NOUVELLES

Contrats informatiques: le SFPQ demande la tenue d'une enquête publique

15/01/2013 12:12 EST | Actualisé 17/03/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - Le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) soupçonne la collusion et réclame la tenue d'une enquête publique sur l'attribution de contrats gouvernementaux en informatique.

Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, ne ferme pas la porte mais promet d'abord des mesures pour améliorer les pratiques en cours.

L'explosion des coûts de plusieurs projets confiés à la sous-traitance, la dépendance de l'État envers quelques firmes informatiques privées et le manque de concurrence sont les «trois ingrédients» qui justifient la tenue d'une enquête, a expliqué mardi la présidente du syndicat, Lucie Martineau, en point de presse à Québec.

Selon la leader syndicale, la situation prévalant dans le domaine informatique présente des caractéristiques «assez similaires» à celles qui ont conduit le gouvernement à créer la Commission Charbonneau sur l'attribution des contrats dans l'industrie de la construction.

«On n'affirme pas d'emblée qu'il y a collusion, on n'affirme pas qu'il y a des irrégularités, on demande au gouvernement de le valider, de faire une enquête publique pour qu'on ait toute la lumière. Il y a beaucoup de similitudes dans les deux secteurs (informatique et construction)», a-t-elle fait valoir.

Trois grandes firmes _ LGS, DMR et CGI _ se partagent l'essentiel des contrats informatiques attribués par les ministères et organismes. Les projets sont souvent plombés par des retards, des ratages et des dépassements de coûts de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Le SFPQ a dressé une liste des projets informatiques majeurs qui ont tourné au fiasco ces dernières années au Québec, notamment à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), aux ministères de l'Éducation et de la Justice, à la Régie de l'assurance maladie (RAMQ), à la Curatelle publique et au Tribunal administratif du Québec.

Les contrats informatiques sont une affaire de gros sous. Au cours des exercices 2009-2010 et 2010-2011, la valeur des contrats s'élevait annuellement à un milliard de dollars.

«Le gouvernement dépense des milliards et n'en a pas pour son argent», a dit Mme Martineau.

Le SFPQ n'est pas seul à s'inquiéter de la gestion des contrats informatiques par les ministères et organismes. Dans son rapport déposé en novembre dernier, le Vérificateur général par intérim Michel Samson avait fait part de ses «préoccupations» à l'égard «de l'utilisation judicieuse des fonds publics».

Le SFPQ s'interroge en outre sur les raisons qui poussent les gestionnaires de l'État à confier plus de 50 pour cent des projets informatiques à la sous-traitance alors que les coûts de main-d'oeuvre y sont deux fois plus élevés que dans le secteur public.

D'ailleurs, la fonction publique souffre d'une fuite d'expertise puisque nombre d'employés désertent les rangs temporairement pour profiter de la manne du secteur privé, a relaté la syndicaliste.

«Beaucoup de nos membres ont pris des années sans solde pour aller travailler avec les firmes privées pour avoir les meilleurs mandats: ils vont (travailler) au même endroit, au même bureau, au même poste informatique (mais) ils sont payés par le sous-traitant», a-t-elle dit.

Dans une lettre adressée au Conseil du trésor, le SFPQ demande au ministre Bédard d'élargir le mandat de la Commission Charbonneau pour qu'elle jette un regard du côté de la gestion des contrats informatiques.

Lors d'un court point de presse, M. Bédard a reconnu la nécessité de poser des gestes pour améliorer les pratiques en cours. La possibilité d'interpeller la Commission Charbonneau n'est pas exclue mais il entend d'abord présenter un plan d'action administratif.

«Pour l'instant, la préoccupation, c'est de mieux contrôler nos coûts, mieux définir nos besoins et en même temps s'assurer d'une saine concurrence dans ce domaine. (...) Et c'est là-dessus que j'entends livrer dans les prochains mois», a promis le ministre.

PLUS:pc