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Risques de dérapage avec les protestations autochtones?

16/01/2013 10:09 EST | Actualisé 18/03/2013 05:12 EDT
CP

Les protestations autochtones s'étendent au Canada et les risques de dérapage sont réels, selon un expert, en dépit du redémarrage annoncé du dialogue avec le gouvernement fédéral.

Le nom du mouvement "Idle No More" ("Nous ne sommes plus passifs") reflète l'impatience du million d'autochtones face au reste de la société qui semble ignorer leur détresse.

Le souvenir de la crise d'Oka (village à 50 km à l'ouest de Montréal) et des guerriers armés mohawks qui y avaient occupé en 1990 une pinède et bloqué une route pour s'opposer à l'entrée de promoteurs immobiliers sur des terrains qu'ils considéraient leurs, est encore vif.

Les "sociétés de guerriers" de l'époque, groupes paramilitaires mohawks et iroquois, "n'ont peut-être pas complètement disparu", pense un anthropologue spécialiste des affaires autochtones, Pierre Trudel, et pourraient avoir gardé quelques armes.

Plusieurs routes et ponts stratégiques se trouvent sur les terrains de réserves autochtones, relève-t-il. Les Amérindiens ont donc une "capacité de nuisance" importante, et même si la jeune génération d'Idle No More n'est pas portée sur la violence, "on peut craindre des dérapages".

Mercredi, de nombreuses manifestations se sont déroulées à travers le pays. Le trafic a été ralenti sur le Pont Ambassador, passage clé entre Windsor au Canada et Detroit aux Etats-Unis, et bloqué sur un pont important au Nouveau-Brunswick.

Des groupes d'Amérindiens ont partiellement bloqué autoroutes et chemins de fer. La police n'est pas intervenue sauf pour diriger le trafic détourné et aucun incident violent n'était signalé en fin d'après-midi.

La grève de la faim suivie depuis le 11 décembre par la chef Theresa Spence, fait monter la tension. Si jamais Mme Spence --qui dit s'alimenter uniquement avec du bouillon de poisson et du thé-- venait à mourir, cela pourrait bien mettre le feu aux poudres.

Certains chefs le craignent et l'invitent à cesser son action, mais elle reste résolue à obtenir des résultats concrets, une mission impossible à court terme tant le dossier est complexe.

En visite dans une réserve de l'Ontario en 1990, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu avait alors dit qu'elle lui rappelait l'apartheid dans son pays.

Plus de vingt ans après, le contraste entre les villes prospères du sud du Canada et certaines réserves, surtout celles, isolées, du nord, reste choquant. Les logements, l'éducation et les services de santé, que l'Etat est censé assurer, ne correspondent nullement à ce qu'on peut attendre d'un pays développé et riche, et la bureaucratie fédérale est un fardeau écrasant.

En outre, les revendications territoriales des Amérindiens sont loin d'être réglées, les traités ne sont plus respectés et le pouvoir s'abstient de les consulter sur des lois qui les concernent, touchant à l'environnement ou aux terrains des réserves.

Le gouvernement de Stephen Harper veut bien en parler: il a annoncé la mise en place d'un comité sur les affaires autochtones, mais il est improbable qu'il revienne sur les lois contestées.

Et le climat n'est pas à la confiance. Les médias véhiculent des nouvelles qui font soupçonner une campagne de propagande destinée à déconsidérer les autochtones, telles des révélations sur l'absence de documentation concernant l'utilisation des fonds fédéraux versés à la réserve de Mme Spence, Attawapiskat, ou encore sur son salaire élevé.

Reste que les Amérindiens sont divisés. Certains chefs souhaitent avancer des revendications précises: plus d'argent pour les services publics et partage des revenus venant des richesses naturelles. D'autres souhaitent un changement fondamental de la relation avec Ottawa.

via/jl/mdm

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