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La Cour suprême du Pakistan ordonne l'arrestation du premier ministre

15/01/2013 06:12 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT

ISLAMABAD - Le plus haut tribunal du Pakistan a ordonné, mardi, l'arrestation du premier ministre en lien avec une affaire de corruption, le plus récent épisode d'affrontement entre le gouvernement et le système judiciaire.

Le jugement risque d'enflammer la relation déjà conflictuelle entre les tribunaux et le gouvernement et de pousser le Pakistan vers une nouvelle crise politique.

Le jugement pourrait aussi donner des munitions à Tahir ul-Qadri, un leader religieux détenant la citoyenneté canadienne qui dirigeait mardi des dizaines de milliers de manifestants à Islamabad pour réclamer la destitution du gouvernement, jugé corrompu et indifférent au sort des citoyens ordinaires.

L'ordre de la Cour suprême contre le premier ministre Raja Pervaiz Ahraf est lié à une affaire impliquant des centrales énergétiques privées destinées à alimenter le Pakistan en électricité. Les juges enquêtent sur des allégations voulant que le processus d'appel d'offres ait été entaché de corruption.

Le juge en chef de la cour, Iftikhar Chaudry, a ordonné l'arrestation de 16 personnes mises en cause dans cette affaire, dont M. Ashraf, qui a déjà été ministre de l'Eau et de l'Énergie, selon l'ordonnance du tribunal.

Un conseiller de M. Ashraf, Fawad Chaudry, a déclaré que toute tentative d'arrêter le premier ministre serait inconstitutionnelle puisqu'il bénéficie de l'immunité judiciaire pendant toute la durée de ses fonctions.

«Nous considérons qu'il s'agit d'un coup d'État judiciaire qui s'inscrit dans le cadre d'un plan plus large pour faire dérailler la démocratie», a dit M. Chaudry.

La Cour suprême a affronté le gouvernement à plusieurs reprises au cours de la dernière année, en particulier au sujet d'un vieux dossier de corruption contre le président Asif Ali Zardari en Suisse. La cour a condamné le prédécesseur de M. Zardari, Yousuf Raza Gilani, pour outrage au tribunal pour son refus de rouvrir le dossier et l'a démis de ses fonctions.

Les juges ont aussi fait pression sur M. Ashraf, et le gouvernement a finalement accepté de demander à la Suisse d'aller de l'avant dans le dossier. Mais les autorités suisses ont indiqué en privé qu'elles n'avaient pas l'intention de poursuivre M. Zardari parce qu'il bénéficie de l'immunité judiciaire pendant toute la durée de sa présidence.

On ne sait pas pour l'instant s'il y a un lien entre l'ordonnance de la Cour suprême et la manifestation organisée par Tahir ul-Qadri à Islamabad. Certains ont laissé entendre qu'il s'agissait d'un coup préparé d'avance par le juge en chef et le leader religieux pour atteindre leurs opposants au sein du gouvernement.

Tahir ul-Qadri a rallié les foules en critiquant la corruption alléguée des dirigeants pakistanais. Le religieux a obtenu une popularité nationale après son retour du Canada à la fin de 2012, et son message a galvanisé de nombreux Pakistanais.

Mais certains craignent que ses demandes de réformes électorales ne fassent dérailler les prochaines élections au profit de l'armée, des allégations démenties par le leader religieux.

Dans un discours enflammé mardi, M. Qadri a assimilé les politiciens pakistanais à des voleurs corrompus, tout en louangeant la Cour suprême et l'armée, qui a plusieurs fois renversé le gouvernement.

Il a déclaré qu'il y avait seulement deux institutions au Pakistan «qui fonctionnent et qui assument leurs responsabilités afin de satisfaire les besoins du peuple», soit le système judiciaire et l'armée.

Le leader religieux de 61 ans s'est adressé à la foule à partir d'un véhicule à l'épreuve des balles garé à plusieurs centaines de mètres du parlement, face à des centaines de policiers antiémeute qui ont formé une barrière humaine contre les quelque 30 000 manifestants qui campent depuis lundi dans la principale avenue de la capitale.

La détermination des manifestants et des organisateurs risque de provoquer une confrontation directe avec le gouvernement, qui s'oppose ouvertement au rassemblement.

Tahir ul-Qadri a appelé ses partisans à rester dans les rues d'Islamabad jusqu'à ce que les gouvernements provinciaux et national soient dissous, affirmant que les politiciens étaient plus intéressés à se remplir les poches qu'à s'occuper des problèmes des citoyens ordinaires.

De nombreux manifestants ont promis de rester dans les rues jusqu'à ce que leurs demandes soient satisfaites. Ils ont apporté des couvertures pour surmonter le froid, et plusieurs ont dormi dans la rue dans la nuit de lundi à mardi.

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