évidemment, il coupe», a fait valoir la députée de Gouin.

«On va être contre toutes les compressions dans les universités, comme on est contre les compressions dans la santé, l'environnement, etc.», a-t-elle ajouté.

Sur le parquet de l'Université de Sherbrooke, vendredi matin, la CREPUQ a plaidé que le problème du sous-financement des universités était si criant qu'il fallait réinvestir sans plus tarder dans le réseau avant de se pencher sur la façon dont l'argent est dépensé — une affirmation qui a fait bondir la FEUQ, selon qui les contribuables ne peuvent «donner un chèque en blanc» aux universités.

La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, demande aux recteurs de faire leurs devoirs et de revoir leurs méthodes de gouvernance avant d'exiger de Québec qu'il délie les cordons de sa bourse.

«On peut toujours réinvestir davantage en éducation. Ceci étant dit, ce n'est pas une raison pour lancer l'argent par les fenêtres. Il faut savoir ce qu'on veut en faire», a lancé Mme Desjardins.

De l'autre côté, la présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), Luce Samoisette, tire la sonnette d'alarme: selon elle, l'écart entre le financement des universités québécoises et celles des autres provinces n'a cessé de se creuser.

«Le message essentiel (...) est le suivant: les mêmes tendances sont à l'oeuvre depuis une quinzaine d'années, et l'écart se creuse davantage», a prévenu Mme Samoisette.

Dans une étude contestée publiée en début de semaine, la CREPUQ a évalué le niveau du sous-financement des universités du Québec à 850 millions $. «Notre méthodologie est rigoureuse, elle est vérifiée par des experts, les résultats sont fiables», a lancé Mme Samoisette en boutade aux détracteurs du document.

Il est donc impératif d'investir, notamment pour procéder à l'embauche de quelque 2100 professeurs d'ici 2019 pour revenir au même ratio qu'en l'an 2000 dans les salles de classe universitaires, sans quoi les conséquences déjà «évidentes», selon elle, se feront ressentir «quand il sera trop tard».

Le Conseil du patronat abonde dans le même sens que la CREPUQ sur l'épineux dossier du sous-financement. Son président, Yves-Thomas Dorval, a demandé que cesse la guerre des chiffres en résumant que les universités «sont dans le trou», peu importe à quel point elles le sont.

Une fois rassis à sa table, M. Dorval a esquissé un sourire lorsque le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, a lancé l'idée d'instaurer une nouvelle contribution obligatoire des entreprises au financement global du réseau d'éducation postsecondaire.

Le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, qui a aussi pris part à l'événement, a affirmé qu'il comprenait le besoin de revenir au déficit zéro, mais a reconnu qu'il s'inquiétait des conséquences qu'auront ces nouvelles mesures d'austérité sur la qualité de l'enseignement universitaire et sur la compétitivité des universités québécoises.

Son homologue de l'Université Laval, lui, a été nettement plus cinglant. Dans un communiqué publié en avant-midi, Denis Brière a vertement critiqué la démarche gouvernementale, qui consiste à «dialoguer à propos de l'avenir pendant que la maison de l'enseignement supérieur brûle».

Il a déclaré qu'«il y a lieu de s'interroger sérieusement sur l'approche du gouvernement québécois qui pousse les universités à faire des déficits tout en clamant l'importance, pour le gouvernement, d'atteindre son propre équilibre budgétaire».

Environ une cinquantaine de manifestants ont bravé le froid pour se masser devant les portes de l'établissement, à l'invitation de la Coalition estrienne opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. Lorsque certains d'entre eux ont tenté d'entrer de force à l'intérieur du pavillon, les gardes de sécurité du ministre Duchesne ont eu recours au gaz poivre.