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La zone industrielle d'Alep, transformée par la guerre en camp de déplacés

15/01/2013 05:20 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT

Dans les faubourgs d'Alep, la plupart des usines de l'immense zone industrielle Cheikh Najjar sont fermées et cette vaste étendue relativement épargnée par les combats abrite désormais un millier de déplacés ayant fui la folie guerrière qui a gagné la deuxième ville de Syrie.

Cette cité industrielle ouverte il y a cinq ans était un symbole de la réussite d'Alep, le poumon économique de la Syrie, avant qu'elle ne s'enfonce dans la guerre à l'été 2012.

Durant les premières semaines de combat, l'artillerie du régime a lancé quelques obus vers cette zone, mais "les hommes d'affaires sont parvenus à un accord avec le régime pour qu'il ne s'en prenne pas aux usines", explique Rafat, responsable presse des autorités rebelles locales.

"Ils ont également exigé que les rebelles quittent la zone pour éviter que des affrontements s'y déroulent", souligne-t-il, ajoutant que Cheikh Najjar est la zone industrielle "la plus grande et la plus importante de Syrie".

Actuellement, elle fonctionne "à 20% de ses capacités", estime-t-il, et le principal obstacle à une réouverture est le manque d'électricité.

Mohammad Olawi a dû fermer son usine textile pendant plusieurs mois à cause des combats. "Il y a quelques semaines, j'ai rouvert, car j'ai besoin d'argent pour nourrir ma famille", explique-t-il.

L'usine de gaufrette où travaille Mounir Al-Hassam, elle, a rouvert en novembre. Mais les matières premières -sucre brésilien, farine malaisienne- ne parviennent plus jusqu'à Alep.

"Si ça continue, nous allons devoir fermer définitivement", estime M. Hassam, chef de production.

"Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi à cause de la guerre", souligne Rafat. Cette zone industrielle était le moteur économique de la Syrie, et une des principales sources de revenus d'Alep", souligne-t-il.

Les responsables rebelles ont "essayé de pousser les propriétaires des usines à rouvrir. La grande majorité a fui", dit Rafat.

Mais si un certain nombre d'usines restent fermées, "c'est que certains propriétaires avaient de bonnes relations avec le régime et craignent des représailles", ajoute-t-il, assurant que la rébellion ne prélève aucun "impôt révolutionnaire".

Si la zone industrielle tourne au ralenti, elle n'en est pas moins pleine de vie: entrepôts et usines sont occupés par des centaines de familles de déplacés fuyant les combats et le froid.

Mohamed Kourdi, venu du quartier voisin de Massaken Hanano, s'est installé avec sa famille dans l'usine où il travaillait avant la guerre.

"J'ai demandé au propriétaire la permission de vivre ici, et il a accepté... à condition que je me charge de la surveiller", dit-il, se réchauffant les mains avec ses deux enfants autour d'une boîte de conserve d'où s'échappe une fumée orangée.

Les déplacés ont ouvert des petits commerces à chaque coin de rue. Habits, légumes, lessive, et même essence, tout s'y vend.

Selon Abou Hussein, qui habite avec sa famille dans une usine à moitié construite -ou détruite, difficile à dire- "environ 700 familles" se sont réfugiées dans la zone industrielle depuis que les combats ont débuté à Alep en juillet.

Dans l'abri qu'il partage avec trois familles, soit 30 personnes en tout, il n'y a "ni lumière ni eau, ni chauffage, rien de rien", souligne-t-il, alors qu'un rigoureux épisode hivernal traverse la région.

"On doit brûler du plastique, du bois, tout ce qu'on trouve pour nous chauffer", dit-il alors que les enfants courent, sales et couverts de suie.

"Au moins nous sommes sains et saufs, loin de la guerre", se justifie-t-il.

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