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L'interdiction des armes d'assaut voulue par Obama face au mur du Congrès

16/01/2013 01:54 EST | Actualisé 18/03/2013 05:12 EDT

L'interdiction des armes d'assaut, l'une des grandes mesures proposée mercredi par Barack Obama, se heurte à la froideur, voire à la fin de non-recevoir de nombreux élus du Congrès, à commencer par les républicains qui disposent du pouvoir de bloquer toute législation.

Interdire les armes d'assaut, les chargeurs de grande capacité (plus de 10 balles) et les balles transperçant les blindages nécessite le vote de lois par le Congrès, où les républicains contrôlent la Chambre des représentants et ont une minorité de blocage au Sénat.

Sans l'accord des patrons du groupe, aucun texte ne peut même atteindre l'hémicycle pour un vote, assurant Barack Obama d'un échec cinglant à moins d'un spectaculaire retournement de position.

Conscient des obstacles, le président a appelé les Américains à faire pression sur leurs élus. "Demandez-leur ce qui est le plus important: avoir une bonne note du lobby des armes, qui finance leurs campagnes, à tout prix? Ou rassurer les parents qui déposent leurs enfants à l'école primaire?"

Répondant à une petite fille qui lui avait écrit, il a expliqué que "les changements les plus importants que nous puissions faire dépendent du Congrès".

Un porte-parole du président de la Chambre, John Boehner, a promis mercredi que tout texte serait examiné en commission.

Mais le sénateur républicain Marco Rubio, étoile montante du parti et possible candidat à la présidentielle de 2016, a vivement réagi en déclarant que "rien de ce que le président propose n'aurait pu arrêter le massacre de Sandy Hook", l'école du Connecticut (nord-est) où 20 enfants ont été tués le 14 décembre.

"Retirer leurs droits à des citoyens responsables n'est pas la bonne réponse à des tragédies commises par des criminels et des malades mentaux", a-t-il expliqué dans un communiqué.

Mike Rogers, élu de l'Alabama (sud), s'est dit opposé à "toute initiative visant à renouveler l'interdiction des armes d'assaut, ajouter des restrictions sur les accessoires ou restreindre les achats de munitions".

Même les démocrates ne sont pas unis derrière Obama.

Certains comme Joe Manchin, sénateur de Virginie occidentale (est) et inconditionnel de la chasse, ont confié avoir été bouleversés par la tuerie de Newtown, dans laquelle les enfants ont été tués par des armes semi-automatiques.

Mais beaucoup, à commencer par l'homme fort du Sénat, le chef de la majorité démocrate Harry Reid, ont reçu dans leur carrière le soutien de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes, et sont généralement perçus comme opposés à de plus grandes restrictions sur les ventes d'armes.

Au total, 213 élus du Congrès actuel, dont 16 démocrates, ont reçu des chèques de la NRA en 2012, selon un décompte du Washington Post, signe de l'influence politique du lobby, qui note chaque élu d'"excellent" à "vrai ennemi des droits des détenteurs d'armes". Les moutons noirs sont assurés de publicités négatives financées par la NRA aux élections.

Harry Reid doutait samedi, dans une interview à une radio de son Etat, le Nevada (ouest), que l'interdiction des armes d'assaut puisse même survivre au Sénat.

Son soutien aux propositions de Barack Obama se révélera crucial, car tout projet de loi devra obtenir une "supermajorité" de 60 sièges sur 100, alors que les démocrates ne disposent que de 55 sénateurs.

En coulisses, les démocrates craignent que ce débat leur coûte leur fragile majorité.

L'opinion publique est pourtant du côté du président. Deux sondages récents montraient qu'une forte majorité d'Américains soutenait l'interdiction des armes d'assaut: 55% selon l'institut Pew, et 58% dans l'enquête ABC/Washington Post.

ico/are

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