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Incapable de nourrir sa famille, un réfugié syrien se pend

17/01/2013 04:26 EST | Actualisé 18/03/2013 05:12 EDT

Incapable de subvenir aux besoins de sa femme et de ses quatre filles, un Syrien s'est pendu à Saïda, la capitale du Liban-sud, illustrant la détresse des réfugiés ayant fui la guerre civile dans leur pays et luttant désormais pour survivre sans aide ni travail.

"Il nous a dit qu'il allait acheter à manger pour les enfants. Ne le voyant pas revenir, nous l'avons cherché et nous l'avons trouvé à l'étage, pendu avec un fil de fer", confie à l'AFP sa femme Rima Bakkar, sous le choc.

Mohammed Melsi, 35 ans, vivait dans le sud de Damas avant de fuir comme des milliers d'autres l'enfer des combats entre partisans et opposants au régime de Bachar al-Assad, pour trouver un abri au Liban voisin.

Arrivé il y a un mois avec sa famille, il s'était installé dans le camp palestinien d'Ain Heloué, où les loyers sont bon marché. Assise dans une salle de l'hôpital al-Aqsa du camp, sa veuve raconte la tragédie.

"Mohammed souffrait beaucoup car il était incapable de trouver du travail dans le camp. Il essayait en vain de gagner sa vie pour nourrir sa famille", explique Rima, dont les paroles sont entrecoupées de sanglots.

Originaire d'Idleb, dans le nord de la Syrie, le père de famille travaillait dans une usine textile de la capitale, jusqu'à ce que les combats quotidiens, les bombardements et les raids aériens le poussent à fuir mi-décembre.

Mais au Liban, où les ONG sont débordées par l'afflux de réfugiés, ne l'attendait que la déchéance financière. Ses voisins racontent l'acharnement qu'il mettait à trouver du travail, ramassant parfois les morceaux de métal trouvés dans les rues ou les maisons.

"Son état psychologique n'a fait qu'empirer, surtout quand il n'a plus pu payer le loyer, le lait et les médicaments pour notre dernière fille qui a huit mois et souffre d'asthme", rapporte Rima.

A l'étage de la maison, le noeud est encore suspendu au dessus du matelas, à côté d'un petit réchaud que Mohammed utilisait pour se réchauffer quand il montait pour fumer afin de ne pas déranger sa fille asthmatique.

La nouvelle du suicide s'est vite répandue dans le camp et ses amis sont en état de choc. Des habitants accompagnent Rima jusqu'à son domicile. Elle tient son bébé dans ses bras alors que ses trois autre filles, dont la plus âgée a 12 ans, la suivent.

Face a ce drame de la misère, Fouad Osmane, membre du comité populaire palestinien du camp d'Ain Heloué, blâme le "refus" des organisations internationales de "prendre leurs responsabilités".

Selon lui, les réfugiés syriens souffrent de discrimination, notamment de la part l'agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) "qui refuse de leur distribuer des médicaments et des rations alimentaires" car ils ne sont pas Palestiniens. Mais l'UNRWA a elle aussi de terribles contraintes budgétaires faute de contributions suffisantes.

Le Haut commissariat de l'ONU aux réfugié (UNHCR) et les autorités libanaises estiment à 200.000 le nombre de Syriens réfugiés au Liban en raison des violences qui secouent leur pays depuis 22 mois.

Le gouvernement libanais, divisé sur le conflit syrien, a réclamé début décembre 363 millions de dollars pour face au fardeau, notamment financier, que représente l'accueil de ces réfugiés.

Une réunion de donateurs est prévue fin janvier à Koweït pour mobiliser une aide humanitaire en faveur des civils syriens.

Devant l'entrée de la maison de Rima, des femmes sont rassemblées. "La tragédie en Syrie a poussé cette famille ici. Que Dieu l'aide", se lamente Najiba Ali, une voisine âgée.

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