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L'intervention française au Mali fait l'affaire des États-Unis

15/01/2013 11:50 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT
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French army Legionnaire from the Licorne force based in Abidjan (Ivory Coast) checks the cannon of a Sagaie tank on January 15, 2013 at the 101 military airbase near Bamako, before leaving as part of France's 'Serval' operation in the Islamists occupyed northern Mali. French President said today that his government does not intend to keep forces in Mali, but will remain until security is restored and 'terrorists' eliminated. AFP PHOTO /ERIC FEFERBERG (Photo credit should read ERIC FEFERBERG/AFP/Getty Images)

L'intervention militaire française au Mali contre les islamistes armés fait les affaires de Washington, réticent à s'engager directement dans un nouveau conflit, préférant se cantonner à une aide logistique et à la formation de l'armée malienne.

Le Pentagone, une fois réglées les questions légales entourant le soutien à une opération militaire, a promis de fournir des avions de transport, de ravitaillement en vol et des avions espions en soutien de l'initiative française.

Mais les responsables américains ont fait clairement comprendre qu'il n'était pas question pour l'administration Obama de s'engager plus avant dans un nouveau conflit alors que les Etats-Unis commencent à voir le bout du tunnel en Afghanistan.

"Les Etats-Unis ont fait très attention à ne pas s'engager dans une nouvelle opération complexe, qui a été vendue comme beaucoup plus simple qu'elle ne l'est réellement", explique à l'AFP Stéphanie Pezard, experte à la Rand Corporation.

"Ils ne veulent pas prendre le risque de s'embourber sur un nouveau front qui n'est sans doute pas pour eux du plus haut intérêt stratégique", ajoute-t-elle.

Pour autant, les Etats-Unis semblent pleinement satisfaits de l'intervention française et partagent la position de Paris sur le dossier, a fait savoir la Maison Blanche.

L'intervention française est même saluée par Washington. "Je félicite la France pour avoir mis en oeuvre ces actions", a affirmé le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta dans l'avion qui l'emmenait en tournée en Europe.

Jugeant "absolument crucial de stopper l'offensive de groupes terroristes vers le Sud", le département d'Etat a également dit mardi accueillir "très favorablement" l'action militaire française.

"Nous leur apportons déjà du renseignement et nous examinons de très près aujourd'hui la question du transport aérien", a précisé sa porte-parole Victoria Nuland.

Le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, Ed Rose, a de son côté salué le fait que "Paris comprenne les enjeux" dans la région et soit intervenu.

Pour Washington, la percée des islamistes ayant entraîné l'intervention française pose la question de l'efficacité de sa politique visant à contrer les groupes extrémistes en Afrique par le biais de la formation des armées locales.

Les Etats-Unis espéraient faire émerger une nouvelle génération d'officiers maliens, mais certaines des unités formées ont fait défection, avec armes et bagages, pour rejoindre les combattants islamistes.

Et en mars 2012, un officier formé par Washington, le capitaine Amadou Sanogo, était à la tête du coup d'Etat au Mali, contraignant les Américains à interrompre leur assistance militaire.

Un embarras pour le Pentagone. "J'ai été profondément déçu qu'un militaire que nous avions formé participe au renversement militaire d'un gouvernement élu. Il n'y a pas d'autre mot pour qualifier cela qu'inacceptable", a confié en décembre le général Carter Ham, à la tête du commandement Afrique des forces américaines.

L'expérience malienne a refroidi le Pentagone à s'engager plus avant sur le terrain après plus d'une décennie de guerre.

"Les Etats-Unis, ayant été impliqués dans l'entraînement de l'armée malienne pendant un certain temps, savent à quoi s'en tenir sur ses capacités et le travail qu'il reste à accomplir", estime Stéphanie Pezard.

Mais la menace d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), perçue comme relative par Washington, a pris une autre dimension après la mort de son ambassadeur en Libye en septembre, les Américains prenant conscience qu'Aqmi s'était renforcé et avais mis la main sur des stocks d'armes libyens après l'effondrement du régime Kadhafi.

Et la prudence des Etats-Unis date d'avant l'offensive vers le sud du Mali des islamistes, qui a entraîné la riposte française, rappelle Stéphanie Pezard: "cela a changé pas mal de choses et pourrait avoir également changé la vision américaine".

ddl/mra/sam

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