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Déboussolés par un conflit sans fin, les Syriens interrogent les astres

18/01/2013 04:38 EST | Actualisé 19/03/2013 05:12 EDT

Dans un restaurant chic de Beyrouth, un groupe de Syriens interpellent la célèbre médium Maggy Farah: "Que va-t-il advenir de notre pays?". "Bachar al-Assad partira en mars", glisse-t-elle avec assurance, comblant un auditoire visiblement acquis à l'opposition.

N'accordant plus aucun crédit aux analystes politiques et encore moins aux déclarations péremptoires du régime et des rebelles qui annoncent régulièrement la victoire prochaine, les Syriens scrutent désormais les astres pour connaître l'issue de la guerre civile qui entrera bientôt dans sa troisième année.

"Beaucoup d'hommes d'affaires ont abandonné leurs entreprises et ne voient rien poindre à l'horizon. Alors, ils désirent que les diseuses de bonne aventure leur annoncent quand et comment la crise finira pour savoir quand ils pourront retravailler", explique à l'AFP une des convives, Mona, 62 ans, une chef d'entreprise syrienne en difficulté.

"Les Syriens n'aiment pas vivre dans l'expectative", souligne-t-elle. Et en désespoir de cause, ils comptent surtout sur les astrologues libanais. Mais ces derniers interprètent la position des étoiles en fonction de leurs convictions politiques.

Le plus célèbre des devins du petit écran, Michel Hayek, a prédit pour cette année sur MTV, une chaîne proche de l'opposition libanaise anti-syrienne, la même chose que l'an dernier: la chute du régime, ajoutant que la femme syrienne jouerait un grand rôle dans la Syrie post-Assad.

De son côté, Mike Feghali, qui intervient sur OTV, une chaîne favorable au régime de Damas, a cru reconnaître dans les astres un président syrien "fort, qui ne tombera pas".

Cet astrologue, qui a gagné ses galons en prédisant la mort de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, assassiné en 2005, ajoute que "la situation sera quasiment calme en Syrie" en 2013.

Mais cette prédiction, note-t-il, ne s'applique pas à Homs, une ville du centre du pays baptisée par les militants anti-régime "capitale de la révolution".

"Un homme qui se noie s'accroche à n'importe quelle brindille", note une journaliste damascène. "Avec la poursuite de la crise, la popularité des livres ésotériques n'est pas surprenante".

Début 2012, un astrologue avait annoncé qu'une "fumée noire s'éleverait du palais présidentiel suivie d'une fumée blanche, symbolisant une bonne nouvelle: la chute du régime", se souvient celle qui reconnaît être elle-même devenue "obsédée" par l'astrologie.

"Cette prédiction a remonté le moral des Syriens. Même mon père, qui n'y a jamais prêté attention, a attendu, comme beaucoup de Syriens, de la voir se réaliser", raconte-t-elle à l'AFP sous le couvert de l'anonymat.

"Chacun veut entendre la nouvelle qui le satisfait", renchérit Sahar, 40 ans, fonctionnaire.

Pour Randa, une avocate de 27 ans à Damas, les astrologues apportent la "lueur d'espoir" dont les Syriens ont besoin.

Mais ces prophéties télévisées correspondent souvent aux inclinaisons politiques des chaînes qui les accueillent.

"Les responsables des télévisions en Syrie et au Liban disent aux astrologues de délivrer des prédictions qui confortent leurs téléspectateurs", affirme Roustom Mahmoud, journaliste et chercheur syrien installé en France.

Hassan, un avocat de 44 ans qui vit à Damas, préfère, lui, faire confiance aux rêves prémonitoires de sa soeur.

"Elle m'a assuré que (la fin de la crise) prendrait le temps d'une grossesse. J'ai attendu neuf mois mais rien ne s'est passé".

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