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Dakar-2013 - L'ouvreur de "spéciale": le Fantomas du Dakar

15/01/2013 06:28 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT

Il est le concurrent invisible, l'inconnu du classement et des médias, celui qui chaque jour déflore et sécurise la "spéciale" chronométrée du Dakar 1 heure avant que les célèbres Peterhansel ou Despres n'entrent en scène: l'ouvreur est un pilote de rallye hors pair, le Fantomas du Dakar.

L'AFP a été acceptée à son bord lors de la 9e étape du rallye en Argentine.

D'abord la bagnole: un gros 4X4 très puissant préparé pour la course. Haut sur pattes, des chevaux nerveux sous le capot et un habitacle "bunkerisé" par une structure tubulaire et protectrice, capable d'encaisser les plus terribles chocs.

A son bord, Pablo Eli, 37 ans et son co-pilote et ami Juan Oller, 54 ans.

Ils sont Argentins, de Cordoba. Le premier est un ancien pilote de rallye. Nous allons comprendre pourquoi (sur le terrain) "lui" est investi, sur le 34e Dakar, de l'ultime mission de sécurisation des parcours, avant le coup d'envoi des "spéciales" chronométrées dont les bolides sur 2, 4 ou plusieurs roues, se jettent dans la bataille chaque jour, de la pampa aux contreforts de la Cordillère des Andes.

A l'heure où "l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes" se lève, le 4X4 se positionne au Km 0, au départ de la "Spéciale" des camions qui vont ouvrir le bal, devant les motos, quads et autos.

Installé sur l'unique siège baquet à l'arrière, le profane invité est sévèrement sanglé, avec les ceintures de sécurité, "bretelles" de course.

Et la danse commence sur les chapeaux de roue. Ce n'est pas -comprend-on dès le premier coup d'accélérateur-, une ultime "reco" tranquille de "spéciale", une balade matinale dans la nature foisonnante du pays des gauchos, mais bel et bien une course contre la montre très professionnelle, la première du jour, avant celle entre les têtes d'affiche du rallye.

C'est là, sanglé dans le baquet, à des vitesses inimaginables sur ce terrain, que l'on commence à comprendre -au-delà des images TV prises confortablement de haut et par hélicoptère- ce que physiquement et nerveusement, ce plus grand rallye du monde qui s'appelle Dakar, demande de courage, de virtuosité, de ténacité et de sang-froid pour affronter cette compétition hors norme.

"Notre mission est de vérifier au dernier moment que le parcours est bien conforme à ce que décrit le +road-book+ des concurrents, au cas où la nature aurait fait des siennes entre temps (crues, glissements de terrain...), mais aussi et surtout de s'assurer que les milliers d'aficionados massés au bord des pistes sont bien sécurisés, hors de toute éventuelle sortie de piste", explique Pablo.

"Mais, pour se faire, nous devons être nous-mêmes en configuration course" dit-il: Ils le sont !

La "spéciale", la vraie, commence avec eux, les obscurs et les sans grade. Sur le siège passager, Juan, road-book en main, envoie les infos "alta voce" à son pilote seconde par seconde: "tout droit sur 300 m... virage droite... attention dos d'âne sévère..."

L'aiguille du compteur du 4X4 oscille entre 80 et 140 km/h. Pas une courbe, un virage sur la terre cassante ou sableuse qui ne soit négocié en dérapage, braquage et contre-braquage... Du grand art de conduite ! Ici ou là, on décolle sur une bosse. Là ou ici, on se contente de faire monter le train avant vers le ciel...

Mais pour le profane, le résultat est un vrai plaisir, inclus dans la confiance qu'il a su mettre dans le pilote.

"Ici on passe à 140 km/h", lâche Pablo sur une ligne de terre sableuse à peu près droite et bosselée dans la pampa où on a déjà le sentiment que la mort rôde à chaque accélération. "Stéphane, Nani Roma ou Robby Gordon foncent à 170 avec leurs engins hyper sophistiqués et préparés...." dit-il. Sueur !

"Elle file, file, file... la route qui vient vers toi !" La chanson des sixties de Frank Alamo prend ici tout son sens.

A l'arrivée de "l'ouverture" de la "spéciale" et après s'être arrêté ici et là pour faire telle ou telle remarque et recommandation à la police locale concernant la sécurité, le 4X4 du pilote inconnu a fait, en temps, l'équivalent du premier camion engagé dans l'épreuve.

Pablo n'a rien dit. Il a souri.

pf/ep/chc

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