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Un religieux canadien et ses partisans veulent révolutionner le Pakistan

14/01/2013 06:26 EST | Actualisé 16/03/2013 05:12 EDT

ISLAMABAD - Des milliers de Pakistanais en colère contre leur gouvernement, qu'ils jugent corrompu et indifférent au sort des citoyens ordinaires, se sont rassemblés lundi dans la capitale, Islamabad, à l'appel d'un charismatique leader religieux qui est rapidement devenu une force politique puissante mais mystérieuse dans le pays.

L'entrée en politique remarquée de Tahir ul-Qadri, qui vivait au Canada jusqu'à tout récemment, fait craindre à certains qu'il tente de faire dérailler les élections prévues au printemps au profit de la puissante armée pakistanaise.

M. Qadri a rejeté ces allégations et insiste pour dire que ses appels aux réformes électorales ne visent qu'à combattre la corruption dans le système politique. Il y a quelques semaines, il avait promis de mener une «marche d'un million d'hommes» à Islamabad pour faire pression en faveur des demandes de son mouvement.

La participation a été moins élevée que prévu lundi, mais la foule ne manquait pas d'enthousiasme. Plusieurs participants brandissaient des drapeaux pakistanais et portaient des macarons à l'effigie du leader religieux. Même si certains parlaient de réformer le système électoral, la plupart dénonçaient les pénuries d'énergie persistantes et la corruption.

«Il n'y a pas d'électricité et pas de gaz, et le gouvernement ne fait rien», a déclaré Faizan Baig, 23 ans, employé dans une société pharmaceutique qui a fait le voyage d'Abbottabad à Islamabad pour participer à la manifestation. «M. Qadri ressent la douleur des gens, mais ce n'est pas le cas du gouvernement.»

Le jeune homme faisait partie des milliers de personnes qui se sont installées lundi dans la principale avenue qui traverse la capitale. Les hommes se sont regroupés d'un côté de la rue, tandis que les femmes et les enfants étaient de l'autre côté, séparés par un terre-plein central.

Tahir ul-Qadri a quitté dimanche son quartier général à Lahore, dans l'est du pays, en compagnie d'au moins 15 000 personnes à bord de centaines de véhicules. Il est arrivé à Islamabad vers 2 h dans la nuit de lundi à mardi, mais on ne sait pas exactement combien de manifestants étaient présents à son arrivée.

Le ministre pakistanais de l'Intérieur, Rehman Malik, qui n'a pas caché son dédain pour M. Qadri, a estimé que la foule à Islamabad ne dépasserait pas les 25 000 personnes. M. Qadri a quant à lui affirmé qu'il y avait plus d'un million de manifestants.

Le gouvernement a installé des dizaines de conteneurs dans la capitale pour empêcher les manifestants de s'approcher des zones gouvernementales sensibles. Des milliers d'agents paramilitaires et de policiers antiémeute ont été déployés à travers la ville et les lignes téléphoniques ont été paralysées après que le gouvernement eut prévenu que des extrémistes envisageaient de perpétrer des attentats contre les manifestants.

Les manifestants ont érigé une scène improvisée sur l'un des conteneurs installés par le gouvernement, et les participants se sont relayés pour lancer des discours enflammés en faveur de Tahir ul-Qadri. Des hélicoptères survolaient les lieux à basse altitude, au grand plaisir des manifestants, qui agitaient des drapeaux et s'exclamaient.

«J'ai répondu à l'appel de notre leader pour une révolution», a déclaré Mohamed Aslam, un fermier de 52 ans originaire de Sargodha, dans le centre du Pakistan. «Les dirigeants du pays ignorent généralement les pauvres, mais je pense que cet événement pourrait changer la situation.»

M. Qadri est rentré au Pakistan en décembre après avoir vécu pendant des années au Canada, un pays dont il possède la citoyenneté. Il dirige un mouvement religieux à Lahore et a obtenu une certaine reconnaissance internationale en 2010 avec une fatwa condamnant le terrorisme.

Mais ce n'est que cet hiver qu'il a émergé en tant que personnalité politique, quand son appel aux réformes avant les élections a galvanisé de nombreux Pakistanais déçus par les partis politiques existants. Les demandes vagues de M. Qadri comprennent notamment une vérification de l'honnêteté des candidats aux élections et l'élargissement du terrain politique pour permettre une plus grande participation des citoyens.

M. Qadri et ses partisans ont juré de rester à Islamabad jusqu'à ce que leurs demandes soient satisfaites, une situation qui pourrait provoquer un affrontement avec le gouvernement.

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