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Belmokhtar, chef historique d'Aqmi devenu électron libre au Sahel

17/01/2013 09:14 EST | Actualisé 19/03/2013 05:12 EDT

Surnommé "le borgne", l'Algérien Mokhtar Belmokhtar qui a revendiqué l'attaque contre un site gazier dans son pays suivie d'une prise d'otages, est un ex-chef d'Aqmi avec laquelle il est entré en dissidence en octobre dernier pour créer sa propre unité combattante.

Né en juin 1972 à Ghardaïa, à 600 km au sud d'Alger, Mokhtar Belmokhtar a combattu très jeune en Afghanistan en 1991 où il a perdu un oeil, ce qui lui a valu son surnom de "Laouar" (le borgne).

A son retour en Algérie en 1993, au début de la guerre civile, il rejoint le Groupe armé islamique (GIA, démantelé en 2005), le plus sanguinaire des groupes armés algériens, et crée une katiba -unité combattante- basée principalement dans le Sahara.

En 1998, il intègre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), une dissidence du GIA, et règne en maître sur les routes clandestines du grand sud saharien, menant à la fois des actes de terrorisme, de brigandage et de contrebande.

Mokhtar Belmokhtar, surnommé aussi MBM ou encore "Monsieur Marlboro" en référence aux activités de contrebande de cigarettes dans la région, établit des liens avec les tribus qui le préviennent des mouvements des forces de l'ordre, dans des régions où rien n'échappe aux hommes du désert.

En 2001, il rencontre au Sahara Amari Saïfi, alias Abderrezak El Para, alors numéro deux du GSPC, en route pour acheter des armes au Mali. Une rivalité va les opposer pour le contrôle de la zone 9 (Sahara).

Auteur de l'enlèvement de 32 touristes européens en 2003 dans le Sahara algérien, El Para Il a été livré à l'Algérie par la Libye en 2004. Il attend aujourd'hui d'être jugé.

MBM se replie dans le désert malien où il lie de solides alliances en épousant des femmes de plusieurs tribus touareg du Nord-Mali, qu'il transforme en sanctuaire.

En 2007, à la suite de dissensions au sein du GSPC et de sa transformation en Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), il est remplacé à la tête de la zone 9 par Abdelhamid Abou Zeïd, Mohamed Ghedir de son vrai nom, nommé par l'émir d'Aqmi Abdelmalek Droukdel.

Au début de la rébellion touareg dans le nord du Mali en mars 2012, il séjourne trois semaines en Libye pour acheter des armes. Entre avril et juin 2012, il est vu à au moins deux reprises à Gao et Tombouctou, aux côtés d'Iyad Ag Ghaly, chef touareg des islamistes d'Ansar Dine.

Il dirige alors la katiba des "Moulathamoune" (les "Enturbannés") dans le nord du Mali, occupé par plusieurs groupes islamistes.

En octobre dernier, Droukdel le destitue après plusieurs mises en garde contre son "travail fractionnel".

Furieux, Belmokhtar écrit une lettre de démission à sa hiérarchie, selon une source sécuritaire malienne. "Belmokhtar a claqué la porte des rangs d'Aqmi. Il est désormais un électron libre dans le Sahara. Il peut être tenté de composer avec le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'ouest (Mujao)", affirmait début décembre une source sécuritaire régionale.

Le 5 décembre, la radio mauritanienne diffuse un enregistrement sonore de MBM annonçant la mise en place de sa propre katiba, les "Signataires par le sang".

Selon Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme, MBM est soupçonné de plusieurs enlèvements de touristes occidentaux depuis 2008.

Condamné à mort à deux reprises par la justice algérienne, il aurait commandité l'assassinat de quatre Français en Mauritanie en décembre 2007, des prises d'otages de deux Canadiens en 2008, de trois Espagnols et de deux Italiens en 2009.

La prise d'otages d'In Amenas, dans le sud de l'Algérie, le replace au centre du jeu dans le Sahel.

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