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A droite toute pour les électeurs israéliens, désabusés et inquiets

18/01/2013 04:38 EST | Actualisé 19/03/2013 05:12 EDT

Les électeurs israéliens ont effectué un virage à droite en une vingtaine d'années, sous l'influence du "vote russe" mais aussi de leurs craintes alimentées par un environnement régional instable, et de leurs désillusions face à une paix introuvable avec les Palestiniens.

Près de 20 ans après les accords d'Oslo et les espoirs qu'ils avaient suscités au sein de la "génération Rabin", du nom du Premier ministre assassiné par un extrémiste juif en 1995, la gauche israélienne n'est plus que l'ombre d'elle-même.

Le Parti travailliste, qui comptait 44 députés sur 120 en 1993, n'en a plus aujourd'hui que 8. Il obtiendrait 16 à 17 sièges lors des élections législatives du 22 janvier.

Le bloc centriste, composé des travaillistes et de leurs alliés, est crédité d'un peu plus de 50 sièges après le scrutin, contre environ 67 pour le bloc de droite, sous l'égide du Premier ministre et chef du Likoud, le grand parti de la droite, Benjamin Netanyahu.

Ce virage à droite des Israéliens s'explique surtout par leurs craintes face aux incertitudes géopolitiques d'une région en pleine mutation depuis les "printemps arabes" et à leurs désillusions sur le processus de paix avec les Palestiniens, selon les analystes.

"Il y a dans la plus grande partie de la population un sentiment de désespoir, un manque de confiance croissant vis-à-vis de l'autre camp (palestinien), l'impression qu'il n'y a pas de partenaire pour négocier", analyse la politologue Yehoudit Auerbach, de l'Université de Bar Ilan.

En outre, la prise de pouvoir du mouvement islamiste Hamas à Gaza en juin 2007 a accentué la méfiance de l'opinion israélienne.

"L'idée prévaut que le moment n'est pas favorable à des avancées dans le processus de paix potentiellement dangereuses" pour Israël, souligne-t-elle.

A la désintégration du camp de la paix s'ajoute l'immigration de masse en provenance de l'ex-Union soviétique dans les années 1990 --un million de Russes-- qui a modifié le paysage politique au profit de la droite extrême, anti-arabe et xénophobe, et continue de peser sur la scène politique.

"L'immigration russe s'est liée aux forces non démocratiques en Israël, qu'elle a rejointes parce qu'elle n'avait pas de tradition démocratique", explique Roman Bronfman, ancien député d'un parti de gauche représentant les immigrants russophones, aujourd'hui disparu.

"Certes, nombre de ces immigrants, qui ont eu un impact démographique énorme, sont aujourd'hui intégrés dans la société israélienne mais le +vote russe+ existe toujours", précise M. Bronfman, originaire d'Ukraine.

"La deuxième génération vote davantage pour les partis politiques traditionnels mais une bonne moitié de la communauté russophone veut toujours être représentée à la Knesset (Parlement) en tant que telle", reconnaît-il.

La majorité des immigrants russes votent pour le parti nationaliste laïque Israël Beiteinou (Israël notre maison) de l'ex-ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, lui-même originaire de Moldavie.

Israël Beiteinou, qui compte aujourd'hui 15 députés, fait liste commune avec le Likoud.

Plus à droite encore, perce le Foyer juif de Naftali Bennett, porte-drapeau de la mouvance nationaliste religieuse.

Mais les catégories de "gauche" et de "droite" ne rendent compte que de façon imparfaite de l'évolution de l'opinion, tempère la politologue de Bar Ilan.

"Ainsi, il y a 30 ou 40 ans, beaucoup de gens disaient que le peuple palestinien n'existait pas", explique Mme Auerbach.

"Aujourd'hui, en dehors de la droite la plus ultra, la plupart des Israéliens, y compris de droite, acceptent l'existence du peuple palestinien et certains sont même prêts à accepter un Etat de Palestine", se rassure-t-elle.

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