NOUVELLES

Mali: les rebelles prennent une autre ville malgré l'assaut aérien de la France

14/01/2013 06:49 EST | Actualisé 16/03/2013 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Malgré les bombardements intensifs des avions de guerre français, les insurgés islamistes ont élargi leur emprise sur le Mali lundi en prenant une ville de garnison stratégique, se rapprochant davantage de la capitale, ont annoncé des responsables maliens et français.

Après avoir coupé une importante route, les islamistes ont pris le contrôle de Diabaly, une petite ville située à environ 160 kilomètres au nord de Ségou, capitale administrative du centre du Mali, a déclaré le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

L'ambassade de France à Bamako a immédiatement ordonné l'évacuation des quelque 60 Français qui vivent dans la région de Ségou, selon un citoyen français ayant réclamé l'anonymat par crainte pour sa sécurité.

L'armée française, qui a commencé à bombarder les extrémistes du nord du Mali vendredi, a intensifié ses efforts en lançant des frappes aériennes dans le centre du pays pour la première fois lundi. Mais l'assaut intense, qui impliquait des hélicoptères de combat et des avions de chasse Mirage, n'a pas permis de freiner l'avancée des rebelles, qui se trouvent maintenant à seulement 400 kilomètres au nord de la capitale, Bamako.

Les rebelles «ont pris Diabaly après de violents combats et la résistance de l'armée malienne, qui n'a pas pu les repousser», a dit M. Le Drian.

L'armée malienne est en déroute et a laissé plusieurs villes tomber aux mains des insurgés depuis le début de la rébellion islamiste dans le nord du pays, il y a près d'un an. Les islamistes contrôlent le nord, mais leur avancée a été bloquée dans le centre du pays.

Ils semblent avoir décidé de contourner le blocage en ouvrant un deuxième front, attaquant désormais les forces gouvernementales à partir de l'ouest.

La Mauritanie, à l'ouest du Mali, a mis ses forces armées en état d'alerte. Au sud, le Burkina Faso a envoyé des renforts militaires à sa frontière et a installé des barricades sur la route.

Même l'Algérie, qui s'était opposée à une intervention militaire au mois d'août, donne maintenant à la France l'accès à son espace aérien. Le gouvernement algérien a annoncé lundi soir la fermeture de sa frontière avec le Mali, longue de près de 1000 kilomètres, à cause des «événements» dans la région.

Plusieurs pays voisins du Mali, qui réclamaient depuis longtemps une intervention militaire pour déloger les jihadistes de la région, pensent que l'alliance de groupes rebelles qui occupe le nord du Mali ne fera pas le poids face aux frappes aériennes menées par des appareils sophistiqués.

Les leaders de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont souligné que le nord du Mali est principalement désert et qu'il serait facile de viser les véhicules des rebelles puisqu'ils n'ont presque aucun endroit pour se cacher dans la région.

L'assaut surprise de lundi et l'attaque qui a fait tomber un hélicoptère français, vendredi, semblent avoir changé la donne sur le terrain.

Quelques heures avant la chute de Diabaly, un commandant du poste militaire de Niono, tout juste au sud, rigolait au téléphone et affirmait avec confiance que les islamistes ne prendraient jamais sa ville.

Mais dans l'après-midi, le commandant, qui ne peut être nommé parce qu'il n'était pas autorisé à parler aux médias, avait l'air presque désespéré. «Nous nous sentons vraiment menacés», a-t-il déclaré à l'Associated Press.

Tard dimanche soir, les forces françaises ont bombardé un convoi de rebelles à environ 40 kilomètres de Diabaly, a indiqué le commandant. «Ce matin, nous nous sommes réveillés et nous avons réalisé que l'ennemi était toujours là. Ils ont coupé la route menant à Diabaly. Nous avons été vraiment surpris et stupéfaits», a-t-il ajouté.

On ne sait pas très bien pour l'instant ce qui est advenu des soldats maliens stationnés dans le camp militaire de Diabaly. Le commandant a indiqué qu'il avait été incapable de joindre qui que ce soit à la base depuis que les islamistes ont pris le contrôle de la ville.

Des soldats français stationnés en Côte d'Ivoire sont en train de se déployer au Mali, a déclaré une porte-parole de la force Licorne à Abidjan.

Un conseiller du président ivoirien a déclaré, sous le couvert de l'anonymat, que ces soldats se joindraient aux 550 militaires français déjà présents au Mali et se rendraient directement à Ségou, puis à Diabaly. «Ils vont encercler les rebelles», a-t-il dit.

Lundi, le commandant de l'une des branches d'Al-Qaïda dans le nord du Mali a mis au défi la France de poursuivre ses attaques contre la rébellion au Mali.

«La France a ouvert les portes de l'enfer. (...) Elle est tombée dans un piège bien plus dangereux que l'Irak, l'Afghanistan ou la Somalie», a déclaré Omar Ould Hamaha, leader du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), sur la radio française Europe 1.

PLUS:pc